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Discours du 30 avril 2026

Florence Goulet · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°217

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Une fois encore, nous nous retrouvons pour parler d’agriculture. En parler aura bien été le fil conducteur des gouvernements Macron depuis 2017, avec des effets d’annonce sans lendemain et quelques mesures sans réelle portée pour calmer la colère des agriculteurs, alors qu’ils sont en train de sombrer. Depuis 2017, vous avez multiplié les lois agricoles sans substance, pris des postures « en Européens », mais en réalité, vous n’avez jamais défendu les intérêts de l’agriculture française, sacrifiée par la Commission et nos partenaires de l’Union européenne, au profit de leurs produits industriels, dans les traités de libre-échange – traités que vous continuez de soutenir et qui se poursuivent malgré une posture tardive et inefficace contre le Mercosur, après dix ans d’inaction.Nous sommes ici pour débattre de simplification et de décrets d’application de lois relatives à l’agriculture. Votés sans vision pour notre souveraineté agricole et alimentaire, ces textes ont eu pour conséquence, comme pour notre souveraineté énergétique et industrielle, de sacrifier les filières du secteur. Ainsi, après dix ans de désengagements successifs, de renoncements politiques et d’abandons économiques, la balance agroalimentaire française décroche massivement en 2025. Encore excédentaire de 3,9 milliards d’euros en 2024, elle signait déjà un repli considérable de 26 % sur un an. Pourtant, en 2019, soit tout juste deux ans après l’élection d’Emmanuel Macron, la France, avec 77 milliards d’euros, affichait encore la plus forte production agricole totale parmi les États membres, même si sa position s’érodait depuis le début des années 2010.En 2025, malgré son statut de premier producteur agricole européen en valeur absolue, elle présente la valeur ajoutée brute par hectare la plus faible des six grandes puissances agricoles européennes, des coûts intermédiaires très importants – 65 % –, notamment pour l’énergie et les engrais, et une pression fiscale très supérieure à celle de ses voisins européens. La même année, l’impôt sur la production représentait 4,28 % de sa valeur ajoutée, contre seulement 0,03 % en Allemagne. Aucune des cinq autres grandes puissances agricoles européennes – l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, les Pays-Bas, la Pologne – n’a un niveau d’imposition équivalent à celui de la France.Lorsqu’on regarde la liste de vos mesures pour les agriculteurs, ce qui frappe, c’est qu’elle est faite de plans, de conférences, d’assises, de guichets, d’appels à projets, de comités ad hoc, avec tout un jargon technocratique propre à masquer l’urgence des décisions concrètement attendues. Les agriculteurs veulent surtout pouvoir vivre dignement de leur métier, qui est aussi souvent une passion, et voir leur travail rémunéré à son juste prix. Ils veulent pouvoir se battre à armes égales avec leurs concurrents et nourrir les Français avec des produits de qualité. Dans ce contexte, et alors que la crise au Moyen-Orient aggrave la situation en renchérissant le coût du gazole et des intrants, l’agriculture a besoin d’une véritable politique volontariste. Autant dire que tout est à revoir.Pour sortir de l’impasse, plusieurs leviers sont nécessaires. Dès 2022, Marine Le Pen proposait, dans son programme présidentiel, de baisser les impôts de production, de favoriser fiscalement la transmission des exploitations et de ramener les normes environnementales à un niveau de bon sens, en rejetant notamment toute interdiction de produit phytosanitaire existant sans alternative efficace et toute surtransposition des normes européennes. Nous proposions par ailleurs de protéger nos productions de la concurrence déloyale de produits agricoles à bas coût et de piètre qualité en excluant l’agriculture des traités multilatéraux de libre-échange et en interdisant les importations de produits agricoles ne respectant pas les normes de production françaises, de cesser le déluge de normes administratives, qui alourdissent le fonctionnement de nos exploitations et plombent leur productivité, de garantir aux paysans des prix respectueux de leur travail et de mettre un terme aux marges abusives de la grande distribution et des coopératives.L’agriculture n’est pas seulement la production de denrées alimentaires, elle est aussi le socle de traditions, de savoir-faire et de filières d’exception. L’agriculture française doit retrouver son rôle de premier plan, non seulement d’un point de vue économique, mais aussi en matière de souveraineté et de sécurité nationale.

Je souhaiterais appeler votre attention sur une situation qui illustre la complexification des règles plutôt que leur allègement. Le 3 février a été signé le décret no 2026-53 modifiant un précédent décret relatif à l’indemnisation des dommages causés aux troupeaux domestiques par le loup, l’ours et le lynx. S’il étend l’indemnisation à tous les dommages, il en subordonne le bénéfice, pour les territoires situés en cercle 2, à la mise en place de moyens de protection au-delà de la deuxième attaque.Jusqu’à présent, les éleveurs situés dans ces zones où la présence du loup n’est pas avérée mais seulement possible n’étaient pas soumis à cette obligation. Cette évolution introduit donc une conditionnalité supplémentaire et fait peser des risques sur les éleveurs qui, faute d’avoir pu installer des dispositifs de protection souvent coûteux, complexes et parfois inadaptés aux réalités du terrain, ne seront plus indemnisés.Les éleveurs concernés se retrouvent face à une double peine : subir la prédation et risquer de ne pas être indemnisés dans un contexte déjà marqué par une complexité administrative excessive, une multiplicité d’interlocuteurs et des délais d’instruction importants.Dans mon département de la Meuse, l’année dernière, plus de 120 brebis ont été tuées par des loups. La très légère augmentation du taux de prélèvement n’a pas changé la situation.La profession agricole demande avant tout de la stabilité, de la lisibilité et une simplification réelle des règles qui leur sont applicables. Ce type d’évolution suscite donc une profonde incompréhension. Ma question sera donc simple : comptez-vous revenir sur cette décision ou, à tout le moins, prévoir d’assouplir le dispositif ou de prendre des mesures d’accompagnement pour ne pas fragiliser encore davantage les élevages ?

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).