Aller au contenu
vie-politique.fr

Discours du 26 novembre 2025

Ersilia Soudais · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°71

Madame la présidente Artru, vous avez fait référence plusieurs fois à la proposition de loi transpartisane visant à lutter contre les déserts médicaux, soulignant à juste titre qu’elle était bloquée au Sénat. Si vous étiez en face des sénateurs, quels arguments avanceriez-vous pour les convaincre d’avancer enfin ?Vous avez également évoqué le pacte de lutte contre les déserts médicaux, présenté par le gouvernement peu après l’adoption de cette proposition de loi, et vous avez fait part de vos doutes quant à l’efficacité, s’agissant des soins primaires, de la « solidarité territoriale » préconisée par le ministre de la santé de l’époque, Yannick Neuder. Pourriez-vous développer ce propos ?J’aimerais aussi connaître votre avis sur la cartographie des zones prioritaires qui a été publiée par ce ministre. Personnellement, je m’interroge à son sujet, dans la mesure où mon département, la Seine-et-Marne, ne figure pas parmi les zones prioritaires, alors qu’il s’agit d’un des départements les plus touchés par la désertification médicale. Que pensez-vous de la méthode qui a été employée pour établir cette cartographie ?Enfin, vous avez souligné que l’instabilité n’aide pas à avancer en matière de santé. De gouvernement en gouvernement, une chose est cependant très stable : la baisse des dépenses. Tout récemment, notre assemblée a voté sur le PLFSS, qui a ensuite été examiné par le Sénat. La commission mixte paritaire qui vient de se tenir est non conclusive. J’aurais aimé connaître votre sentiment sur ce PLFSS, dont j’estime qu’il va contribuer à détériorer la situation plutôt qu’il ne nous aidera à lutter contre les déserts médicaux.

Vous avez dit, madame la ministre, que la lutte contre les déserts médicaux n’était pas un sujet partisan. Vous mentez. Certes, vous me répondrez qu’une loi transpartisane a été votée à l’Assemblée nationale, mais sachez qu’elle est boudée par le Sénat, lequel est dominé, je vous le donne en mille, par la droite.Vous me direz encore que le gouvernement s’est engagé à honorer un pacte pour lutter contre les déserts médicaux ; peut-être, mais, dans les faits, les gouvernements successifs se sont illustrés par une réduction continue des dépenses.Vous vous abriterez, en vertu de ce fameux pacte gouvernemental, derrière la solidarité territoriale pour ne pas dépenser davantage mais, comme l’a souligné Laure Artru, ce n’est pas par la solidarité territoriale que des réponses pourront être trouvées à la problématique des soins primaires.La cartographie des zones prioritaires est d’ailleurs établie selon une méthodologie plus que douteuse, puisque la Seine-et-Marne n’y figure pas, alors qu’elle fait partie des départements les plus touchés par la désertification médicale.Enfin, quand 87 % du territoire souffre de la désertification médicale, il est bien difficile de faire jouer cette solidarité. La solidarité entre pauvres a ses limites !Bien sûr, et vous y avez pensé, il reste toujours la possibilité d’exploiter les médecins – c’est ce que vous faites avec les Padhue. Mais là encore, il y a eu un souci car le GHEF, le Grand Hôpital de l’Est francilien, pour combler le manque de médecins, avait décidé d’instaurer une prime différentielle, laquelle a été jugée non réglementaire et a dû être remboursée par les médecins – jusqu’à 100 000 euros pour certains d’entre eux !Arrêtons l’hypocrisie, madame la ministre, et posons-nous la bonne question : comment faire mieux avec moins ?

J’aimerais revenir sur la question de la régulation. Comme l’a rappelé M. Martineau, il n’est absolument pas question d’obliger les médecins à s’installer à tel ou tel endroit, mais seulement de les empêcher de s’installer là où leur présence n’est pas utile.Vous prétendez que la régulation est inefficace. Or si nous partons du principe que toutes les solutions que nous proposons sont inefficaces, autant arrêter tout de suite de lutter contre la désertification médicale, car le combat est inutile.Certes, aucune solution ne résoudra à elle seule le problème de la désertification médicale. Toutefois, la régulation nous semble indispensable puisque nous ne disposons pas d’un nombre suffisant de médecins sur l’ensemble du territoire et que, comme vous l’avez dit, ce n’est pas en claquant des doigts que ce nombre augmentera demain.En réalité, nous payons les pots cassés après de nombreuses années de mauvaise gestion en la matière. Je sais bien que le numerus clausus a été supprimé, mais cela ne change rien au fait que, d’une part, il n’y a pas assez de places dans les facultés pour former les futurs médecins et que, d’autre part, le personnel chargé d’encadrer les internes dans les hôpitaux est insuffisant.Je reviens donc à la question des moyens, sur laquelle j’ai insisté lors de ma précédente intervention. Nous sommes en plein examen du PLFSS. À l’issue de la première lecture à l’Assemblée nationale, on compte 12 milliards de moins dans les caisses de la sécurité sociale – plusieurs milliards destinés aux hôpitaux ont ainsi été supprimés. Dès lors, ne serait-il pas temps, avant le vote final sur le PLFSS, de changer de stratégie ?

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).