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Discours du 29 janvier 2025

Emmanuel Taché · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°87

« Trois mots scandés comme un manifeste ou comme un râle au moment du dernier souffle : femme, vie, liberté. Je suis témoin à part entière, présente sur la scène du crime. Toute ma vie, j’ai fait partie d’une scène de crime ; moi, dont le témoignage ne valait que la moitié de celui d’un homme. Si je sors de chez moi en plein jour, c’est parce que je veux tout voir, même le sang. Dehors, en plein jour, je peux être témoin entier de cette période. Au moins, "témoigner" est un mot plus vivant que "vivre". Témoigner en tant que martyr, c’est être acteur de notre destin. Voici les mots que je veux transmettre aux générations futures après avoir marché dans le sang. Que je veux offrir à ceux qui, dans le tourbillon de notre histoire, nous chercheront, s’ils nous cherchent. » C’est ainsi qu’avec la pudeur et la dignité de celles que l’on a brisées ou que l’on cherche à briser, de celles que l’on pourchasse, que Nila, auteure anonyme, achève son ouvrage Dans les rues de Téhéran.Ce soir, nous sommes tous convoqués, non pour nous indigner : l’heure n’est plus à la découverte des exactions menées contre les femmes, les petites filles et les enfants d’Iran. L’heure n’est plus à imaginer que les mollahs, un jour, se comportent en hommes. Ainsi, depuis 1979, l’Iran a tourné le dos à une culture millénaire, infligeant une volte-face violente à Darius, Roxane et aux chahbanous d’antan, pratiquant la terreur, l’arbitraire, la répression dans le sang, l’intimidation, la menace, le chantage, l’empoisonnement, le rapt, le procès sans avocat ni avoué, la flagellation, l’enfermement, le viol, et enfin la mise à mort.Ce soir, l’Assemblée nationale est réunie pour condamner l’oppression et la terreur imposées aux femmes iraniennes et pour réaffirmer leur liberté absolue. Nous sommes réunis pour redire notre farouche et entier attachement à la liberté, à toutes les libertés qui doivent garantir l’expression de chacun, son indéfectible capacité à disposer de lui-même et de son intégrité morale et physique.Au-delà des mots, de la violence des exactions et de la négation de la souveraineté et de l’altérité féminines, je veux penser à l’héroïsme de Masha Jina Amini, d’Elnaz Rekabi, de Niloofar Hamedi, d’Elaheh Mohammadi, de Nazila Maroufian et de Parastoo Ahmadi et des millions de femmes iraniennes, armées de leur seul courage, qui ont ôté leur voile et dénudé leurs épaules, opposant ainsi aux mollahs, qui haïssent la manifestation de ce pouvoir intangiblement humain, ce manifeste corporel comme la seule arme dont la négation et l’expression les rendent vivantes, égales et puissantes.Le groupe Rassemblement national soutient et votera cette proposition de résolution, qui vise à garantir l’accès aux droits fondamentaux des femmes iraniennes et à inscrire le corps des gardiens de la révolution islamique et ses forces subsidiaires sur la liste des organisations terroristes en France et au sein de l’Union européenne.Je veux aussi attirer l’attention de chacun d’entre nous : soyons attentifs et conscients de ce qui se passe chez nous en France. Sous couvert de pudeur, des jeunes filles, des adolescentes et des femmes sont convaincues ou obligées de se voiler et de dissimuler tout ou partie de leur corps, pour assurer leur sécurité ou complaire à des schémas et à des mœurs qui ne sont pas les nôtres, sur fond d’un manifeste obscurantiste qui n’a pas sa place dans nos rues ni dans l’espace public et pour satisfaire à des hommes, jeunes ou non, qui nient l’égalité entre les hommes et les femmes et l’altérité même, se voulant détenteurs d’un droit de cuissage ou de soumission, ou se prétendant charges d’âme. Cela n’est pas tolérable et constitue la négation des lois de la République.Puissent les mots du postambule de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d’Olympe de Gouges traverser les murs de ce noble hémicycle et parvenir jusqu’à Ispahan et Téhéran : « Le puissant empire de la nature n’est plus environné des préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonges. Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l’usurpation. L’homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes pour briser ses fers. »Enfin, je veux avoir une pensée et demander la libération immédiate de nos trois compatriotes retenus par l’arbitraire des mollahs. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR. – Mme Nicole Dubré-Chirat, M. Freddy Sertin et Mme Caroline Yadan applaudissent également.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).