Discours du 27 avril 2026
Frédéric Maillot · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°210
Je voudrais attirer votre attention sur les territoires d’outre-mer en prenant le cas singulier de La Réunion. Chez nous, le déficit public et la croissance en berne produisent en effet des conséquences très directes.À l’heure où l’on nous propose un projet de loi « vie chère », qui manque de mesures fortes et durables, on nous impose toujours plus de coupes budgétaires : 6 milliards d’euros en moins, dont 2 milliards pour la protection sociale, qui s’ajoutent aux 13 milliards déjà programmés dans le PLF pour 2026.En outre-mer, la précarité est plus criante car l’offre d’emploi est inférieure à la demande. Les perspectives d’avenir sont plus étroites, du fait de l’insularité et du manque de cohérence économique et géographique d’une politique éloignée du réel, du fait de ce fameux : « Faire toujours pour nous, rarement avec nous ».C’est également chez nous que l’on trouve les plus petites retraites. À la fin, ce sont toujours les mêmes à qui l’on demande de se serrer la ceinture et de retenir leur souffle : les plus chanceux, en épargnant davantage, les foyers déjà exsangues, en rognant encore sur leurs dépenses.Par ailleurs, nous figurons parmi les rares territoires à consommer l’intégralité de l’enveloppe dédiée à la formation professionnelle, alors même que le chômage est une réalité pour plus de la moitié des jeunes. Il est donc vital de préserver ce levier d’insertion essentiel pour permettre une sortie effective du chômage.Si le rapport fait état d’une croissance en recul, à 0,9 % en 2025, la crise géopolitique fera bondir l’inflation à 1,9 % en 2026. À La Réunion, tant le monde professionnel que nos concitoyens nous ont fait part du caractère insoutenable de la hausse du prix du carburant, alors que nous devons nous battre avec des moyens déjà restreints. Le tout-voiture y est en effet une réalité, car les transports collectifs y sont moins développés qu’ailleurs.Si l’on peut comprendre l’impératif de responsabilité qui s’impose au gouvernement, celui-ci ne peut faire le choix de laisser pour compte l’outre-mer en décidant de coupes budgétaires arbitraires sans se soucier de sa population. Les collectivités, notamment la région et le département, font déjà leur part pour que les Réunionnais paient moins de 20 euros leur bouteille de gaz depuis deux ans. Elles agissent également pour contrer la crise du carburant, dans le silence assourdissant des acteurs privés, tels que la Société réunionnaise des produits pétroliers, qui peinent à contribuer à la résolution de cette crise.Je rejoins donc le Haut Conseil des finances publiques qui déplore son incapacité à rendre un avis pleinement éclairé, faute de précisions dans les mesures de coupes annoncées. Il met en évidence un problème central : le gouvernement avance, sans dire où il compte réellement faire porter l’effort demandé. Cette opacité n’a rien d’anodin. Elle permet de différer les arbitrages et de préparer, sans les assumer, des coupes budgétaires à venir.Ce flou procède d’un choix politique qui, depuis huit ans déjà, nous a plongés dans des conditions économiques exécrables voire catastrophiques. La gauche vous avait pourtant prévenus : la théorie du ruissellement était vouée à l’échec.Le gouvernement fait le choix d’un optimisme de circonstance, doublé d’un manque d’ambition pour soutenir les ménages. Nous nous dirigeons vers une cure d’austérité imposée par une politique de l’offre qui, en définitive, n’a jamais fonctionné – sauf pour les ultrariches – et dont les premières victimes seront, une fois encore, les foyers les plus démunis.Pour conclure avec les mots de Thomas Sankara, « il faut choisir entre le champagne pour quelques-uns et l’eau potable pour tous ». À gauche, nous préférons l’eau potable pour tous, notamment dans les territoires d’outre-mer. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et EcoS. – M. le président de la commission des finances applaudit également.)
Prouvez-le !
C’était déjà le cas !
C’est pour ça qu’ils font la pluie et le beau temps chez nous !
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).