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Discours du 30 juin 2026

Eric Liégeon · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°294

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Monsieur le ministre du travail et des solidarités, je souhaite vous interroger sur les conséquences de la réforme à venir du cumul emploi-retraite pour les retraités modestes et l’économie des territoires ruraux. Le cumul emploi-retraite, c’est un complément de revenus souvent indispensable pour les retraités à faible pension, qui doivent faire face à un coût de la vie, de l’énergie, de la santé ou du logement en constante hausse. C’est particulièrement vrai dans ma circonscription du Haut-Doubs, où se loger et se soigner devient de plus en plus difficile.Le cumul emploi-retraite, c’est aussi une contribution au dynamisme de nos territoires, surtout en zone rurale, où de nombreux secteurs, comme les services à la personne, le commerce, les transports, la restauration ou le secteur associatif, sont confrontés à des difficultés de recrutement, notamment sur des temps partiels. Ces secteurs comptent sur l’engagement de retraités actifs qui apportent leurs compétences et leur expérience pour permettre la continuité de l’activité.Or la réforme qui entrera en vigueur au 1er janvier prochain suscite de vives inquiétudes, à la fois chez les futurs retraités et chez les acteurs économiques. Les nouvelles règles, exclusivement fondées sur l’âge et qui concerneront environ 710 000 retraités actifs, seront beaucoup plus restrictives. Avant 64 ans, le cumul deviendra quasi impossible ; entre 64 et 67 ans, un cumul partiel sera autorisé, mais avec un écrêtement sévère à hauteur de 50 % au-delà d’un plafond de 7 000 euros brut annuel ; et, étonnamment, à partir de 67 ans, le cumul intégral sera possible sans plafond ni réduction.Certes, vous aviez mis en avant la nécessaire limitation des effets d’aubaine créés par la version initiale du cumul emploi-retraite pour justifier cette réforme. Néanmoins, force est de constater qu’elle s’annonce pénalisante. Le plafonnement annuel des revenus d’activité à 7 000 euros, soit environ 400 euros net par mois, envisagé à partir de 64 ans apparaît particulièrement restrictif et affectera durement les retraités touchant des petites pensions.Le durcissement des conditions de cumul privera aussi les entreprises de l’accès à une main-d’œuvre expérimentée, sans compter les effets contre-productifs que pourrait entraîner la réforme. Je pense au travail dissimulé, auquel certains seniors pourraient être tentés de recourir pour contourner les nouvelles règles plus restrictives.Compte tenu de l’ensemble de ces éléments, entendez-vous mettre en place des mesures d’ajustement, notamment un relèvement du plafond annuel de revenus d’activité pour le porter à un niveau plus adapté ? Il est paradoxal d’entraver des retraités souhaitant poursuivre une activité alors même que dans certains territoires, de nombreuses entreprises peinent à recruter et risquent de voir des emplois rester vacants.

Alors que nous débattons à nouveau du recul de l’âge de départ à la retraite, il serait opportun de laisser celles et ceux qui veulent continuer de travailler la possibilité de le faire.

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).