Discours du 15 janvier 2025
Frank Giletti · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°68
À l’heure où l’on parle de l’Europe de la défense, on nous présente Edip comme une avancée décisive. Soyons lucides : ce programme ressemble davantage à une usine à gaz bureaucratique qu’à une réelle stratégie visant à renforcer la souveraineté des nations européennes – et vous le savez. Les acteurs de la BITD, au cœur des capacités stratégiques, expriment eux-mêmes des inquiétudes légitimes. Ils refusent à juste titre l’instauration d’un marché unique de la défense qui, au nom d’une ouverture systématique, mettrait en péril nos fleurons industriels en les confrontant à la concurrence déloyale d’industries subventionnées par d’autres États européens ou par des acteurs extraeuropéens comme les États-Unis. L’élection de Donald Trump l’a pourtant déjà mis en évidence : l’Europe ne peut plus se reposer sur le parapluie américain. Ce constat aurait dû nous inciter, dès son premier mandat, à bâtir une défense fondée sur nos propres intérêts en consolidant nos capacités industrielles et en renforçant la souveraineté française. Or nous persistons à lancer des projets européens mal conçus qui confondent souveraineté et logique mercantile et risquent de diluer notre puissance. Dois-je vraiment revenir sur le cas des coopérations industrielles franco-allemandes, comme le Scaf ou le char du futur, qui peinent à avancer en raison de divergences stratégiques profondes ? Nos partenaires, notamment l’Allemagne, poursuivent avant tout leurs propres intérêts industriels et commerciaux, quitte à ralentir ou à affaiblir ces programmes. Comment leur en vouloir ? La Pologne, par exemple, qui a promis de consacrer 5 % de son PIB à la défense, montre déjà qu’elle utilise les fonds européens pour acheter des équipements européens. Dès lors, pourquoi reproduire ces mêmes erreurs avec l’Edip et risquer un nouveau fiasco ? En cherchant à imposer des règles bureaucratiques et une ouverture systématique à des acteurs extérieurs, l’Europe sacrifie ses ambitions stratégiques sur l’autel du marché libre, au risque de diluer son rôle de puissance géopolitique. Je vous pose donc la question : comment justifiez-vous la prise en considération de critères fondés uniquement sur la valeur monétaire des produits au détriment de leur qualité et de leur origine alors que certains produits européens – français par exemple – sont certes plus coûteux mais disposent de capacités supérieures ? Enfin, comment garantir que les fonds du programme soutiendront bien des produits de défense conçus au sein de l’Union européenne sans tomber dans le piège des licences étrangères ? Il s’agit de préserver notre capacité d’adaptation rapide aux besoins nationaux.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).