Discours du 1 juillet 2026
Éric Michoux · Première session extraordinaire 2026 · séance n°1
En France, aujourd’hui, près de 400 000 enfants et jeunes majeurs font l’objet d’une mesure d’assistance éducative : près de 400 000 vies suspendues à une décision de justice, près de 400 000 enfants que notre République s’est engagée à protéger. Derrière ces chiffres, il y a des regards qui cherchent un repère, des silences qui disent parfois plus que les mots, des familles blessées et des enfants dont le monde a vacillé.Lorsqu’un juge des enfants prononce une mesure d’assistance éducative, il ne signe pas un simple acte de procédure, il touche à ce que nous avons de plus précieux, l’enfance. Il décide d’un foyer, d’un quotidien et toujours d’un avenir. Dans cet instant si particulier, la voix de l’enfant ne doit jamais être un murmure perdu dans le bruit des procédures. Elle doit pouvoir être entendue, elle doit pouvoir être portée. Elle doit pouvoir être défendue. C’est précisément le rôle de l’avocat. Non pas seulement celui qui connaît le droit, mais celui qui prête sa voix à qui peine encore à faire entendre la sienne ; celui qui rappelle que, derrière chaque dossier, il y a un prénom, derrière chaque procédure, il y a une histoire, derrière chaque décision, il y a une vie qui se construit, derrière chaque enfant, il y a un citoyen en devenir.C’est pourquoi le groupe UDR soutiendra cette proposition de loi.Ces dernières semaines, notre pays a été bouleversé par plusieurs drames. Je pense à Louis, d’une autre manière à Lyhanna et enfin à Lily. Protéger l’enfance n’appartient ni à la droite ni à la gauche. C’est un devoir qui devrait nous rassembler, mais qui nous oblige aussi à regarder la réalité en face et avec lucidité. Notre justice est trop lente, trop faible et trop éloignée des victimes. Trop lente quand les décisions arrivent après le drame, trop faible quand la parole des plus vulnérables n’est pas entendue, trop éloignée des victimes quand ceux qui souffrent deviennent les spectateurs de leur propre histoire.Le juge des enfants porte une responsabilité immense. Les professionnels de la protection de l’enfance accomplissent un travail remarquable, dans des conditions souvent difficiles. Les familles d’accueil donnent également beaucoup. Créer un droit pour les enfants placés est une avancée que le gouvernement a la responsabilité de rendre effective. Louis, Lily, Lyhanna, ces prénoms nous rappellent une vérité tragique : quand il est question d’un enfant en danger, attendre, c’est déjà renoncer. Protéger un enfant, c’est savoir écouter ce qui n’est pas dit, reconnaître parfois les signaux faibles, agir avant que le signal ne devienne fatal ; c’est comprendre qu’un enfant n’a souvent qu’une richesse, la confiance qu’il place dans l’adulte chargé de le protéger. Cette confiance nous oblige.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).