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Discours du 11 juin 2026

Éric Coquerel · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°267

Si nous n’avons plus d’acier, nous n’aurons ni l’industrie, ni l’écologie, ni la souveraineté. J’appelle chacun à ne pas brandir des arguments d’autorité pour verrouiller le débat. Oui, la nationalisation est possible ; oui, elle peut être souhaitable ; oui, elle a déjà été utilisée – mais celle que préconisent les auteurs de ce texte n’est semblable ni à la nationalisation du rail en 1938, ni à celle de l’électricité et du gaz en 1946, ni à celle du secteur bancaire en 1982. Toutes étaient souhaitables, mais celle d’ArcelorMittal répond à un impératif d’une autre nature : elle répond à une urgence.Que faire quand le défaut du saint marché est flagrant ? Que faire quand un secteur stratégique pour le pays est mis en danger par des acteurs privés dont l’unique moteur est le profit ? Que faire ? Il faut faire un choix, chers collègues : l’intervention de l’État devient un impératif national pour sortir de la crise. Il faut qu’ArcelorMittal devienne la propriété de la collectivité.Comment croire que la solution viendra de l’initiative des gouvernements, avocats de la politique de l’offre menée depuis 2017 ? Ceux qui ont imposé des budgets ayant entraîné une baisse continue de la valeur ajoutée de l’industrie en 2024, en 2025 et probablement en 2026 ; ceux qui ont fait chuter toujours plus bas la part de l’emploi industriel dans l’emploi salarié privé, de 16,02 % en 2017 à 15,16 % aujourd’hui ; ceux qui, selon l’Insee, ont fait passer l’indice de production métallurgique sous la barre des 100 depuis plusieurs années, le niveau le plus bas jamais atteint.Comment croire que la solution viendra des actuels dirigeants qui ont mené dans le mur ArcelorMittal en France ? Eux qui ont réduit de près d’un tiers les effectifs dans la vallée des Anges ; eux qui, en avril 2025, ont annoncé la suppression de 600 postes, puis de 1 670 postes en janvier 2026, alors même que l’entreprise a reçu près de 800 millions d’euros d’argent public depuis 2020 ; eux dont la maison mère veut investir 18 milliards d’euros dans des usines en Inde ; eux qui organisent la concurrence entre leurs différents sites dans le monde.J’entends monter de certains bancs une rumeur dont M. le ministre s’est fait l’écho : mais voyons, depuis cet hiver, ArcelorMittal a annoncé 1,3 milliard d’euros pour un four électrique ; mais voyons, la Commission européenne a annoncé un plan acier ; mais voyons, Arcelor songe à relancer un haut-fourneau à Fos-sur-Mer. Franchement, on croirait l’autruche qui se met la tête dans le sable pour se protéger !L’engagement d’origine était qu’ArcelorMittal finance à Dunkerque deux fours à arc électrique et une unité de réduction directe (DRP), à condition que l’Union européenne prenne des mesures de protection. Finalement, l’Union réduit les quotas d’importation et augmente les droits de douane sur l’acier hors quota, mais Arcelor ne finance qu’un seul four à arc électrique et aucune unité de réduction. Le verre n’est pas à moitié plein, il est aux deux tiers vide.À partir de quoi cet unique four électrique produira-t-il l’acier si nous n’avons pas de DRP ? Les dirigeants d’Arcelor éludent le cœur de la réponse. Ils évoquent « un mix d’acier recyclé, de fer préréduit et de fonte ». Mais d’où viendront ces matériaux ? S’ils sont importés, nous perdrons en souveraineté.Cet unique four électrique signifie-t-il que vous prévoyez de fermer les hauts-fourneaux un par un, pour finalement réduire l’industrie métallurgique française à des fours électriques alimentés par du fer et de la fonte importés ? Si c’est le cas, nous perdrons encore plus d’emplois.Les zones d’ombre et les questions sérieuses relatives à la souveraineté, aux emplois et à l’écologie sont nombreuses. Décarboner ArcelorMittal est une priorité écologique : le groupe est le premier émetteur de CO2 en France et le seul site de Dunkerque représente 10 % des émissions de toute l’industrie française. Mais c’est aussi une priorité écologique parce que si nous n’avons pas d’acier, nous n’aurons ni industries vertes locales ni écologie souveraine. Il faut construire des logements publics, fabriquer des trains, des trams, des bus, pouvoir produire à terme des éoliennes et des panneaux solaires. Pour fabriquer tout cela, il faut une industrie et de l’acier.Pour l’heure, il y a urgence. Entre 2028 et 2031, les hauts-fourneaux nos 3 et 4 à Dunkerque arriveront en fin de vie. Les aides à la décarbonation arriveront à leur terme en 2030. Or il faut quatre ans pour décarboner le site et assurer sa pérennité. Nous ne pouvons donc nous permettre que les dirigeants actuels d’ArcelorMittal prennent encore du retard. L’État agirait plus vite et mieux.Les 732 millions de dividendes versés aux actionnaires en seulement deux ans, l’État les aurait investis dans la décarbonation. Sur les 9 % de bénéfices actuels, seuls 5 % sont nécessaires au bon fonctionnement des sites ; les quatre points restants, l’État les réinvestirait dans la décarbonation. Les 800 millions d’euros d’argent public versés depuis 2020, l’État les aurait mobilisés à bon escient. Enfin, les 1,3 milliard d’euros soustraits entre 2025 et 2026 par les annulations et les gels de crédits du plan France 2030 auraient été maintenus, donnant à l’État les moyens nécessaires pour nationaliser Arcelor.Il serait irresponsable de laisser la loi du profit organiser le désarmement écologique du pays. Chers collègues, les ouvriers d’Arcelor plaident et luttent depuis deux ans pour un acier français. L’heure est venue : il faut nationaliser. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et GDR ainsi que sur quelques bancs du groupe EcoS. – M. Philippe Brun applaudit également.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).