Discours du 6 mai 2026
Frank Giletti · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°223
Il s’agit d’aller plus loin que ce que M. le président de la commission de la défense nationale et des forces armées a proposé et obtenu : la délivrance de la carte du combattant aux marins ayant navigué à bord des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE). L’amendement vise à ce que cette carte soit délivrée rétroactivement à l’ensemble des personnels concernés depuis que Le Redoutable a effectué sa première patrouille en 1972 et que la permanence des patrouilles a été instaurée en 1974.
Par cet amendement, nous voulons accorder une forme de reconnaissance aux blessés de guerre, qui ont interpellé nombre d’entre nous. Ils nous expliquent qu’ils sont mal considérés par la nation, par les services de l’État. Ils cherchent à être mieux reconnus, tant au sein de l’institution qu’en dehors. Ils souhaitent la création d’un guichet unique auprès duquel ils pourraient accomplir leurs démarches, souvent aidés par leur famille.
Plus qu’un amendement, c’est une tentative de valoriser ces soldats qui ont gardé des traces de leur service, dans leur peau mais aussi dans leur tête. Je tiens aussi à dénoncer le manque de médecins psychiatres militaires : ils sont à peine une trentaine ou une cinquantaine pour toutes nos armées, ce qui est considérablement peu. Nous parlons de soldats qui ont été touchés dans l’exercice de leurs fonctions ; il convient de les accompagner lors de leur réinsertion sociale et de leur accorder une marque de reconnaissance bien méritée. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.)
Un des grands combats des blessés, comme vous le savez, consiste à demander l’inversion de la charge de la preuve. Il leur revient de faire reconnaître que leur blessure, qu’elle soit morale, psychologique ou physique, est bien due à leur activité de militaire. C’est insupportable pour eux, qui souffrent déjà, qui ont sacrifié leur corps ou leur intégrité mentale pour notre pays et dont la situation ne leur permet pas toujours de constituer eux-mêmes leur dossier. Je tiens à me faire leur porte-parole pour relayer cette demande. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
Les blessés de guerre apprécieront !
Nous prenons un peu de hauteur, direction l’espace ! La série d’amendements que je défendrai n’a qu’un objectif : éviter les ruptures capacitaires. Selon un vieil adage que tous les militaires connaissent, qui tient les hauts tient les bas. Cela s’applique aussi à l’espace. Nous dépendons de l’espace pour certaines informations – données électromagnétiques, images – et pour une partie des communications. Grâce à nos satellites Syracuse, nous disposons de moyens de communication sécurisés, résilients et robustes. Ils sont nécessaires au développement dans les prochaines années du cloud de combat que nous appelons de nos vœux.La LPM 2019-2025 prévoyait le lancement de trois satellites Syracuse 4. Malheureusement, la LPM 2024-2030 a entériné l’abandon du troisième satellite. En 2023, on m’avait rétorqué qu’Iris2 – infrastructure de résilience et d’interconnexion sécurisée par satellite – prendrait le relais des Syracuse en LEO, c’est-à-dire en orbite de basse altitude. Cela aurait permis de disposer de moyens de communication redondants et plus fiables. Je reviendrai plus tard sur les déboires d’Iris2. Nous avons été visionnaires : la mise en orbite d’un troisième satellite Syracuse 4 pour assurer nos communications était pertinente. C’est le sens de cet amendement. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RN.)
Il fait écho aux précédents amendements sur les satellites Syracuse. Je rappelle qu’Iris2 devait entrer en fonction en 2027 et que vous entendez compenser son absence par Eutelsat, mais cette constellation n’a pas les mêmes capacités, notamment en matière de communication entre satellites, pour créer cette toile si utile aux armées afin de gagner en résilience et en réactivité. Je le redis : nous devons être vigilants si nous voulons éviter une rupture de capacité. En 2023, il y a eu non seulement un manque d’ambition, mais aussi de vision, parce que s’agissant d’Iris2, je répète qu’une fois de plus, ce sont nos amis allemands qui nous laissent tomber, nous plongeant de ce fait dans une faille capacitaire. C’était malheureusement à prévoir, comme l’ont montré bien d’autres projets – je ne vais pas faire toute la litanie, mais rappelons-nous du Scaf – le système de combat aérien du futur –, du CIFS – le système commun de tir indirect –, du Maws – le programme d’avion de patrouille maritime –, du drone EuroMale, etc. Gouverner, c’est prévoir : il faut maintenant s’attacher à ce que le calendrier d’Iris2 soit véritablement respecté. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.)
Juste pour préciser que nous aussi, au Rassemblement national, sommes favorables à cette hybridation entre orbite basse et géostationnaire pour gagner en redondance et en sécurisation. En revanche, nous doutons que OneWeb soit une solution totalement souveraine. Or vous savez que nous sommes attachés à la souveraineté nationale, raison pour laquelle nous poussons au développement du programme Iris2 afin d’éviter une rupture capacitaire. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).