Discours du 10 décembre 2025
Estelle Youssouffa · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°89
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Parlons de France Télévisions !
Dans quelques jours, nous commémorerons le tragique cyclone Chido, qui a ravagé Mayotte : voilà un an que cette catastrophe a emporté des vies et dévasté notre île. Pour nous, Mahoraises et Mahorais, au-delà des traumatismes visibles et invisibles laissés par Chido et Dikeledi, cette année de souffrance est celle d’une interminable et douloureuse attente – l’attente d’une reconstruction qui n’a toujours pas commencé.Il y eut les premiers secours et les réparations d’urgence, et puis rien. Rien, puisque François Bayrou et Manuel Valls ont choisi de jouer la montre en faisant des économies au détriment de notre île. Mayotte subit donc depuis un an une inertie qui nous achève.À ce jour, la plupart des familles mahoraises n’ont reçu aucune aide financière. La plupart des collectivités n’ont pas été remboursées des frais exceptionnels d’urgence. Les bidonvilles se sont reconstruits et même agrandis, tandis que les grands projets publics promis n’ont toujours pas démarré. Les logements et les bâtiments publics restent sous des bâches. Les coupures d’eau sont quotidiennes, les violences ont repris, les migrants débarquent chaque jour.Pourtant, cet été, le Parlement a voté une loi de programmation prévoyant 4 milliards d’euros pour reconstruire Mayotte. Le premier ministre s’est engagé, ici même, à dédier une ligne budgétaire spécifique à notre département, avec un programme des interventions territoriales de l’État – un Pite Mayotte – visant à sanctuariser les crédits de la reconstruction.Depuis des semaines, nous négocions avec le gouvernement pour déterminer combien vous allez réellement mettre sur la table pour Mayotte, pour veiller à ce que les grosses dépenses ne soient pas décalées après l’élection présidentielle, et pour que Bercy ne gèle pas mais augmente bien les crédits pour Mayotte.Madame la ministre des outre-mer, quel sera le montant des crédits de paiement inscrits pour Mayotte dans la loi de finances pour 2026 ? Quand et comment la ligne Pite Mayotte sera-t-elle inscrite dans le budget de la nation ? La reconstruction de Mayotte sera-t-elle inscrite dans la loi spéciale si le Parlement ne vote pas le budget ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LIOT et sur quelques bancs du groupe DR.)
Vous avez évoqué les territoires d’outre-mer, monsieur le premier ministre, et je tiens à vous exprimer mon inquiétude sur l’orientation prise par notre pays sur cette question. Car s’il est bien sûr nécessaire de renforcer notre posture face aux défis de sécurité auxquels est confronté l’Hexagone, la nature des menaces qui pèsent sur les territoires d’outre-mer est fondamentalement différente, immédiate et insuffisamment prise en compte. Comme l’affirme désormais sans détour la revue nationale stratégique de 2025, ces derniers revêtent une dimension stratégique essentielle, non seulement pour leur propre sécurité mais aussi pour celle de l’Hexagone. Les moyens dédiés doivent donc être à la hauteur : il s’agit ainsi de financer une défense sans avoir à arbitrer entre l’Hexagone et l’outre-mer.Vous avez évoqué la guerre hybride, caractérisée outre-mer par une contestation quotidienne de la souveraineté française, ciblant directement l’intégrité territoriale et l’exploitation de nos zones économiques exclusives dans un but de déstabilisation et de prédation des ressources. C’est là-bas, chez nous, dans l’océan Indien, dans le Pacifique ou encore aux Antilles, que cette menace hybride se matérialise très concrètement, et cela depuis plusieurs années : des navires de pêche chinois, par exemple, circulent dans nos eaux territoriales au large de la Nouvelle-Calédonie ; des conférences sont réunies à Bakou pour contester la présence française ; des flux de fausses informations pour décrédibiliser l’État et contester la France circulent sur les réseaux sociaux en outre-mer.En première ligne, on trouve évidemment Mayotte, seule terre française habitée qui soit officiellement et activement revendiquée par un pays étranger : les Comores. Ce voisin mène une déstabilisation méthodique, notamment en y envoyant sa population et, depuis quelques années, des demandeurs d’asile venus du continent africain. Une telle instrumentalisation des flux migratoires nie notre frontière et déstabilise nos services publics, déchirant le pacte républicain. C’est bien pourquoi l’instrumentalisation des flux migratoires est classée comme menace hybride par l’Otan et par l’Union européenne.Vous êtes sur ce point resté silencieux… passif, sinon complice, nous en avons déjà parlé à plusieurs reprises. J’entends ici dénoncer la myopie coupable de Paris sur les agissements de Moroni. La Russie, la Chine mais aussi l’Azerbaïdjan soutiennent activement les Comores, Moscou offrant même ses services pour la prise de contrôle de Mayotte et les Comores ayant offert leur pavillon pour le navire espion venu au large de Saint-Nazaire et pour la flotte clandestine de pétrole russe de contrebande. Les Comores travaillent avec nos ennemis : il va falloir sortir de l’angélisme coupable de la relation franco-comorienne et enfin protéger Mayotte !Il faut d’autant plus protéger Mayotte qu’elle vit dans son voisinage immédiat l’instabilité mondiale que vous avez évoquée, monsieur le premier ministre : à quelques centaines de kilomètres de l’île, Daech reprend ses activités terroristes au Mozambique ; la répression bat son plein en Tanzanie ; le coup d’État à Madagascar et l’aide française au président en fuite ont mis nos ressortissants en danger. Ce coup d’État pourrait donner des idées aux apprentis putschistes comoriens dans ce pays instable et menaçant. Mais je le dis alors ici solennellement : que Paris s’abstienne de toute ingérence qui mettrait en danger les Français de Mayotte. Je rappelle qu’en 2008, alors que le Quai d’Orsay semblait avoir agi sur les élections de nos voisins, les Comoriens s’étaient lancés dans une brutale chasse aux Blancs à Mayotte.Nous avons compris le dilemme stratégique que Moscou impose à Paris en faisant pression sur les fragiles territoires ultramarins pour souligner les faiblesses et les angles morts de nos moyens de défense, et mettre à l’épreuve nos choix stratégiques et budgétaires. Étant donné les investissements sur des moyens terrestres pour la défense continentale, nous comprenons en creux que ceux de la marine nationale pour l’outre-mer seront sacrifiés. La loi de programmation indique que, d’ici à 2030, les territoires ultramarins disposeront de près de 1 000 militaires supplémentaires, d’équipements modernisés et de capacités de commandement renforcées. Le groupe LIOT vous demande par conséquent d’accélérer le plus énergiquement la réalisation de la programmation des patrouilleurs outre-mer en en dédiant un à temps plein à Mayotte, qui mouillerait au port de Longoni au bord d’un quai militaire. Nous vous demandons également d’accélérer les innovations en matière de drones aériens, marins et sous-marins afin de réinventer notre défense dans les territoires ultramarins et de répondre ainsi avec force et détermination au défi qui nous est lancé : défendre les Français des territoires d’outre-mer avec la même énergie et la même détermination que ceux de l’Hexagone.Je conclurai en remerciant les militaires,…
…nos frères, nos sœurs, nos pères, nos enfants qui sont engagés, ceux de l’Hexagone, ceux de l’outre-mer, ceux qui ont répondu présents pour aider Mayotte après le passage du cyclone Chido. (MM. Elie Califer et François Cormier-Bouligeon ainsi que Mmes Marie Récalde et Natalia Pouzyreff applaudissent.)
C’est sérieux ?
Il est soutenu par les Polynésiens ! Il faut arrêter !
Bravo !
Il a raison !
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).