Aller au contenu
vie-politique.fr

Discours du 7 janvier 2026

François Gernigon · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°104

Si nous débattons aujourd’hui de l’avenir des missions locales, c’est parce qu’elles répondent à un réel besoin. Chaque année, près de 1 million de jeunes de 16 à 25 ans – soit environ 10 % d’une classe d’âge – sont accueillis et accompagnés par ces structures. Sans cet accompagnement, ces jeunes resteraient durablement éloignés de l’emploi et de la formation.Les missions locales existent depuis le début des années 1980. Elles ont été créées pour répondre à une réalité très actuelle : pour une partie de la jeunesse, l’accès à l’emploi ne dépend pas seulement de la conjoncture économique mais aussi de la capacité de lever les freins sociaux, personnels et territoriaux qui l’entravent. C’est précisément leur rôle d’accompagnement global individualisé qui fait l’utilité de ces missions.Leurs résultats sont documentés. Selon les données du ministère du travail, environ un jeune sur deux accède à un emploi ou à une formation dans l’année qui suit son accompagnement par une mission locale. Il convient d’apprécier ce résultat au regard du profil des jeunes concernés, souvent peu ou pas qualifiés et confrontés à des difficultés. Pour les autres, les parcours sont plus longs, sans pour autant être synonymes d’échec. C’est le fait de situations plus complexes, qui requièrent parfois le recours à des dispositifs spécifiques, notamment à des emplois aidés.Les missions locales reposent sur un modèle de financement partenarial, qui constitue sûrement leur force en même temps que leur fragilité. En moyenne, l’État prend en charge environ 50 % à 70 % de leur budget. Elles sont en outre soutenues par les collectivités territoriales et par les fonds européens, notamment le Fonds social européen + (FSE+). Ce partage illustre l’ancrage territorial des missions locales mais les expose aussi à une forte instabilité.Les transformations en cours des politiques de l’emploi rendent le présent débat indispensable. La création du réseau pour l’emploi autour de France Travail, la montée en charge du contrat d’engagement jeune et les contraintes budgétaires accrues posent une question simple : comment préserver ce qui fonctionne tout en améliorant la lisibilité et l’efficacité de l’action publique pour les jeunes ?J’insiste sur un point trop souvent sous-estimé. Nous parlons beaucoup du coût de l’accompagnement mais trop rarement de ce qu’il permet d’éviter. Un jeune qui accède à l’emploi ou à la formation, c’est un jeune qui sort durablement de la précarité, qui perçoit moins de prestations sociales, qui contribue financièrement à la société, par son travail et par les cotisations salariales et patronales qui en découlent, et qui évite des coûts sociaux futurs liés à l’exclusion durable. Les analyses de la Cour des comptes et de France Stratégie convergent sur ce point : une insertion réussie constitue un investissement rentable à moyen et à long terme pour les finances publiques. Il ne faut donc pas seulement se demander combien ça coûte, mais aussi ce que ça rapporte et ce que coûterait l’absence d’accompagnement.Dans ce contexte, plusieurs orientations sont largement débattues. Il s’agit d’abord de sécuriser le financement des missions locales sur une base pluriannuelle, afin de leur donner de la visibilité ; ensuite de clarifier leur place dans le réseau pour l’emploi, en affirmant le rôle spécifique qu’elles jouent dans l’accompagnement global des jeunes les plus éloignés de l’emploi, sans logique de mise en concurrence.J’ai une question : ne faut-il pas faire évoluer l’évaluation des politiques d’insertion ? Il s’agirait de ne pas se limiter aux sorties immédiates mais de prendre pleinement en compte les coûts évités pour la collectivité, s’agissant non seulement des missions locales mais encore de l’ensemble des dispositifs d’insertion tels que les établissements et services d’aide par le travail (Esat), les entreprises d’insertion (EI), les entreprises adaptées (EA) et le dispositif Territoires zéro chômeur de longue durée (TZCLD), dont la viabilité n’est plus à prouver ? Il convient tout simplement de démontrer que l’insertion ne représente pas un coût mais une création de richesse.

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).