Discours du 27 janvier 2026
Éric Ciotti · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°128
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Vendredi dernier, au cœur de Nice, une dame âgée de 90 ans a été sauvagement agressée chez elle, et violée.Ce drame, cette attaque, a suscité une immense émotion. Je pense à cette vieille dame, toujours hospitalisée et pour quelques jours encore. Je pense à sa famille. Je veux lui dire notre soutien et notre émotion. (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN ainsi que sur quelques bancs des groupes SOC et Dem.)Je vois que personne n’applaudit face à l’émotion que suscite ce drame. (« Si ! » et exclamations sur divers bancs.)Peut-être parce que l’auteur présumé de cet acte de barbarie, qui a forcé sa porte à quatre heures du matin, était un ressortissant en situation irrégulière ? Il faisait l’objet depuis le 11 janvier d’une OQTF, avec assignation à résidence.
Il n’aurait jamais dû être dans la nature. Comme l’assassin de Lola. Comme l’assassin de Philippine.En France, seule une OQTF sur dix est exécutée. (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.) En 2024, 130 000 OQTF ont été prononcées, pour à peine 15 000 exécutions. Ces chiffres soulignent votre impuissance coupable. Votre responsabilité est engagée.
Les places en centres de rétention administrative manquent. À quand ces constructions ? La durée de la rétention reste beaucoup trop courte. À quand la loi annoncée ? Votre incapacité à expulser est une incapacité à protéger. Monsieur le premier ministre, qu’attendez-vous pour agir ? (« Bravo ! » et applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.)
Il est des moments où la politique cesse d’être une affaire de convictions pour devenir une mécanique de renoncement. Le budget que vous vous apprêtez à imposer au pays en est la triste illustration : c’est un texte sans vision, sans courage et sans foi dans l’économie. Votre budget est en effet l’aveu d’une trajectoire désormais assumée, qui consiste à compenser chaque échec par une hausse d’impôt, chaque renoncement par une augmentation de la dépense et chaque absence de réforme par de la dette.Vous avez fait de la fuite en avant une méthode et une politique où l’on achète du temps à crédit, où l’on préserve de petits équilibres politiciens au prix d’un déséquilibre financier durable, où l’on choisit aujourd’hui de sauver des majorités provisoires, bancales et contradictoires et de faire payer demain nos enfants et nos petits-enfants. Vous sacrifiez l’avenir à vos places, à vos postes, à vos privilèges et à votre système qui a échoué (Applaudissements sur les bancs du groupe UDR et sur quelques bancs du groupe RN) et qui fait aujourd’hui tant de mal à la France !Que ce budget soit adopté par contrainte parlementaire ou par voie d’ordonnance ne change rien à sa nature profonde. Ce budget est profondément mauvais : mauvais dans son esprit, mauvais dans ses choix et mauvais dans ses conséquences, et ce sont une fois de plus les ménages et les entreprises qui en feront les frais.Vous prolongez en 2026 une surtaxe sur l’impôt sur les sociétés, que vous aviez présentée comme exceptionnelle et temporaire. Exceptionnelle, elle ne l’est naturellement plus ; temporaire, elle ne l’aura jamais été. La trahison, elle, restera définitive. Ce symbole résume à lui tout seul la capitulation économique de votre gouvernement. Au nom d’une stabilité politique illusoire, vous avez renié la politique de l’offre pour lui préférer la facilité consistant à céder aux diktats du Parti socialiste (M. Pierre Pribetich s’exclame), de M. Hollande et de M. Faure, devenus les maîtres chanteurs budgétaires…
…malgré leur résultat à 1,6 % des voix à l’élection présidentielle. C’est une anomalie démocratique mais, surtout, une faute économique.Votre surtaxe alourdira durablement la charge fiscale, fragilisera les décisions d’investissement, affaiblira la compétitivité de la France dans un monde international toujours plus rude. Les entreprises concernées représentent 24 % de l’emploi salarié dans notre pays, 54 % de nos exportations et 36 % de nos investissements en recherche et développement. (M. Gérard Leseul s’exclame.) Avec cette surtaxe, le taux réel de l’impôt sur les sociétés pourra atteindre 35 %, alors que la moyenne de l’OCDE est à 24 % et la moyenne mondiale à 21 %. Les plus petites entreprises, les fournisseurs et les sous-traitants en subiront les conséquences. Finalement, l’ensemble de notre économie sera pénalisé alors même que notre pays subit une vague historique de défaillances, puisque 68 000 entreprises ont fermé leurs portes en 2025.Cette politique a déjà fait de la France la championne du monde des impôts. Or pour la troisième année consécutive, son PIB par habitant est désormais inférieur à la moyenne européenne. Autrement dit, nous nous appauvrissons chaque année par rapport à nos voisins et à nos concurrents et, alors que les États-Unis et l’Allemagne baissent leurs impôts pour attirer usines et capitaux, la France choisit, elle, de les faire fuir par l’impôt et la réglementation.Comme si cela ne suffisait pas, vous avez renoncé à la baisse de la CVAE (cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises) pourtant annoncée et prévue dans les précédentes lois de finances. Vous avez également refusé, par artifice parlementaire, la suppression de la C3S (contribution sociale de solidarité des sociétés) que les groupes du Rassemblement national et de l’UDR avaient introduite et qui avait été adoptée par notre assemblée ! (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.) Il s’agissait pourtant d’un allégement attendu, structurant et tangible, abandonné une fois de plus par revirement ou reniement : un signal désastreux envoyé à ceux qui produisent, investissent et embauchent.En effet, les taxes que vous ajoutez ne restent jamais sur les entreprises ciblées mais se diffusent dans toute l’économie. Elles sont payées par les salariés, les ménages et les consommateurs et pèsent cruellement sur le pouvoir d’achat. Nous savons pourtant combien les Français mesurent la baisse de leur pouvoir d’achat après presque dix années de gestion macroniste. À force de tout prélever, l’État finit par tout stériliser. D’autant que, plus grave, cette pression fiscale ne s’accompagne d’aucune discipline sur la dépense !Au contraire, la dépense publique continue de croître de près de 40 milliards d’euros, sans réforme structurelle, sans réduction du périmètre de l’État, sans réorganisation sérieuse. Nous atteindrons ainsi 56 % de dépenses publiques dans le PIB en 2026. La dette frôlera quant à elle les 118 % de notre richesse nationale : un record ! Ce n’est plus une dérive ou un accident, c’est un naufrage.L’épargne même est désormais frappée. Plus de 11 millions de titulaires de plans d’épargne retraite (PER) verront ainsi leur effort de prévoyance lourdement pénalisé, à l’instar des titulaires de plans d’épargne en actions (PEA) pourtant vitaux pour le dynamisme de notre économie et de nos entreprises. En outre, la CSG (contribution sociale généralisée) augmente, y compris sur l’assurance-vie et les revenus du patrimoine.Au bout du compte, ce budget sera adopté par la contrainte exercée par un premier ministre qui se parjure. Il avait promis de ne pas recourir au 49.3 ; nous y voilà ! Ce budget marque ainsi la destruction méthodique de la crédibilité économique, de la parole publique et de la confiance internationale, puisque nous détenons à présent le bonnet d’âne de la gestion économique européenne.
Plus grave encore, les amis DR de M. Laurent Wauquiez s’apprêtent de nouveau à accompagner ce renoncement, par peur des élections et par peur des Français, tout comme les députés Horizons de M. Édouard Philippe. Pour sauver quelques postes – mais vous ne les sauverez pas, comme nous le verrons par exemple dimanche en Haute-Savoie ! – ils acceptent de sacrifier l’économie du pays au chantage d’un socialisme devenu ultraminoritaire. Si ce budget n’est pas censuré, ceux qui le laisseront passer en porteront la responsabilité pleine et entière. Je vous le prédis, vous serez balayés ! Peut-être la France aura-t-elle un budget, mais il s’agira du budget de la faillite tranquille et de la compétitivité affaiblie.À cette incurie économique et budgétaire se superpose, hélas, la faillite totale de votre politique sécuritaire et migratoire. Vous êtes incapables de protéger les Français de la vague de violence qui s’abat depuis plusieurs années sur notre pays. Depuis 2017, les homicides et tentatives d’homicide ont augmenté de 70 %, les violences sexuelles de 115 % et les violences physiques de 55 %. Voilà en quoi consiste réellement votre bilan, celui que tout à l’heure vous revendiquiez avec morgue, sans émotion ni compassion pour des victimes qui, par votre arrogance, sont insultées au quotidien ! (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.)
Vous êtes tout aussi incapables de protéger notre pays de la submersion migratoire à laquelle vous l’avez en réalité livré. Ce sont 384 000 titres de séjour – un record absolu dans l’histoire de France ! – qui ont été délivrés sous votre majorité socialiste, LR et macroniste en 2025 ! Il faut ajouter près de 200 000 demandeurs d’asile. Nous ne sommes donc pas loin de 600 000 étrangers entrés légalement en France en 2025. Face à cette faillite économique, sécuritaire, migratoire et sociale, c’est avec beaucoup de conviction et de détermination que nous voterons cette motion de censure ! (Les députés des groupes UDR et RN se lèvent pour applaudir.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).