Discours du 10 février 2026
Frantz Gumbs · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°144
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Ce débat intervient à un moment particulièrement opportun : les inscriptions sur Parcoursup sont ouvertes ; d’autre part, avec mon collègue Pierrick Courbon, je suis corapporteur d’une mission flash consacrée à Parcoursup, au nom de la commission des affaires culturelles et de l’éducation.Vous le savez, Parcoursup est désormais le passage obligé de tout le processus d’orientation postbac. Le système d’orientation, structuré autour de cette plateforme, est censé permettre à chacun, quelle que soit sa situation géographique ou sociale, d’accéder à toutes les offres de formation recensées sur le territoire national. Toutefois, l’analyse des retours d’expérience des élèves, des familles et des équipes éducatives met en lumière des limites structurelles qui nous amènent à nous interroger sur la capacité du dispositif à satisfaire réellement les choix de tous les jeunes.Dans les lycées et, a fortiori, dans les collèges, le temps réellement consacré à la sensibilisation et à l’information sur l’orientation est insuffisant. Les heures dédiées à cette mission se réduisent souvent à quelques séances sur l’ensemble de l’année scolaire. Ce temps contraint tient au manque d’accompagnants ou au manque de formation de ceux-ci. En outre, d’autres impératifs pédagogiques sont considérés comme prioritaires, au détriment d’un travail pédagogique de fond sur la construction du projet personnel, la découverte des filières et l’accompagnement à la rédaction d’un projet motivé.Les professeurs principaux, investis au premier chef de cette responsabilité, se trouvent fréquemment en difficulté, faute de formation spécifique approfondie. Cela conduit parfois à des informations imprécises ou contradictoires, et renforce le sentiment de désorientation éprouvé par les élèves.Faute d’un accompagnement institutionnel suffisant, nombre d’élèves se tournent vers leur entourage familial ou, pire, vers les réseaux sociaux ou des outils numériques d’intelligence artificielle pour construire leur projet. Le défaut d’accompagnement augmente le stress lié à l’enjeu même du baccalauréat : les élèves et leurs familles savent qu’ils ne disposent que d’une seule année – l’année du bac.Les outils d’accompagnement à l’orientation postbac sont introduits trop tardivement dans le parcours scolaire. Beaucoup d’élèves découvrent la réalité des choix possibles seulement en classe de terminale, dans un contexte où la pression est déjà forte.Une première approche des enjeux et des processus de l’orientation dès la classe de quatrième permettrait aux élèves de disposer du temps nécessaire pour réfléchir, s’informer sur l’ensemble des parcours existants et construire progressivement leur projet, tout en contribuant à réduire les inégalités de départ. Dès la quatrième également, on pourrait envisager la désignation, dans chaque collège, d’un professeur référent pour l’orientation, qui serait partiellement déchargé de cours et bénéficierait d’une formation ad hoc.Jusqu’en première, les élèves sont insuffisamment conscients et préparés à l’élaboration de leur projet d’orientation, alors que cela devient obligatoire en terminale. Pourtant, dès la première, ils auraient tout intérêt à obtenir les meilleurs résultats possible, puisque les notes de première comptent autant que celles de terminale.C’est d’autant plus nécessaire que la qualité, la lisibilité et la transparence de l’information disponible sur la plateforme font l’objet de critiques récurrentes, et que la grande quantité d’informations publiées sur Parcoursup est source d’angoisse pour certains.Les informations relatives aux débouchés réels ou au coût global de la vie étudiante sont souvent jugées difficiles à appréhender, même pour les élèves de terminale. Le calendrier même de Parcoursup est perçu comme particulièrement anxiogène. Des considérations multiples, parfois contradictoires, rendent difficiles les ajustements de ce calendrier – il faut satisfaire à la fois l’amont et l’aval du processus d’orientation.L’enjeu central est donc de construire une orientation plus précoce, mieux organisée, plus proche des élèves et plus équitable à l’échelle de l’ensemble des territoires, afin de limiter les inégalités territoriales et sociales – Parcoursup cristallisant les critiques en la matière.Quelles évolutions le gouvernement entend-il engager pour renforcer l’accompagnement humain de l’orientation, clarifier la lisibilité de l’offre de formation et adapter le calendrier du processus d’orientation, afin de restaurer la confiance des élèves et des familles dans le système d’orientation postbac ?J’espère que les conclusions et propositions issues de la mission flash que je conduis avec mon collègue Pierrick Courbon pourront utilement nourrir cette réflexion et que vous les prendrez en compte pour faire évoluer notre système d’orientation.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).