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Discours du 19 mai 2026

Frank Giletti · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°236

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Le général MacArthur a dit : « Les batailles perdues se résument en deux mots : trop tard. » Nous sommes appelés à nous prononcer sur l’actualisation de la loi de programmation militaire. Ce texte, nous ne pouvons pas l’aborder comme un simple exercice budgétaire ou comme la correction technique d’un texte adopté il y a trois ans.Il intervient dans un moment grave. Avant toute chose – et puisque c’est bien d’eux qu’il est question –, j’aimerais avoir une pensée pour les militaires que nous avons perdus ces derniers mois, que ce soit à l’entraînement ou au combat, et pour ceux qui en ressortent avec des blessures indélébiles. Nous, Français, leur devons une pleine reconnaissance.Le conflit entre l’Ukraine et la Russie a fait revenir la guerre de haute intensité aux portes de l’Europe. Le Moyen-Orient menace de s’embraser à tout instant. Les tensions dans l’Indo-Pacifique s’aggravent. La situation dans le détroit d’Ormuz rappelle notre dépendance à des routes stratégiques fragiles, tandis qu’en Afrique, l’influence française recule, pour ne pas dire qu’elle disparaît.Ce constat, le groupe Rassemblement national le formule depuis longtemps. Il ne s’agit pas d’alimenter la peur, mais de faire preuve d’une lucidité qui impose à notre pays de se préparer à l’hypothèse d’un conflit de haute intensité dans les quatre, cinq ou six prochaines années. Dans le domaine militaire, quatre ou cinq ans, ce n’est pas loin. C’est même demain !C’est à peine le temps nécessaire pour commander, produire, recruter, former et constituer des stocks. Lorsque la crise éclate, il est trop tard pour découvrir que les munitions manquent, que les formats sont trop étroits, que les capacités industrielles ne suivent pas ou que les équipements essentiels n’ont pas été prévus. Une guerre ne se prépare pas le jour où elle commence. On la prépare avant ou on la subit.

Autrement dit, il faut gagner la guerre avant la guerre.Face à cette réalité, que nous propose-t-on ? Une actualisation ? Non. Tout au plus une correction, un ajustement : un pansement budgétaire sur les insuffisances d’une LPM initialement mal calibrée. Or on ne répond pas au basculement du monde par un simple rattrapage. En 2023, la guerre en Ukraine avait déjà commencé. Depuis, la situation internationale s’est encore dégradée. Certes, cette actualisation tend à apporter certains ajustements utiles, mais il lui manque toujours l’essentiel : une vision et une ambition.On nous explique que des missions supplémentaires sont prévues – très bien –, mais comment peut-on se satisfaire d’ajouter aujourd’hui ce qui manquait déjà hier ?Aux rapporteurs, qui nous opposent parfois que nous ne sommes ni la direction générale de l’armement (DGA) ni le chef d’état-major des armées (Cema), nous répondons simplement que nous sommes les représentants de la nation. À ce titre, nous écoutons ce que demandent les armées. Mieux, nous ne faisons que réclamer ce qu’Emmanuel Macron et le premier ministre ont eux-mêmes promis.À force de célébrer des annonces qui ne se traduisent pas dans les crédits, on finit par confondre la communication stratégique avec la stratégie elle-même. Où sont les trente Rafale supplémentaires ? Où sont les trois frégates de premier rang manquantes ? Comment justifier leur absence dans cette actualisation, alors même que chacun reconnaît que le format compte ? Oui, le format compte !Un changement de format était déjà réclamé quand le général Burkhard était chef d’état-major des armées ! Le format compte, pour durer dans un conflit, pour tenir plusieurs théâtres d’opérations en même temps. Il compte pour protéger nos outre-mer, notre zone économique exclusive (ZEE), nos ressortissants et nos intérêts stratégiques. Une armée excellente mais trop réduite reste une armée exposée. Une armée courageuse mais sans stock reste une armée vulnérable.L’enjeu n’est pas seulement capacitaire : il est aussi politique, puisqu’il y va de notre souveraineté ! Il est impératif que nous mettions un frein à la dérive fédéraliste qui mine notre défense nationale. Nous ne condamnons pas, par principe, les coopérations entre pays européens lorsqu’elles sont intergouvernementales et répondent à nos intérêts, ainsi qu’à un besoin opérationnel. Mais nous refusons que la Commission européenne s’ingère dans notre défense avec l’argent des Français. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RN et UDR.)Dans le cadre du prochain budget de l’Union européenne 2028-2034, la Commission prévoit de mobiliser 130 milliards d’euros pour la défense. Pour la France, cela représenterait une charge estimée à 24 milliards d’euros, soit environ 4 milliards d’euros par an. Le groupe RN ne dit pas que la France ne doit jamais soutenir ses partenaires. Il dit que l’argent français doit d’abord renforcer la défense française. Ces 4 milliards d’euros doivent servir nos militaires, nos stocks, nos équipements, notre BITD, notre souveraineté. (Mêmes mouvements.) Il faudra faire preuve de patience jusqu’à ce que notre candidat à l’élection présidentielle soit en mesure, en 2027, de proposer une LPM qui réponde aux enjeux stratégiques de notre monde.Malgré ses limites, ses faiblesses et son manque de vision, cette actualisation apporte tout de même à nos armées une partie des moyens dont elles avaient déjà besoin en 2023.Nos lignes rouges ont été respectées et plusieurs amendements de députés RN ont été adoptés. Nous avons obtenu la priorité nationale – et, à défaut, européenne – dans l’achat de matériel, le retrait de la mention récurrente à l’Allemagne, un rapport parlementaire sur les recettes extrabudgétaires, la délivrance rétroactive de la carte du combattant aux personnels ayant participé de manière continue aux missions de dissuasion nucléaire, la revalorisation de l’allocation de reconnaissance du combattant et, plus encore, le renforcement des crédits pour les infrastructures et les petits équipements de nos militaires. Nous ne priverons pas nos armées de ces avancées : elles n’ont pas à payer le prix des hésitations de l’exécutif.Le groupe RN votera donc pour cette actualisation, sans se faire d’illusions ni donner un blanc-seing au gouvernement, mais avec le sens des responsabilités. Pour nos armées, pour notre souveraineté et pour le succès des armes de la France ! (Applaudissement des groupes RN et UDR.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).