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Discours du 17 juin 2026

Florent Boudié · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°274

Même si M. Colombani a précisé qu’il attendait l’avis de Mme la ministre, j’ose donner le mien. Le titre XII de la Constitution, tel qu’il est ordonné, présente une gradation très claire : les articles 72 à 72-4 définissent le droit commun des collectivités territoriales ; l’article 73 régit les départements et régions d’outre-mer, qui bénéficient d’un système d’adaptation particulier assorti d’un principe d’identité législative puisque les lois et règlements s’y appliquent de plein droit ; enfin, l’article 74 se rapporte aux cinq collectivités d’outre-mer bénéficiant d’un régime d’autonomie défini par la loi organique.En dehors de celles soumises aux statuts très particuliers des articles 73 et 74, les collectivités relèvent de l’article 72. Je pense qu’il faut conserver cette gradation. Les dispositions de l’article 72 autorisent de prévoir un statut particulier d’autonomie pour la Corse, tel que nous le proposons par cette révision constitutionnelle.À celles et ceux qui s’interrogeaient hier soir sur la notion même d’autonomie et sur l’avenir de l’autonomie en Corse au sein de la République eu égard à la rédaction de l’article 72-5, je dis qu’il est préférable de rester dans le cadre des collectivités à statut particulier de l’article 72, et plus rassurant, pour ceux qui s’inquiétaient, de prévoir les dispositions relatives au statut de la Corse dans un article 72-5 plutôt que de lui consacrer un titre particulier.Dernier argument : la seule collectivité territoriale qui bénéficie d’un titre spécifique au sein de la Constitution, le titre XIII, est la Nouvelle-Calédonie. Des raisons tout à fait singulières l’expliquent, notamment le processus de décolonisation. Nous ne sommes pas dans ce contexte-là. Avis défavorable

Hier soir, je n’ai entendu personne ici demander que la Corse sorte de la République.

Ni le député Castellani ni personne d’autre.

Je tiens à le dire.

Vous avez raison d’anticiper ou même de regarder derrière, mais, chacun en est témoin, personne hier soir, dans l’ensemble des groupes politiques, et encore moins au banc, n’a revendiqué que la Corse sorte de la République. Personne.En revanche, nous pouvons collectivement constater, quelles que soient nos sensibilités, qu’hier soir une assez large majorité s’est dégagée à l’Assemblée pour considérer qu’un statut d’autonomie de la Corse, dans la République, était possible et, sans doute, souhaitable.

Je renvoie au vote qui a eu lieu hier sur les deux amendements de suppression de l’article unique – le vôtre et celui de M. Maurel. C’est ce que je veux retenir à ce stade.Lors de nos discussions d’hier soir, qui se prolongeront durant cette fin d’après-midi et ce soir, chacun s’est accordé sur le principe de l’autonomie à condition de faire attention au type d’autonomie retenu et d’être attentif aux mots employés pour la qualifier. Au regard de ces échanges et à ce stade du débat, notre devoir n’est pas plus aujourd’hui qu’hier de supprimer l’alinéa 2 de l’article unique, ainsi que vous le proposez, mais de travailler ce texte.Ainsi, j’espère que nos débats permettront d’éclairer cet alinéa plutôt que de l’effacer purement et simplement, ce qui, au même titre que la suppression de l’article unique que vous avez proposée hier soir, constituerait un déni du processus de Beauvau. Avis défavorable.

L’opposition baisse : il y a cinq ans, les chiffres auraient été différents.

Oui !

Un peu timide en effet !

Merci, c’est tout à fait ça !

Je vais commencer par l’amendement présenté à l’instant par le président Peu. Deux points me semblent difficilement acceptables et justifient mon avis défavorable. Le premier, c’est l’inscription dans la Constitution que la Corse serait « cofondatrice de la nation française ». Non pas que ce soit faux mais je suppose, si je ne m’opposais pas à son inscription, que Mme la ministre me rappellerait l’édit d’août 1532 qui a rattaché le duché de la Bretagne à la couronne de France.

En tout cas, si ce n’est elle, ce serait Erwan Balanant.

Beaucoup de régions, la Bourgogne par exemple, pourraient aussi, au détour d’un débat ou dans des documents à visée historique, être cataloguées « cofondatrices de la nation française ». Or c’est un texte constitutionnel que nous rédigeons et cette mention adressée à la seule Corse serait dès lors exclusive de toutes les autres possibles. Il me semble que ce serait éminemment maladroit.Mais le plus grave n’est pas là. Vous proposez de substituer au mot « autonomie », les termes « autonomie de gestion ». Je ne sais si c’est habile mais l’autonomie de gestion n’est en tout cas pas l’autonomie. Je note d’ailleurs que vous ne définissez pas ces mots et que vous ne renvoyez à personne le soin de le faire, pas plus au législateur organique qu’au législateur constituant. Au terme de votre rédaction, nous ferions de la Corse non seulement une région cofondatrice de la nation française – pour les raisons que je vous ai indiquées, ce point me semble pour le moins délicat –, mais qui bénéficierait de surcroît d’une autonomie de gestion sans à aucun moment expliquer en quoi celle-ci consiste. Je crois comprendre pourquoi : vous ne voulez surtout pas de l’autonomie tel qu’elle ressort de la rédaction du projet de loi constitutionnelle.J’en viens à l’amendement de M. Cormier-Bouligeon mais je ferai une remarque préalable, mon cher collègue : il n’y avait pas, à l’issue du scrutin sur votre amendement, trois républicains pour cent quinze adversaires de la République, pas plus qu’il n’y aurait eu hier soir seulement cinq partisans de la République dans notre hémicycle.

N’utilisons pas ce type d’arguments entre nous, ils sont inutiles. (M. Iñaki Echaniz applaudit.) Je préfère à cet égard les propos de Philippe Gosselin il y a quelques instants. Nous cherchons des solutions face à un processus complexe qui nécessite de prendre du recul historique, culturel et géographique mais aussi, de la part de chacun d’entre nous, une profonde et sincère humilité dans ce débat – les discussions sur une partie de ce passé que vous avez rappelé le montrent –, je vous le dis en tant que député de la Gironde – et pas uniquement parce que je suis Girondin. Pour autant, assumons pleinement ce que nous sommes : des constituants souverains.Mais au-delà de cette remarque, je note que vous reprenez la révision constitutionnelle proposée en 2018 et en 2019, mais que, tout comme M. Peu, vous vous gardez bien de définir cette capacité d’adaptation que vous acceptez de donner à la Corse, ou même d’en renvoyer la charge à une loi organique. Vous reconnaissez l’existence d’une capacité d’adaptation, mais sans la définir, sans préciser en quoi elle consiste. Et cela, ce n’est pas possible. Dès lors que vous ne prévoyez pas que cette capacité d’adaptation, que vous appelez pourtant de vos vœux, sera précisée par une loi organique, vous empêchez de l’instaurer. Au contraire, le texte que nous examinons prévoit bel et bien qu’une loi organique précise les conditions d’application des compétences de cette collectivité et, le cas échéant, l’existence de réserves. Sans loi organique, sans modalités d’application, votre amendement est inapplicable.J’en viens maintenant aux amendements de MM. Juvin et Gosselin, qui s’inspirent tous deux de la rédaction proposée par le Conseil d’État, surtout celui de M. Juvin qui conserve la notion d’habitants, M. Gosselin proposant de lui substituer celle de population. Notons d’ailleurs que ce ne serait pas la première fois que la Constitution ferait référence à la population – je vous renvoie à l’article 53 mais aussi à l’article 72-3, en vertu duquel « la République française reconnaît, au sein du peuple français, les populations d’outre-mer ». C’est autre chose qui me gêne. Monsieur Gosselin, vous avez dit, et je suis d’accord avec vous, que les points de vue sur ce texte traversent les groupes politiques, mais il me semble que nous ne pouvons pas sortir de cet hémicycle en ayant renoncé à la notion même de « statut d’autonomie ». Dans vos deux amendements, vous supprimez le lien à la terre – ou du moins à « sa » terre –, vous enlevez le terme « communauté », alors que le débat est très important sur ce sujet, mais en plus, vous faites en sorte qu’on ne parle plus de statut d’autonomie. Certes, le Conseil d’État préfère employer le mot « régime », mais parce qu’il est prévu que le régime juridique soit défini par la loi organique. Nous estimons pour notre part qu’il revient à la Constitution de poser le principe d’un statut d’autonomie et que ce sera à la loi organique d’en préciser le contenu à travers son régime juridique. C’est pourquoi j’émets un avis défavorable au vu du contexte, tout en notant que vous proposez des voies d’évolution qui me paraissent pouvoir devenir des pistes de discussions.

Avis défavorable. Je lui expliquerai après.

Même si ce sont des impasses !

C’est malin.

Monsieur le président Peu, il existe une différence fondamentale : l’écriture constitutionnelle qui vous est proposée contient un très grand nombre de précisions. Elle prévoit ainsi la possibilité d’adapter des lois et règlements et une compétence normative de la collectivité de Corse dans le cadre de ses compétences.Il reviendra à la loi organique d’en définir les modalités et, pour la compétence normative, la durée de l’habilitation. On peut tout à fait imaginer des habilitations à durée limitée plutôt que permanentes. Ces questions devront être débattues lors de l’examen de la loi organique le moment venu. Elles ne se posent pas à nous aujourd’hui. Dans votre proposition, au contraire, rien ne définit ces modalités, alors que le texte qui vous est soumis comporte, lui, des éléments très précis.Il en va de même du contrôle du Conseil constitutionnel et du Conseil d’État. On peut imaginer que le Conseil d’État contrôle les actes pris par la collectivité de Corse dans le domaine réglementaire. Mais on peut aussi envisager un dispositif différent : de même qu’aujourd’hui tous les projets de loi sont obligatoirement soumis pour avis au Conseil d’État, on pourrait prévoir que tous les projets de délibération relevant du domaine de la loi lui soient soumis pour avis avant même leur dépôt devant l’Assemblée de Corse. Là encore, il reviendra à la loi organique de définir les modalités de ces contrôles.Dans votre écriture, en revanche, vous vous bornez à parler d’« autonomie de gestion », sans que rien ne permette d’en définir les modalités.

La courtoisie vaut pour tous. Je ne vois pas l’intérêt de votre remarque, pardonnez-moi de vous le dire ainsi.Monsieur Cormier-Bouligeon, votre amendement présente, au-delà de nos divergences de fond, une difficulté technique. Les projets de loi constitutionnelle de 2018 et 2019 – finalement abandonnés pour des raisons étrangères à l’avenir de la Corse – contenaient respectivement dans leurs articles 16 et 11 la même disposition proposée par votre amendement, mais ils renvoyaient les modalités d’application à une loi organique, ce qui est nécessaire.Lorsque vous écrivez que « ces adaptations peuvent être décidées par la collectivité de Corse dans les matières où s’exercent ses compétences », c’est précis, mais comment cela fonctionne-t-il ? Qui demande quoi à qui ? Saisit-on le Gouvernement lorsqu’il s’agit du domaine réglementaire ? Saisit-on le Parlement ? Rien de tout cela ne figure dans votre rédaction.

C’est précisément parce que ces modalités font défaut que, indépendamment de nos divergences de fond, votre amendement ne peut tout simplement pas fonctionner – pas un instant, je vous l’assure.Je demande une suspension de séance.

Je vous présente mes excuses pour le temps qu’ont pris nos discussions. S’agissant d’un sujet aussi important que la révision de la Constitution pour prévoir l’avenir institutionnel de la Corse dans la République, j’ai souhaité que l’ensemble des groupes puissent dialoguer et étudier des propositions de réécriture de l’alinéa 2. Une proposition est en cours de rédaction ; elle sera présentée à 21 h 30. Pour des raisons procédurales, c’est le gouvernement qui déposera un amendement à cet effet : sans cela, nous aurions dû réunir la commission des lois pour l’examiner. En accord avec les présidents de groupe ou leurs représentants, nous avons estimé préférable que le gouvernement prenne à son compte cette proposition.Nous pourrons donc en débattre à partir de 21 h 30, puis voter en fonction de nos sensibilités.

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).