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Discours du 17 décembre 2025

Éric Ciotti · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°96

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Le débat sur la défense, engagé la semaine dernière, était capital. Celui qui s’impose aujourd’hui sur le narcotrafic est tout aussi vital car la menace que nous affrontons n’est plus extérieure mais intérieure.

Elle est totale et endémique. Elle ronge les fondations mêmes de l’État. Si nous continuons à reculer, ce ne sont pas seulement nos rues qui tomberont mais la République. Quand l’État recule, le mal avance ; quand l’autorité se délite, la violence s’installe. Marseille en porte la marque tragique : ville otage des cartels, nouveau Medellin où la kalachnikov a remplacé Marianne.Partout, le narcotrafic avance ses pions, ses tentacules mafieux. En juillet 2024, dans ma ville de Nice, rue de la Santoline, sept personnes, dont trois enfants et un adolescent, ont péri dans un incendie terrifiant, allumé par des narcotrafiquants. Aux Moulins, les rafales de kalachnikov qui se multiplient et le sang ont remplacé le silence de la nuit, comme ce sinistre 3 octobre 2025, avec deux morts et cinq blessés. Messieurs les ministres, vous avez une responsabilité dans cette situation. En dépit de vos engagements, il manque à Nice 250 policiers, dont plusieurs dizaines dans les services d’enquête de la police judiciaire.Le cortège funéraire du narcotrafic s’allonge, avec, l’année dernière, plus de 110 morts et 341 blessés, sans compter les victimes et les drames collatéraux. Comment et pourquoi en sommes-nous arrivés là ? Parce que nous avons toléré l’intolérable – que l’interpellation d’un dealer ne conduise plus systématiquement à l’enfermement – et que nous avons laissé s’installer, de façon totalement incompréhensible, des points de deal comme des commerces de vente, au vu et au su de tout le monde. Nous avons laissé s’installer un sentiment d’impunité. Or une société qui ne punit plus finit toujours par avoir peur.

Nous avons laissé la consommation se banaliser. Les honnêtes gens ont peur aujourd’hui. Demain, la peur doit changer de camp. (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.) Le narcotrafic veut nous détruire. Il ne connaît ni frontières ni catégories sociales. Il s’agit d’un contre-État doté de ses règles et de ses hiérarchies, d’une contre-économie de 7 milliards d’euros avec ses entreprises commerciales, d’une contre-société qui recrute, endoctrine, remplace ou corrompt. (M. Jean-François Coulomme s’exclame). Les prisons sont transformées en postes de commandement. Le crime est érigé en vertu. La France est en train de perdre une guerre – oui, une guerre –, peut-être la plus dangereuse et la plus mortelle.Dans une guerre, l’État ne peut pas se permettre la demi-mesure. Nous proposons un vrai plan de guerre. L’État doit construire les places de prison nécessaires, imposer des peines minimales, supprimer toute remise de peine pour les trafiquants, résilier automatiquement les baux des logements sociaux pour toute personne condamnée pour trafic de stupéfiants. L’État doit aussi renforcer ses moyens de police judiciaire, affaiblis par la réforme de M. Darmanin.

Éradiquer le trafic nécessite des enquêtes longues et approfondies, de l’infiltration, du renseignement. La police judiciaire, démantelée par M. Darmanin, doit être rétablie dans sa configuration initiale.

Son démantèlement ne fut pas simplement une erreur mais une faute, au moment où nous avons besoin de son expertise, de sa compétence et de sa force. (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.) La République a aussi le devoir de s’attaquer aux consommateurs et à la consommation. Sans demande, il n’y a pas d’offre. Chaque consommateur est un maillon de la chaîne. Chaque joint, chaque ligne, chaque pilule finance des armes et des réseaux, et provoque des morts. Lorsqu’un mineur est condamné pour consommation, la suspension des allocations familiales doit être prononcée. L’amende forfaitaire délictuelle pour consommation de stupéfiants doit être portée à 1 000 euros.

Il faut publier en ligne les noms des consommateurs récidivistes, oser le name and shame et faire en sorte qu’ils soient dénoncés devant l’opinion publique.L’heure est grave : soit la République accepte la guerre avec des moyens exceptionnels et assume un « quoi qu’il en coûte » sécuritaire ; soit elle continue à reculer et la guerre sera perdue. (« Bravo ! » sur les bancs du groupe UDR. – Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).