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Discours du 4 février 2026

François Ruffin · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°140

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Encore un partisan de la mondialisation heureuse !

Caramba ! Encore raté. Pour fêter la nouvelle année, à peine kidnappé le président vénézuélien, Donald Trump a tourné son appétit vers l’Arctique : « Nous allons acquérir le Groenland ! » Pour nous, pour le Danemark, le protecteur se muait soudain en prédateur. Cette fois, c’en était trop, le vase débordait. Promis, juré, on ne se laisserait pas faire. Les dirigeants européens sonnaient le tocsin, on allait voir ce qu’on allait voir ! C’était l’heure, dixit Emmanuel Macron, d’un « réveil stratégique pour toute l’Europe ».D’ailleurs, symboliquement, quarante de nos soldats étaient envoyés chez les Inuits. Comme riposte à cette expédition de vingt-quatre heures, Donald Trump menaçait notre pays d’augmenter les droits de douane de 20 %. Pour une Union européenne libre-échangiste, cette réaction est plus grave qu’une invasion. « Nous ne nous laisserons pas intimider », promettait le premier ministre suédois ; son homologue danoise assurait que l’Europe ne céderait pas au chantage ; et le chef de l’État français brandissait l’arme fatale de l’anticoercition.Mais finalement, non, aucune rébellion. Dès le lendemain, la Commission prônait le dialogue plutôt que l’escalade et l’affaire se solda de fait par un accord qui ravit l’ogre américain. « Nous obtenons tout », dit Donald Trump, « tout ce que nous voulons sans aucun coût ».L’Europe a cédé au chantage. Le réveil stratégique, ce n’est pas encore pour cette fois. C’est un remake – À Genoux, le retour. Qu’on se souvienne, c’était l’an dernier. Instaurer des taxes aux frontières, Donald Trump l’avait promis à ses électeurs durant sa campagne, dans tous ses meetings, sur toutes les estrades ; mais qu’il décide de le mettre en œuvre, de relever les taxes de 25 %, nous étions sous le choc. Qui aurait pu le prédire ?Le premier réflexe d’Ursula von der Leyen fut un réflexe pavlovien : elle lui proposa un nouveau traité commercial. Le président américain déchire le libre-échange mais elle lui propose de le renforcer : c’était d’un pathétique qui confinait au comique. Dans un deuxième temps, la Commission européenne dressa une liste de milliers de produits, longue d’une centaine de pages, sur lesquels nous allions riposter. Pas les voitures Tesla, non, mais les bidets, les bûches de Noël, les hosties, les chewing-gums, les dentifrices, les combinaisons de ski, les serpillières, les pantoufles, les tondeuses à gazon et, notre préféré, la viande de renne. Finalement, comme on le pressentait, nous n’avons pas bougé le petit doigt – même pas une taxe sur les bidets !À la surprise générale, nous nous sommes soumis. Durant l’été, Ursula von der Leyen a accouru sur le terrain de golf écossais de Donald Trump et elle a tout signé. L’accord est déséquilibré par son contenu – des produits taxés à 15 % d’un côté, sans aucune taxe de l’autre –, mais il l’est aussi et surtout par quatre engagements implicites, tacites : acheter aux États-Unis le gros de notre matériel militaire ; importer massivement notre énergie des États-Unis – gaz de schiste et pétrole des sables bitumineux ; inciter nos entreprises à investir 600 milliards de dollars aux États-Unis plutôt que dans notre économie et notre industrie ; et, surtout, ne pas toucher aux services numériques américains, alors que ce point devrait être la clé de notre riposte : les Gafam concentrent en effet tous les enjeux fiscaux, politiques, sanitaires et même militaires.Qu’importe ! Ursula von der Leyen se faisait piétiner, mais dans la joie. Elle remerciait « personnellement le président Trump pour son engagement personnel et son rôle de chef de file dans la réalisation de cette avancée ». Comment expliquer pareille soumission ? Comment expliquer que les roulements de tambour et les grandes déclarations sur l’Europe puissance et l’indépendance aient finalement abouti à un concours de qui se courbera le plus bas ? L’écho du jour, qui provient du Parlement européen, de suspendre la suspension de cet accord n’est qu’une pierre de plus sur le long chemin du choix de la servilité plutôt que de la souveraineté.Aussi nous soutenons-vous pleinement, monsieur le rapporteur. C’est définitivement que l’Europe doit enterrer cet accord. Votre proposition de résolution est un encouragement, une injonction à notre gouvernement de dire non : non à la vassalisation, non à l’humiliation. Les États-Unis vont, cette année, fêter le 250e anniversaire de leur déclaration d’indépendance. Le moment est venu que nous proclamions la nôtre – et le monde de Trump nous offre une grande chance. Oui, une grande chance, car être maltraité et brutalisé par notre ami américain, c’est une chance pour nous d’abandonner cette relation toxique et, plutôt qu’une Union européenne qui aime ses chaînes, de préférer retrouver notre liberté, une formidable et terrible liberté ! (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR et Dem. – Mme Dieynaba Diop applaudit également.)

Il faut évidemment stopper Mme von der Leyen, car non contente d’avoir signé cet accord sur la pelouse d’un golf écossais avec M. Trump, non contente de passer en force avec le Mercosur, elle continue à vouloir faire de l’Europe la championne du monde du libre-échange – elle vient d’ailleurs de signer un accord avec l’Inde qui, au fond, s’inscrit dans la même logique que celle que nous suivons depuis des décennies avec la Chine. Et elle ne s’en tiendra pas là ! Elle se tourne déjà vers l’Australie, après avoir conclu un accord avec l’Indonésie, bref c’est en non-stop ! Il faut donc dire stop. Nous voulons en effet des protections, des taxes aux frontières, des barrières douanières, des quotas d’importation. Nous les voulons parce que nous en voyons l’utilité. Quand l’usine Eurolysine d’Amiens, qui est le dernier fabricant de lysine en Europe, doit faire face à des importations chinoises deux fois moins chères, comment sauve-t-on l’usine ? En relevant les droits de douane de 80 %.En revanche, que se passe-t-il lorsqu’on consacre des dizaines de millions d’euros pour fabriquer des masques sans prévoir de barrière commerciale ? Pas moins de 99,9 % des masques sont importés de Chine, et l’on doit raser les usines tout juste construites. Les accords de libre-échange signés depuis quarante ans n’ont pas seulement détruit notre industrie, ils ont profondément miné notre démocratie. Nous n’en serions pas là, sur le plan politique, si nous ne nous étions pas précipités dans ce gouffre.

Tant au niveau européen que dans cette assemblée – notamment quand j’entends M. Kasbarian –, j’observe des libres-échangistes sans libre-échange, désireux de prolonger une logique désormais morte. Oui, le libre-échange est mort au niveau mondial !

Il est mort, parce que les atlantistes sont privés de l’Atlantique, parce que les États-Unis n’en veulent plus ! (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).