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Discours du 7 janvier 2026

Eric Liégeon · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°104

Les missions locales occupent une place absolument centrale dans notre politique d’insertion des jeunes. Depuis plus de quarante ans, elles accompagnent les 16-25 ans les plus éloignés de l’emploi en leur apportant des réponses globales, cousues main, en matière d’emploi, d’orientation, de formation, de logement, de santé ou de mobilité. Cet accompagnement complet et individualisé fonctionne et fait la force des missions locales, notamment dans les territoires isolés. Cela les différencie de ce que peut proposer France Travail.Cette méthode, fondée sur la proximité, demeure plus indispensable que jamais dans un contexte où les difficultés rencontrées par les jeunes se sont profondément accrues : précarité, ruptures scolaires, fragilité psychologique, enjeux de santé mentale ou de mobilité mais aussi mutations rapides du marché du travail liées aux transitions numérique et écologique. Les missions locales constituent alors souvent le premier – parfois le seul – point d’entrée pour des jeunes en situation de décrochage.Cette réalité est encore plus marquée dans les territoires ruraux. Élu d’une circonscription rurale du Doubs, je peux témoigner du rôle central que jouent les missions locales pour ces jeunes.Dans le Haut-Doubs, nous disposons de quatre missions locales qui, en 2025, ont accueilli 26 % des primo-accédants à l’emploi pour une durée de six mois à un an – elles sont ainsi les plus actives de Bourgogne-Franche-Comté. En outre, un bus itinérant, le Mil’Ô Doubs, inauguré en 2025, sillonne le territoire afin d’intervenir au plus près des jeunes en difficulté.Là où l’accès aux services publics est plus rare et où les distances, l’absence de mobilité et l’isolement social peuvent malheureusement constituer des freins à l’emploi, les missions locales jouent donc un rôle irremplaçable. Elles assurent une présence humaine de proximité, accompagnent des jeunes éloignés de l’emploi et de la formation et contribuent directement à la vitalité et à la cohésion des territoires ruraux. Sans elles, de nombreux jeunes seraient tout simplement laissés sans solution.Les missions locales nouent par ailleurs de plus en plus de partenariats avec des entreprises locales demandeuses de main-d’oeuvre et confrontées à de grandes difficultés de recrutement. Elles accompagnent ainsi les chefs d’entreprise dans l’accueil des jeunes et jouent un véritable rôle de facilitateur.Malgré le succès de cet accompagnement à 360 degrés, on peut s’interroger sur l’avenir des missions locales. Le budget de 2026 constitue, à cet égard, une source de préoccupation. Le projet de loi de finances présenté par le gouvernement prévoyait en effet une baisse des financements du réseau des missions locales puisque les crédits devaient être réduits de 13 %, soit près de 77 millions en moins par rapport à 2025, et ce alors même que les besoins d’accompagnement ne diminuent pas – bien au contraire.Concrètement, cette contraction budgétaire pèse sur les dispositifs structurants proposés par les missions locales, notamment le contrat d’engagement jeune et le Pacea. Elle risque d’entraîner une diminution du nombre de jeunes accompagnés, un suivi moins intensif et une pression accrue sur des équipes déjà fragilisées. Je tiens à souligner que, dans les territoires ruraux, là où les marges de manœuvre sont les plus faibles, ces baisses pourraient avoir des conséquences particulièrement lourdes.Cette situation pose une question de cohérence politique. D’un côté, nous affirmons vouloir lutter contre le chômage des jeunes, prévenir les ruptures sociales et répondre à la crise de la santé mentale. De l’autre, nous fragilisons l’un des outils les plus efficaces pour atteindre ces objectifs mais aussi les plus reconnus et ancrés localement. Les alertes lancées par le réseau des missions locales et par les élus locaux, qui plébiscitent ce dispositif, doivent être pleinement entendues. Sans visibilité budgétaire à moyen terme, il devient difficile de maintenir des équipes qualifiées, d’assurer une présence de proximité en milieu rural et de garantir un accompagnement de qualité.Alors, quel avenir voulons-nous pour les missions locales ? Le groupe de la Droite républicaine souhaite réaffirmer son attachement à ce dispositif essentiel pour sortir nos jeunes de l’assistanat et les installer durablement dans l’emploi. Le maintien des missions locales passe donc par une stabilité des missions et des financements, avec un cadre pluriannuel plus lisible et une simplification des dispositifs. Cela permettrait de redonner du temps à l’accompagnement et de mieux adapter les réponses aux réalités territoriales.Enfin, il faut permettre aux missions locales de se projeter – je pense notamment à des actions telles que l’orientation vers les métiers d’avenir, l’accompagnement en matière de compétences numériques, la prévention de la détresse psychologique et le renforcement des partenariats locaux, notamment dans les territoires ruraux.L’avenir des missions locales ne se résume pas à une ligne budgétaire. La défense de ce dispositif correspond à un choix politique fort : l’idée que l’insertion des jeunes et l’égalité territoriale vont de pair et que la cohésion sociale se construit au plus près des territoires. Si nous fragilisons, aujourd’hui, les missions locales, nous risquons de payer, demain, un coût social et territorial bien plus élevé.

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).