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Discours du 11 juin 2026

François Ruffin · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°267

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Utiles à ceux qui font des milliards !

Nous voterons bien sûr pour la nationalisation.Monsieur le ministre, vous parlez de batailles menées au niveau européen, mais Arcelor délocalise en Inde ses fonctions support, c’est-à-dire les ressources humaines, le marketing, la gestion de l’approvisionnement, la comptabilité et l’informatique. Cette semaine, je me trouvais devant Randstad Digital, une société d’informaticiens rachetée par les Indiens, qui a divisé ses effectifs par deux alors qu’ils interviennent chez Thales, Airbus, Safran. En vérité, de nombreuses entreprises de services numériques sont concernées par les délocalisations et les rachats par des sociétés indiennes.Nous avons vu, pendant la crise du covid, combien nous étions dépendants à l’égard de la chimie indienne, puisque 80 % des principes actifs de nos médicaments proviennent d’Inde. Le président de la République avait alors déclaré que déléguer à d’autres notre santé et notre protection était une folie.Pourtant, en janvier, la Commission européenne a signé avec l’Inde un accord de libre-échange, qui prévoit de supprimer 90 % des droits de douane et même de les supprimer entièrement pour la chimie, les médicaments et le textile, et cela alors même que le gouvernement de M. Modi a annoncé qu’il ne respecterait pas les règles du Bureau international du travail (BIT). Cet accord de libre-échange a été conclu avec la première force de travail au monde : 1,5 milliard d’habitants ! Cela veut dire que le capital européen, allié à la Commission européenne, a décidé de prolonger dans l’hinterland indien la logique qui a prévalu pendant des décennies dans les relations avec la Chine : exportation d’aéronautique et de voitures, au prix de la recherche d’un moindre coût du travail et de plus faibles normes environnementales.Vous parlez de batailles à mener à l’échelon européen, mais qu’en est-il de cet accord, qui est majeur et qui déstabilise tout ? Dans la vallée de la chimie, dans le Rhône, où j’étais hier, ce sont des milliers d’employés qui sont plongés dans l’inquiétude et l’incertitude. La France s’est-elle opposée à cette destruction de notre politique commerciale ? Non, elle l’a laissé faire, en toute complicité. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et GDR.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).