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Discours du 29 avril 2025

Éric Lombard · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°177

Je veux vous rassurer. Dans le cadre de la préparation du projet de loi de finances pour 2026, le premier ministre nous a demandé d’utiliser une méthode, celle du dialogue. Mes collègues Catherine Vautrin et François Rebsamen sont engagés dans ce dialogue, la première d’ores et déjà avec les partenaires sociaux, le second le 6 mai prochain, avec les représentants des collectivités locales. Au niveau de l’État, nous dialoguons également avec l’ensemble des parties prenantes.

Nous sommes à la fin du mois d’avril 2025 et ce dialogue se déroulera jusqu’au mois de juillet. Comme il l’a annoncé, le premier ministre rendra alors ses arbitrages. Aucune décision n’est prise à ce stade. Je peux toutefois vous rappeler le cadre dans lequel nous travaillons avec ma collègue Amélie de Montchalin. Il est très simple : pas de nouveaux impôts.

Notre objectif de désendetter la nation et de faire passer le déficit au-dessous de 3 % du PIB en 2029, nous l’atteindrons grâce à la maîtrise de la dépense publique dans ses trois composantes : les collectivités locales, la sécurité sociale et l’État. Et nous l’atteindrons en respectant les engagements que vous avez rappelés à juste titre. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR et Dem.)

Non, nous ne créerons pas de nouvel impôt local – ni de nouvel impôt tout court. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR. – M. Cyrille Isaac-Sibille applaudit également.)

Je défendrai en outre la suppression de la taxe d’habitation, qui a sauvé les villes centres – le premier ministre l’a souvent répété. On sait très bien l’effet d’éviction que cette taxe avait sur les ménages les plus modestes : pour éviter une taxe d’habitation élevée, ils allaient en périphérie. (M. David Amiel applaudit.)

Et cela ne vaut pas que pour la ville de Pau ! Dans mes fonctions précédentes, j’ai eu l’occasion de financer de nombreuses collectivités locales, j’en parle donc en connaissance de cause.

Élargissons le propos : notre priorité aujourd’hui est de soutenir les Françaises et les Français ainsi que les entreprises, alors que l’économie mondiale rencontre des défis comme nous n’en avons jamais connu : l’instauration de tarifs douaniers et le développement des exportations de la part de grands États qui sont devenus des pays-usines.

Nous devons les protéger. Pour cela, il est nécessaire non seulement de ne pas augmenter les impôts des ménages et des entreprises, mais aussi de gérer les finances publiques. Le danger qui est devant nous, le premier ministre l’a rappelé, c’est bien le poids de notre endettement et de la charge de la dette dans le budget. Pour rétablir nos comptes, nous allons travailler sur la dépense publique. C’est la maîtrise de la dépense publique qui nous permettra d’atteindre nos objectifs. Le cadre sera précisé par le premier ministre, il l’a dit, avant le 14 juillet. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EPR. – M. Philippe Vigier applaudit également.)

J’ai l’honneur de vous présenter, aux côtés de Mme la ministre chargée des comptes publics, Amélie de Montchalin, l’état d’avancement de notre plan budgétaire et structurel à moyen terme (PSMT). Ce PSMT permet d’établir une perspective sur plusieurs années, afin de proposer une trajectoire progressive et équilibrée, tout en étant soutenue et suivie.Sur le plan économique, nos prévisions de croissance ont été revues, dans un contexte géopolitique pour le moins tourmenté. Néanmoins, le scénario de croissance reste assez proche de celui retenu pour le projet de loi de finances (PLF) de janvier. Comme attendu, et comme le montrent les dernières enquêtes de conjoncture ainsi que la bonne tenue relative de la consommation des ménages, l’adoption du budget pour 2025 a permis de réduire l’incertitude qui pesait sur les acteurs économiques.Cependant, la forte dégradation de l’environnement international nous conduit à revoir à la baisse notre prévision de croissance pour 2025, en la fixant à 0,7 %, soit 0,2 point de moins que le scénario retenu pour le PLF, que nous avions déjà révisé au mois de janvier. C’est la conséquence de la politique tarifaire des États-Unis et, plus généralement, de l’aléa que provoque la nouvelle politique américaine.L’incertitude économique affecte également nos entreprises, dégradant non seulement leurs exportations, mais aussi le niveau de leurs investissements. Au total, l’environnement international aurait pour effet de réduire la croissance de 0,3 point, contre 0,1 point anticipé en janvier. Cette incertitude engendre également une aversion accrue au risque, qui a entraîné ces derniers temps des mouvements significatifs sur les bons du Trésor et sur l’écart de taux, souvent appelé spread, avec notre voisin allemand.S’agissant de nos finances publiques, notre trajectoire de dépenses primaires nettes a été amendée par rapport à celle présentée dans le PSMT d’octobre 2024. Il s’agissait de tenir compte de la cible de déficit du gouvernement pour 2025, qui a été revue, passant de 5 % à 5,4 %, ainsi que de la recommandation émise par le Conseil de l’Union européenne en janvier, qui était compatible avec cette nouvelle cible de déficit.Le nouveau cadre budgétaire européen a introduit un indicateur supplémentaire : le taux de croissance de la dépense primaire nette – hors charge de la dette. Ce nouvel outil est plus précis que l’indicateur traditionnel qu’est le déficit public, particulièrement sensible aux aléas de conjoncture.Ainsi, le taux de croissance cumulé de nos dépenses primaires nettes reste identique pour la période 2024-2029 à celui proposé dans le PSMT. En outre, en cumul sur 2024-2025, la dépense primaire nette croîtrait de 4,2 %, soit un niveau inférieur au maximum fixé par le Conseil, soit 4,6 %. La trajectoire prévue dans le nouveau cadre de gouvernance européen est donc bien suivie.C’est pourquoi nous réitérons notre engagement à faire passer le déficit sous la barre des 3 % en 2029 – ce que le premier ministre a appelé très justement, lors de la conférence nationale des finances publiques, le seuil d’indépendance.

Pour satisfaire cet engagement, nous maintenons notre objectif de déficit de 4,6 % en 2026, comme nous nous y étions engagés à l’automne dernier. Nous faisons ce qu’il faut pour éviter le dépassement des dépenses. À cette fin, la ministre chargée du budget et moi avons présenté des mesures d’économie à hauteur de 5 milliards d’euros. Nous vous donnons rendez-vous en juin, ainsi qu’aux partenaires sociaux, pour un second comité d’alerte, où nous vous tiendrons informés de l’exécution du budget.Dans sa conférence de presse sur les finances publiques, le premier ministre a affirmé une nouvelle méthode, celle d’un dialogue poussé entre le gouvernement, la représentation nationale, la commission des finances, les représentants des élus et les partenaires sociaux. Cette méthode doit nous permettre de partager l’exigence de redressement des comptes publics et d’identifier ensemble les moyens de la réaliser.Le retour à un niveau de déficit satisfaisant est non seulement une priorité budgétaire, mais aussi une priorité politique, afin d’assurer notre crédibilité internationale et de garantir notre souveraineté. Il s’agit en outre de continuer à libérer l’investissement et de soutenir les entreprises, l’emploi et le développement de notre économie.Je vous remercie pour votre attention et écouterai avec intérêt vos interventions. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR et Dem.)

Merci, mesdames et messieurs les députés, d’être restés pour cette séance prolongée. Je vais essayer d’être synthétique.Le chemin est difficile, en effet, et nous devrons respecter la trajectoire fixée pour nos finances publiques. En effet, alors que notre endettement a crû du fait d’événements extérieurs indépendants de notre volonté,…

…comme la crise du covid, une augmentation des impôts réduirait le déficit mais aurait un effet récessif, tandis qu’une augmentation des dépenses, si elle pourrait éventuellement avoir un effet positif sur l’économie – je précise que le modèle utilisé par Bercy n’est plus keynésien depuis longtemps –, augmenterait le déficit, tout en alourdissant le prix de la dette : les trois principales agences de notation nous prêtent une perspective négative.Pour ces raisons, le chemin que nous proposons vise la maîtrise de la dépense publique, la non-augmentation de l’impôt et l’amélioration de la compétitivité de notre économie.

Je ne pense pas, monsieur le président de la commission des finances, qu’un pays dont la dépense publique représente 57 % de la richesse nationale soit géré sous le régime de l’austérité.

Vous évoquez un tsunami que nous affronterions avec les mêmes rames. J’apprécie la formule.

Le tsunami est là. Quand on voit les décisions que prennent les Américains depuis quelques semaines et la situation du commerce international, notre conviction est que pour réagir à ce tsunami, la priorité est d’assurer l’efficacité économique de nos entreprises, qui font face à une concurrence de plus en plus agressive. Je rappelle que, dans ce contexte, l’Allemagne vient de changer radicalement de politique économique et s’endette pour rattraper son retard.

Nous devons, dans la compétition avec nos amis allemands, rester vigoureux et faire face à la compétition mondiale : c’est l’une des raisons pour lesquelles notre politique semble la plus adaptée.Le rapporteur général de la commission des finances n’est plus là pour m’entendre, mais cette situation nous oblige à tenir la trajectoire présentée dans le rapport d’avancement annuel du budget.Nous partageons les préoccupations du président et du rapporteur général de la commission des affaires sociales. Le discours de la méthode tenu par le premier est aussi le nôtre : c’est par le dialogue que nous pourrons revenir de ce déficit de 15 milliards d’euros, qui est beaucoup trop élevé.

Madame la députée, notre méthode reposera, dans tous les domaines, sur le dialogue – un dialogue très en amont, que nous avons ouvert avec le comité d’alerte, présidé par le premier ministre le 15 avril, que nous poursuivrons avec des députés de tous les bancs, pourvu qu’ils soient volontaires pour y participer, et que nous prolongerons avec les parties prenantes des trois segments de l’action publique : collectivités locales, État et sécurité sociale.

M. de Courson nous appelle à la prudence face à l’évolution de la croissance et on nous a même reproché les révisions successives de celle-ci. D’abord, qui aurait imaginé que la censure aurait un effet aussi négatif sur elle ?

Il a été d’au moins 0,3 point du PIB. Ensuite, qui aurait pu imaginer que le président des États-Unis mène une politique aussi atypique, qui n’avait plus été appliquée depuis plus d’un siècle et qui a dégradé de 0,5 point, c’est-à-dire considérablement, la croissance mondiale ?Monsieur le rapporteur général Thibault Bazin, vous avez raison de signaler qu’une prévision de 0,7 % reste sujette à des risques à la baisse, mais on peut espérer que les États-Unis reviennent à une politique plus favorable à la croissance, dont profiterait notre pays.Je partage votre avis, monsieur le président de la commission des affaires européennes : rétablir nos finances publiques, c’est rétablir notre souveraineté. Charles Sitzenstuhl mentionnait un voyage à Washington à l’occasion des réunions du FMI et de la Banque mondiale : quand la présidente du FMI m’a aimablement demandé comment elle pouvait nous aider, je lui ai répondu que nous gérerions nous-mêmes nos problèmes de finances publiques. Il y va de notre souveraineté.Nous avons non seulement besoin de rétablir nos finances publiques, mais la trajectoire qui mènera à ce rétablissement devra nous permettre d’améliorer notre effort de défense, qui est un effort pour la paix.L’Union européenne devrait nous y aider, par la mise en œuvre des conclusions des rapports Draghi et Letta et l’application d’un agenda de compétitivité et de rétablissement de la position économique de l’Europe. J’en profite pour rappeler l’engagement européen du gouvernement ; en ce moment historique où les États-Unis d’Amérique montrent une instabilité économique et politique, l’Union européenne se doit de confirmer sa place.La politique que nous avons menée depuis sept ans nous permet de rétablir l’attractivité de notre pays. L’un de vous a fait un commentaire ironique à ce sujet, mais le fait, dans le domaine de l’intelligence artificielle, d’avoir réuni autour du président de la République des investisseurs internationaux qui se sont engagés à hauteur de 109 milliards d’euros en étant convaincus par l’excellence des entreprises françaises des secteurs d’avenir me paraît de bon augure.Monsieur Tanguy n’est plus là, mais j’ai entendu ses critiques et noté le choix de ses formules. Sur le fond, je veux rappeler les difficultés importantes que nous rencontrons pour tenir notre position face aux États-Unis et à la Chine ; ma conviction est que ce n’est que grâce à l’Europe que nous y parviendrons. Il me paraît donc peu opportun de quitter l’Union.Cher Charles Sitzenstuhl, la dette atteint 113 % de notre PIB, ce qui est un problème, nous en sommes d’accord. Nous devons traiter ce problème, et le faire en évitant un matraquage fiscal qui nous plongerait dans une récession, qui, mécaniquement, aggraverait la dette. Je suis d’accord avec votre appel à mettre en avant la stabilité européenne pour attirer les investisseurs. C’est d’ailleurs ce que nous faisons déjà, notamment lorsque nous autres membres du gouvernement rencontrons des investisseurs internationaux à l’occasion de voyages réguliers.Monsieur Bouloux, j’ai bien entendu votre appel en faveur d’un État stratège et je suis d’accord avec vous. Il existe néanmoins entre nos approches une différence essentielle. Si, comme vous, nous défendons un modèle écologique et un modèle social dynamique, contrairement à vous, nous pensons que pour les appliquer, il faut, non pas augmenter la dépense publique – à 57 % du PIB, elle a déjà atteint un plafond –, mais la maîtriser. Si je goûte la formule selon laquelle vous préféreriez 5 % de déficit et une planète vivable, je crains qu’une France à ce niveau de déficit soit invivable : il est important que notre économie ait des comptes équilibrés et qu’elle assure son avenir.Je n’ai pas encore pris connaissance des propositions évoquées par Jean-Didier Berger, mais nous en débattrons, comme nous débattrons des propositions de tous les groupes qui le souhaiteront. C’est notre méthode, et c’est ainsi que nous construirons le projet de loi de finances pour 2026.

Nous ne donnons pas à l’immigration le rôle que vous lui donnez et c’est bien là l’une des différences considérables qui nous distinguent. Nous ne modifierons pas notre position sur ce point.Eva Sas dit que le rythme d’ajustement est trop rapide.

Je ne m’étendrai pas sur le sujet, mais je ne partage pas ce point de vue : la situation est trop grave !Je remercie Emmanuel Mandon pour son appel au dialogue social, qui est la meilleure façon, si ce n’est la seule, d’améliorer notre compétitivité. Félicie Gérard l’a souligné elle aussi, tout en nous appelant à maîtriser les dépenses, préoccupation que nous partageons.Monsieur Bataille, le panorama économique est en effet sans pitié. C’est bien pour cette raison que nous veillons à ne pas compromettre l’autonomie budgétaire de la France.Monsieur Maurel, j’ai bien entendu vos propos. Non, l’évolution économique n’a pas été anticipée parce que, comme je l’ai dit en introduction, personne n’aurait pu penser que la politique américaine serait aussi disruptive.Enfin, monsieur Verny, vous ne vous êtes adressé qu’à ma collègue Amélie de Montchalin. Vous avez eu raison et je lui cède la place pour vous répondre et compléter mes propos. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).