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Discours du 2 octobre 2026

Estelle Mercier · Session ordinaire 2026-2027 · séance n°5

Il a été travaillé avec Coraline Hingray, médecin psychiatre et responsable de la Maison de la résilience, à Nancy.Souvenez-vous. À l’été 2017, Shaïna, alors âgée de 13 ans, est victime d’un viol en réunion commis par quatre jeunes de sa cité. Courageusement, Shaïna porte plainte le soir même. La médecin légiste qui l’examine constate des éléments objectifs – ecchymoses, bleus, rougeurs – allant dans le sens des violences rapportées, mais indique en préambule de son rapport : « Notons que Shaïna se déshabille facilement et qu’elle ne montre aucun signe de honte ni de culpabilité. » Par ces mots, elle exprime son incrédulité face à la parole de Shaïna, malgré la présence sur le corps de cette dernière d’éléments de preuve objectifs.Dès lors, la parole de Shaïna sera sans cesse contestée ; on lui reprochera son attitude, ses relations, sa réputation. Son parcours judiciaire est chaotique. Un an plus tard, après avoir été harcelée, elle est tabassée par les mêmes agresseurs. À 15 ans, elle est assassinée par son petit ami, parce qu’elle avait la réputation d’être une fille facile.Le déni de la réalité vécue par les victimes s’explique en grande partie par le mécanisme de la dissociation : au moment de l’agression, le cerveau de la victime active un système d’urgence, disjoncte et coupe les liaisons entre les émotions, le corps et la mémoire. Ces réactions peuvent être mal comprises ou mal interprétées dans un parcours judiciaire. Alors que la justice attend de la constance et de la cohérence, les victimes livrent des récits fragmentés, oublient des détails importants, se heurtent à la confusion de leurs souvenirs. De tels comportements sont trop souvent interprétés comme des incohérences, voire des mensonges ou des affabulations.Cet amendement prévoit que les conséquences psychotraumatiques constatées sont documentées, versées à la procédure, soumises au contradictoire et prises en compte parmi les éléments utiles à la manifestation de la vérité. Une telle disposition offrirait une garantie à la victime ; elle permettrait d’adapter les conditions de son audition, d’éviter la répétition d’actes traumatisants, de l’orienter rapidement vers une prise en charge spécialisée, enfin de mieux comprendre les effets des violences sur son comportement et son parcours. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe SOC.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).