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Discours du 4 février 2026

Fabrice Roussel · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°141

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L’urgence climatique n’est plus un sujet de débat théorique. Elle est établie par la science, vécue sur nos territoires et documentée dans tous les rapports nationaux et internationaux.Pourtant, force est de constater que l’Europe hésite, recule et renonce de plus en plus souvent. Chaque jour qui passe remet en cause de nouvelles mesures du paquet Fit for 55. La fin programmée de la vente des véhicules thermiques en 2035 est contestée ; la mise en œuvre de la loi contre la déforestation est reportée ; le projet de directive dite omnibus vise désormais à affaiblir les exigences environnementales issues du pacte vert.Ce sont des reculs majeurs, que nous combattons de toutes nos forces, et je veux saluer ici tous ceux qui se battent avec constance et détermination pour la sauvegarde du devoir de vigilance.Ces reculs sont d’autant plus préoccupants que notre pays accuse aussi un retard réel dans sa transition énergétique. L’Europe nous l’a rappelé clairement à travers le plan national intégré énergie-climat.Pourtant, le gouvernement continue d’aggraver la situation en réduisant, une fois encore, les budgets de la mission Écologie, développement et mobilités durables et en maintenant le flou autour du fonds social pour le climat.Nous attendons toujours la publication de la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie. Celle-ci est indispensable pour planifier le déploiement des énergies renouvelables, accélérer la rénovation énergétique des bâtiments et transformer en profondeur nos modes de transport.À force de reculer sur l’ambition climatique, le gouvernement laisse le champ libre à l’extrême droite. La progression de cette dernière au sein des institutions européennes pèse désormais lourdement sur les décisions prises. Elle nourrit le climatoscepticisme et prospère sur une désinformation climatique toujours plus massive.Ce contexte idéologique fragilise la capacité d’action de l’Union européenne et érode la confiance des citoyens dans des politiques pourtant indispensables et fondées sur la science. Une telle approche n’est pas seulement injuste, elle est aussi condamnée à l’échec.La crise climatique appelle une transformation profonde de notre modèle économique et social et implique une véritable planification écologique démocratique, capable de donner de la visibilité aux acteurs économiques, de sécuriser les travailleurs et d’accompagner les territoires plutôt que de les abandonner face aux mutations.Cette transition ne peut réussir que si elle est indissociable de la justice sociale. En effet, les reculs et les dérives que nous constatons ont des conséquences très concrètes : ils mettent en péril la santé des Européennes et des Européens, frappent d’abord les populations les plus exposées, désorganisent l’économie et empêchent les entreprises d’investir et de se projeter sur le long terme ; ils affaiblissent aussi la crédibilité de l’Union européenne comme acteur moteur de la transition écologique.Nous devons également nous alarmer des discussions intervenues en octobre dernier, qui ont laissé planer la menace d’un droit de veto renforcé pour les gouvernements les plus hostiles à l’action climatique. En soutenant cette évolution, la France a pris une responsabilité politique lourde : celle de fragiliser l’Union européenne à un moment décisif et de donner un poids excessif aux forces qui contestent l’action climatique.Les faits sont pourtant sans appel. L’année 2024 a été marquée par des inondations majeures. Elle a été l’année la plus chaude jamais enregistrée en Europe. Depuis 2023, la température moyenne mondiale a dépassé, pendant douze mois consécutifs, le seuil de 1,5 oC au-dessus du niveau préindustriel. Rien que l’été dernier, la chaleur a causé plus de 24 000 décès dans les villes européennes. Enfin, les scientifiques nous rappellent que l’Europe se réchauffe environ deux fois plus vite que la moyenne mondiale.Face à cette réalité, nous avons un devoir de responsabilité. Réaffirmer l’ambition climatique européenne n’est ni un luxe ni une posture ; c’est une nécessité politique, sociale et économique.Nous devons débloquer 400 milliards d’euros pour déployer le Fit for 55 d’ici 2030. Nous devons intégrer des politiques de sobriété dans la législation européenne. Nous devons renforcer et protéger nos puits naturels, alors que les forêts européennes perdent en capacité d’absorption.En soutenant cette proposition de résolution européenne – je salue à cette occasion l’engagement de la rapporteure Julie Laernoes –, nous appelons la diplomatie française à défendre sans ambiguïté l’objectif européen de réduction de 90 % des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2040, à contribuer à l’élaboration d’un plan climat européen cohérent pour 2035 et à renforcer l’action nationale au lieu de la freiner.Parce que l’inaction climatique a toujours un coût humain et social, parce que renoncer aujourd’hui, c’est organiser les crises de demain, le groupe Socialistes et apparentés soutiendra cette proposition de résolution européenne. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. – M. Charles Fournier applaudit également.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).