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Discours du 25 février 2026

François Jolivet · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°168

Deux motions de censure ont été déposées contre la PPE 3. Elles diffèrent dans leur contenu mais auraient, en réalité, une même conséquence politique : si elles étaient adoptées, elles fragiliseraient la souveraineté énergétique de la France et affaibliraient la planification stratégique de notre pays.Depuis l’agression russe contre l’Ukraine et l’invasion à grande échelle en 2022, l’énergie est redevenue un enjeu central de souveraineté nationale, comme si nous avions été dopés par la paix, convaincus que l’énergie ne manquerait jamais. La flambée des prix du gaz et de l’électricité, la volatilité des marchés et la dépendance aux énergies fossiles importées ont rappelé avec force que l’énergie n’était pas un simple sujet technique : c’est un pilier de stabilité politique, économique, industrielle et géopolitique.Face à ce choc énergétique majeur, l’État a dû mobiliser des moyens exceptionnels pour protéger les ménages, les entreprises et les collectivités contre la flambée des prix. Cet effort public massif a coûté 75 milliards à la France – le premier ministre l’a rappelé –, mais il a permis d’amortir la crise énergétique et d’éviter un choc économique et social encore plus brutal.Cette séquence récente doit éclairer notre débat : un pays qui ne planifie pas son énergie subit les crises ; un pays qui planifie son énergie renforce sa souveraineté. C’est précisément la fonction de la PPE. Elle constitue l’outil central de pilotage de la politique énergétique française, prévu par la loi et fixé par décret, afin de définir les priorités énergétiques de notre pays sur une trajectoire de dix ans.La PPE 3 couvre les périodes 2025-2030 et 2031-2035. Elle actualise la trajectoire énergétique nationale dans un contexte d’incertitude programmatique et géopolitique particulièrement marqué.Il convient de rappeler, avec précision, un fait institutionnel majeur : la PPE relève, par construction juridique, du pouvoir réglementaire ; elle est fixée par décret, conformément au cadre prévu par la loi. Sur ce point, il n’y a donc ni anomalie juridique ni passage en force.En revanche, une exigence légale distincte doit être clairement posée. La loi relative à l’énergie et au climat prévoyait l’adoption d’une loi de programmation, destinée à fixer le cadre stratégique global dans lequel devait s’inscrire la PPE. Or, à ce jour, aucune loi de programmation « énergie-climat » n’a été adoptée, alors même que la précédente devait être révisée au plus tard en 2025.Nous le disons avec clarté, nous regrettons l’absence d’une telle loi : elle aurait pu apporter une assise juridique plus solide, une légitimité politique renforcée et un débat pleinement à la hauteur de l’enjeu de souveraineté énergétique. Il y a là une fragilité de méthode. Nous devons l’assumer, mais aussi le signaler.Cependant, la France ne pouvait pas rester sans cap énergétique dans un contexte international instable – il était de notre responsabilité de lui en donner un. L’absence d’une nouvelle PPE aurait concrètement signifié un vide stratégique, une incertitude accrue pour les filières industrielles, un manque de visibilité pour les investisseurs, les énergéticiens et les territoires. Entre une programmation perfectible et un vide énergétique, le gouvernement a fait le choix de la souveraineté énergétique et de la stabilité pour la France.Sur le fond, la PPE 3 repose sur une orientation structurante : accroître la production d’énergie décarbonée et réduire la dépendance aux énergies fossiles importées, dans une logique explicite de souveraineté énergétique et de sécurité des approvisionnements. Elle prévoit notamment la relance du nucléaire, l’accélération du développement de l’éolien en mer, la poursuite maîtrisée du solaire et de l’éolien terrestre, la relance des investissements hydroélectriques et le développement des filières bas-carbone non électriques. Elle s’accompagne également d’un plan d’électrification des usages dans l’industrie, le bâtiment, la mobilité et le numérique, afin de réduire structurellement la dépendance aux énergies fossiles importées et de renforcer notre souveraineté.La trajectoire retenue s’inscrit dans une logique de mix énergétique équilibré, associant nucléaire, renouvelables et filières bas-carbone, sans que les sources d’énergie soient opposées les unes aux autres par idéologie. La priorité est claire : garantir une énergie décarbonée, accessible et compétitive pour les ménages comme pour les entreprises.La PPE 3 a par ailleurs été élaborée en tenant compte des données techniques du système électrique et des projections à moyen et à long terme, qui mettent en évidence une évolution des besoins énergétiques et une transformation progressive du mix de production. Ce n’est donc pas une idée fausse qui aurait germé dans la tête du gouvernement ; beaucoup y ont travaillé. Cette approche traduit une volonté de pilotage réaliste, fondée sur les contraintes physiques du système énergétique et non sur des postures théoriques et idéologiques.Toutefois, il convient d’être lucide sur un point de méthode. La PPE 3 intègre une clause de revoyure en 2027, destinée à permettre l’adaptation de sa trajectoire et de ses objectifs aux besoins énergétiques réellement constatés du pays. Sur le principe, l’adaptabilité peut se comprendre dans un contexte énergétique incertain, mais politiquement et stratégiquement, cette clause traduit les incertitudes ayant entouré l’élaboration de la programmation et la fragilité de son calendrier.Une programmation énergétique censée structurer dix années ne peut pas être révisée l’année qui suit son adoption. Il y va de la lisibilité de la PPE pour les filières industrielles, les investisseurs et l’ensemble des acteurs énergétiques engagés. Il faudra lever cette incertitude. Nous le disons avec responsabilité : la clause de revoyure ne doit pas devenir un facteur d’instabilité.J’en viens aux deux motions de censure. Elles formulent des critiques différentes, mais convergent dans leurs effets. L’une conteste la légitimité de l’outil réglementaire et des reculs du nucléaire, l’autre conteste les choix de la trajectoire retenue, avec un recours insuffisant aux énergies alternatives. Leur adoption aurait toutefois les mêmes conséquences concrètes : retarder la planification énergétique, fragiliser les investissements industriels, créer de l’incertitude réglementaire, affaiblir la crédibilité énergétique de la France.Or l’énergie est un secteur de temps long, structuré par des décisions industrielles, technologiques et financières qui engagent la nation pour plusieurs décennies. L’instabilité politique a un coût direct en matière de souveraineté, de compétitivité et d’attractivité économique. Il ne faudrait donc pas que ces motions de censure soient adoptées.Censurer aujourd’hui le gouvernement en raison de la PPE qu’il a prise par décret enverrait un signal d’imprévisibilité aux industriels de l’énergie, aux investisseurs, aux collectivités territoriales, à l’ensemble des filières stratégiques engagées dans la transition énergétique et aux Français. Un tel signal entrerait en contradiction avec l’exigence de réindustrialisation, défendue par le ministre de l’économie. En effet, sans énergie à prix maîtrisé, il n’est pas facile d’installer des industriels.Dans un contexte international marqué par des tensions géopolitiques, la volatilité des marchés énergétiques et la compétition industrielle mondiale, la souveraineté énergétique n’est pas une option ; c’est une nécessité stratégique et une ardente obligation. Le groupe Horizons & indépendants considère que ces deux motions de censure, malgré leurs divergences politiques, conduiraient concrètement à fragiliser notre pays. Pour cette raison, nous ne les voterons pas.Nous sommes convaincus que le développement des usages électriques est la solution pour mettre fin aux énergies fossiles. N’oublions pas, par ailleurs, que lorsque nous allons à la pompe, il y a huit chances sur dix pour que nous fassions le plein avec un pétrole vendu par des pays qui attaquent dans notre pays les valeurs que nous défendons dans le monde.Nous souhaitons au contraire que restaurer et accroître la puissance de la France soient des objectifs. Nous soutenons le gouvernement et nous ne voterons pas ces motions de censure.

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).