Discours du 25 juin 2026
François Piquemal · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°284
Nous sommes le 25 juin 2026. (« Merci ! » sur les bancs du groupe RN, dont quelques députés font mine d’applaudir.) Trente ans après les premières alertes, tout le pays ressent le dérèglement climatique, avec une canicule sans pareille.
Mes premiers mots seront pour les agents des services publics (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS), qui dans des conditions délétères…
…assurent l’essentiel à leurs concitoyens. Pendant ce temps, quelle est la priorité de l’UDR ? Un texte d’urgence climatique ? La mise à l’abri de celles, de ceux qui sont à la rue – deux personnes sont mortes hier à Argenteuil ? Non, la chasse aux mariages blancs ! Il est vrai qu’en la matière, l’alliance de M. Ciotti avec le Rassemblement national lui donne une certaine expérience. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.)Après que vous avez joué les forcenés dans les locaux des Républicains, votre propre mariage honteux vous amène à pourchasser ce fantasme. Est-ce une préoccupation des Français ? Savez-vous que tous les jours, les gens me disent : Notre priorité, c’est les mariages blancs, il y a trop de mariages blancs dans ce pays ?Le smic, on s’en fout. Les revenus, le pouvoir d’achat, le prix de l’énergie : tout cela, ce n’est pas grave. En revanche, le mariage blanc, voilà notre priorité !Et les chiffres nous montrent bien à quel point la situation est grave : sur 241 710 mariages en 2022, on comptait 406 mariages blancs. Cela représente 0,16 % du total ! (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)
Ah, si seulement vous mettiez autant d’énergie à courir après les 0,1 % d’ultra-riches qui nous ont menés au dérèglement climatique et à la catastrophe que nous vivons aujourd’hui ! (Exclamations sur les bancs des groupes RN et UDR.)Vous êtes des irresponsables climatiques, vous qui avez voté la division par quatre du fonds Vert alors que nos enfants étouffent dans des salles de classe non climatisées. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)
L’ironie de l’histoire est que cette proposition de loi pourrait se retourner contre certains membres de la famille idéologique qui la propose. Son article 1er A prévoit que le maire se voit fournir par les futurs époux « tout élément lui permettant d’apprécier leur situation au regard du séjour ». Cela reste très vague. Quel élément, plus qu’un autre, pourrait être jugé pertinent pour établir la bonne foi de la personne et la communauté de vie ?Prenons l’exemple, connu de tous, de deux jeunes gens qui semblent s’aimer sincèrement : Jordan Bardella et Maria Carolina de Bourbon. (Exclamations sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Cette dernière étant italienne, elle est étrangère. Imaginons qu’ils décident de se marier en France, à Nice par exemple, avec M. Ciotti comme maire. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)Si Éric Ciotti, plus proche de Mme Le Pen que de M. Bardella, se moquait de ce mariage en le qualifiant de coup de com’, il pourrait trouver des prétextes pour mettre en doute la présence de Mme de Bourbon…
…sur le sol national. Sur quoi le couple s’appuierait-il pour justifier la communauté de vie ? Sur sa participation au tournoi de tennis de Monte-Carlo ? Sur sa venue au Grand Palais pour une soirée du Figaro ? (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.) Sur sa présence au Grand Prix de Monaco ? (Exclamations sur les bancs du groupe RN.)Un maire mal intentionné pourrait décider que ces éléments sont insuffisants et dénoncer un mariage blanc, et même votre jet-setteur pourrait donc être sanctionné par votre xénophobie. (M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit.)Vous le savez, nous n’avons rien en commun avec les idées xénophobes de M. Bardella, nous n’avons aucun goût pour la jet-set, mais nous lui souhaitons de pouvoir épouser qui il souhaite, sans que sa future épouse soit stigmatisée ou son union mise en doute par les xénophobes de sa propre coalition. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS. – M. Paul Christophle et Mme Elsa Faucillon applaudissent également. – Protestations sur les bancs des groupes RN et UDR.)
J’ai menti tout à l’heure et je m’en excuse.
J’ai dit que personne ne me parlait de mariages blancs dans ma ville de Toulouse. C’est faux ! Un mariage blanc est resté dans les mémoires, celui de Jeanne et de Guillaume. Je vais vous raconter leur histoire, ce qui me permettra d’éclairer un peu votre philosophie.Nous sommes en 1768. Depuis quelque temps, le roi Louis XV est éperdument amoureux de Jeanne Bécu, qu’il a rencontrée par l’entremise d’un proche de la jeune femme, Jean-Baptiste du Barry, et qui est devenue sa maîtresse. (Exclamations sur les bancs des groupes RN et UDR.) Le roi est amoureux, mais il a deux problèmes. Tout d’abord, il est marié ; or, à cette époque, que certains regrettent sur les bancs de l’extrême droite, il est très compliqué de divorcer. Ensuite, Jeanne est une roturière, une fille du peuple : pour qu’elle puisse rester à la cour, il lui faut un titre de noblesse. Le roi a une idée pour protéger son idylle : Jean-Baptiste pourrait l’épouser pour qu’elle obtienne un titre de noblesse. Mais Jean-Baptiste est déjà marié ! Il demande donc à son frère, Guillaume, d’épouser Jeanne. À vrai dire, Guillaume n’a pas trop le choix puisqu’il s’agit d’un ordre du roi. C’est ainsi que le 1er septembre 1768, Jeanne et Guillaume se marient. Leur union est un véritable mariage blanc ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – MM. Benjamin Lucas-Lundy et Paul Christophle applaudissent également.)Quel lien entre cette histoire et Toulouse, me demanderez-vous ? Eh bien, en échange de ce service rendu, le roi a donné un joli pactole à Guillaume, qui a fait construire un château dans l’actuel parc de Reynerie, au Mirail, où chacun se remémore ce célèbre mariage blanc.La morale de cette histoire est que le mariage blanc existait sous la monarchie, dont vous avez la nostalgie. C’est grâce à la République et à la Révolution française, qui a introduit le droit au divorce – d’ailleurs retiré en 1816 par la monarchie, puis réintroduit en 1884 –, qu’il est désormais possible de choisir avec qui on se marie et de divorcer si on le souhaite ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur plusieurs bancs des groupes EcoS et GDR. – M. Paul Christophle applaudit également.)
Monsieur le président, mon collègue n’a pas fait une remarque sur le physique d’une personnalité politique, mais sur l’idée qu’elle inspire. En aucun cas il ne l’a critiquée du point de vue du physique. Ce que vous dites est inexact. (M. Lucas-Lundy applaudit.) Par ailleurs,…
J’y arrive. Je trouve que les députés des bancs de l’extrême droite sont particulièrement bruyants, ce qui a un effet négatif sur les arguments échangés.
Qui a dit, monsieur le président, monsieur le ministre, qu’« à partir de l’âge nubile, l’homme et la femme […] ont le droit de se marier et de fonder une famille selon les lois nationales régissant l’exercice de ce droit » ? C’est la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH), que votre proposition de loi s’apprête aujourd’hui à bafouer. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.) C’est un signal calamiteux – pas seulement pour celles et ceux de nos concitoyennes et concitoyens qui comptent se marier avec une personne étrangère, mais aussi à l’international –, celui d’une France rabougrie, qui se rétrécit, qui a peur de l’autre et qui nie sa réelle identité, celle d’une France multiculturelle, ne vous en déplaise.N’y allons pas par quatre chemins, ce qui sous-tend cette proposition de loi, c’est une idée xénophobe de la France, une idée rétrécie, une idée petite, une idée peureuse. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Vous êtes des peureux, mais c’est que vous n’êtes pas à la hauteur de l’idéal républicain : liberté, égalité, fraternité, sororité. Changez de pays ; ici, c’est la France, un pays multiculturel et fier de l’être ! (Exclamations sur les bancs du groupe RN. – Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS.)
Je suis inquiet : nos collègues de l’Union des droites pour la République et leurs alliés du Rassemblement national ont déserté leurs bancs lors de leur propre niche parlementaire.
Sont-ils allés à la cérémonie surprise du mariage entre Jordan de Monaco et Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles ? (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.) Nous aurions bien aimé avoir des cartons d’invitation. Nous les aurions alertés sur le danger que leur proposition de loi fait peser sur cette union, puisqu’un maire comme M. de Lépinau, à Carpentras, ou M. Ciotti, à Nice, pourra la dénoncer s’il juge que certains faits jettent le doute sur sa sincérité.Je ne sais pas s’ils sont tous partis en jet à Monaco pour célébrer cette union, mais je m’étonne de cette désertion tout à fait regrettable. Nous continuerons le débat, même s’il n’y a pas beaucoup de répondant. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Nous voulons protéger le droit, en France, de se marier avec la personne de son choix. Nos concitoyens et nos concitoyennes doivent pouvoir se marier avec quelqu’un qui n’a pas la nationalité française, parce que l’amour n’a pas frontières, contrairement à l’esprit borné de M. Ciotti et du groupe UDR. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
Je me suis renseigné et je tiens à rassurer tout le monde : il se trouve qu’un événement d’ampleur se tient en ce moment même au Yacht Club de Monaco. C’est sans doute l’occasion qu’a choisie Jordan Bardella pour célébrer son union avec Maria Carolina de Bourbon. Et nos collègues ont visiblement été invités à cet événement.
Je voudrais vous parler d’un habitant de ma circonscription. Il s’appelle Fabian et il est d’origine argentine. Né en 1959, il fuit la dictature en 1978. Musicien, il passe par Barcelone et Marseille, avant d’atterrir dans la plus belle ville de France, Toulouse, en 1998. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Oui, vous pouvez applaudir ! Il y rencontre l’amour, en la personne de Patricia, une Française. Ils auront deux enfants, Florian, qui nait le 22 janvier 1993, et Olivio, le 19 avril 1996. Ils se marient et, grâce à ce mariage, Fabian peut rester en France, faire sa vie, construire une famille.Fabian est le père de deux personnalités connues : Bigflo et Oli. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP, SOC et EcoS.) Bigflo et Oli sont les enfants d’un mariage binational, comme des dizaines et des dizaines de milliers de jeunes Françaises et Français. Or, avec la proposition de loi des tristes sires de l’UDR et du Rassemblement national, ces enfants n’auraient pas vu leurs parents se marier. Peut-être même n’auraient-ils pas vu le jour.Voilà le triste sort vers lequel veut nous diriger M. Ciotti, qui est en train d’arranger on ne sait quel mariage blanc dans les travées de cette assemblée.
La France s’interroge. Celles et ceux qui nous regardent, ainsi que celles et ceux qui sont dans les tribunes se demandent où sont passés les députés des groupes Rassemblement national et UDR.
Et Les Républicains, en effet.Nous connaissions leur passion pour les Pépito, nous découvrons à présent celle qu’ils vouent au Yacht Club de Monaco ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) Les voici qui désertent, ce qui nous rappelle le titre du livre d’un éminent historien antifasciste, Marc Bloch, qui a fait son entrée au Panthéon cette semaine, où deux de ses voisines nous disent beaucoup des intentions du Rassemblement national et de l’UDR. En effet, si cette proposition de loi visant à faire la chasse aux personnes étrangères qui voudraient se marier avec l’un de nos concitoyens avait été adoptée dans le passé, Marie Curie et Joséphine Baker n’auraient jamais été françaises (Mêmes mouvements. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également), car elles ont précisément obtenu la nationalité française par l’amour et le mariage.C’est bien pour celles et ceux qui composent notre France, Marie Curie, Joséphine Baker, mais aussi les héroïnes et héros du quotidien qui font tourner notre pays, que nous nous dressons contre cette proposition de loi xénophobe et infâme. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
J’aimerais profiter de ce moment pour célébrer tous les couples que je vais avoir l’honneur de marier à Toulouse, en qualité de conseiller municipal. (Applaudissements prolongés sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Félicitations à Lucie et Mathieu, Sandra et Rémi, Élisa et Félix, Antoine et Lola, Franziska et Damiane, Théo et Cécile,…
…Hamza et Constance, Ananda et Agnès, Julie et Samuel, Florent et Mélanie, Charles et Lucie, Alexandre et Era, Thomas et Adiatou,…
…Sylva et Pauline, Kacem et Charline, Tom et Rossio, Joachim et Léa, Jamel et Kenza, Ayoub et Asma, Pierre et Azalaïs, Bilel et Laïs, Guillaume et Aïcha, Jeanne et Ryan, Étienne et Joséphine, Claire et Julie, Julie et Maël, Aliénor et Maxime, Thomas et Roxane, Mathieu et Irène, Carla et Romain, Pauline et Julien, Thomas et Morgane, Antoine et Célia. Vivent les mariés, vive la nouvelle France ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Pour information, cette proposition de loi vise à permettre à l’officier d’état civil – au maire, au conseiller ou à la conseillère municipale – chargé d’enregistrer le mariage de faire part de ses suspicions de mariage blanc, sans avoir à indiquer quels sont les faits qui motivent son jugement.Rendez-vous compte de ce à quoi nous sommes en train d’échapper : imaginez qu’un ou une maire puisse s’ériger ainsi en juge ou en conseiller conjugal, qui saurait mieux que les autres si la communauté de vie est effective ! Et c’est M. Ciotti qui propose ce texte ? Lui, qui, en matière communauté de vie, a beaucoup à se reprocher : il a trahi Les Républicains, il leur a volé la maison. Souvenez-vous, c’était à quelques pas de l’Assemblée nationale : tel un forcené, il s’était retranché à l’étage, refusant de donner les clés. Voilà ce à quoi nous avons échappé !
Je vous vois sourire, collègues, mais vous imaginez M. Ciotti donner des conseils de vie commune alors qu’il s’est livré à un obscur mariage blanc avec le Rassemblement national ? On a échappé à ça !Monsieur le président Chenu, monsieur le ministre Darmanin, monsieur le rapporteur Michoux, je vous dédie les quelques vers qui suivent.« Comme un fou va jeter à la merDes bouteilles vides et puis espèreQu’on pourra lire à traversSOS écrit avec de l’airPour te dire que je me sens seulJe dessine à l’encre vide un désert »Ces quelques lignes évoquent votre situation, vouée à se prolonger pendant plusieurs heures. Nous avons de l’empathie pour vous,…
…à défaut d’approuver cette proposition de loi.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).