Discours du 29 avril 2026
Frédéric Maillot · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°214
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Chaque jour, des millions de jeunes qui traînent sur leur téléphone ont, en quelques secondes, l’impression que leur vie est moins belle que celle des autres, affichée sur Instagram ou sur TikTok. Les réseaux sociaux ne sont pas simplement des outils de communication, ils peuvent nuire profondément à la santé mentale des jeunes en créant une illusion permanente. On y voit en effet des corps parfaits, des voyages de rêve et des vies sans défaut, en oubliant que tout y est filtré, sélectionné et mis en scène. Dès lors, nos jeunes en viennent à se comparer à des images qui ne reflètent en rien la réalité. Cette comparaison permanente abîme l’estime de soi.Les réseaux sociaux, c’est aussi la pression des chiffres dès le plus jeune âge : combien de likes, de vues ou d’abonnés ? Quand ces chiffres sont faibles, certains jeunes – je dis bien certains – ont l’impression de ne pas compter. Leur valeur semble dépendre d’un écran, ce qui constitue un terrain propice à l’anxiété et au mal-être. À cela s’ajoute le cyberharcèlement – insultes et moqueries publiques ou, contrairement à autrefois, anonymes –, si bien qu’il n’y a plus d’échappatoire : le téléphone devient une source de stress permanent.Enfin, le temps passé sur les écrans est considérable : des heures à scroller, souvent la nuit, au détriment du sommeil. Moins dormir, c’est aussi fragiliser l’équilibre mental.Certes, les réseaux sociaux ne sont pas seuls en cause ; ils ne font qu’amplifier des fragilités existantes. La solution ne réside donc pas dans leur suppression pure et simple ; il faut une meilleure protection des jeunes et un accompagnement renforcé des parents.Comment comptez-vous mesurer précisément cet impact et agir concrètement pour protéger nos jeunes d’un objet qu’ils tiennent chaque jour entre leurs mains et qui, dans certains cas, peut leur être fatal ?
…la haine…
Je n’échappe pas à ma mission première, qui est d’ouvrir une lucarne sur l’outre-mer lorsque nous avons des débats de cette importance. À La Réunion, les associations n’échappent pas à la crise rencontrée par leurs homologues au niveau national. Dans les îles, marquées par l’isolement, les inégalités sociales et parfois le manque d’accès aux services, le tissu associatif joue un rôle primordial : il s’agit d’être au plus près du terrain et des habitants. L’Association réunionnaise de l’aide judiciaire aux familles (Arajufa), par exemple, joue un rôle crucial dans l’accompagnement des jeunes, notamment de ceux qui sont en difficulté ou en conflit avec la loi. Elle ne se contente pas d’intervenir ponctuellement ; elle construit des parcours, elle crée du lien et elle redonne des perspectives.Toutefois, le monde associatif est fragilisé. Le Mouvement associatif de La Réunion (MAR) tire la sonnette d’alarme, et le discours est toujours le même : « On n’en peut plus, on ne tient plus. » Pourquoi ? Parce que le financement repose de plus en plus sur des appels à projets, ce qui signifie concrètement que les associations sont mises en concurrence les unes avec les autres pour obtenir des financements limités, qu’elles doivent passer plus de temps à monter des dossiers de candidature qu’à agir sur le terrain et, surtout, qu’elles vivent dans l’incertitude permanente. Comment construire un projet éducatif solide quand on ne sait pas si on sera financé l’année suivante ? Comment fidéliser des équipes quand les contrats dépendent de décisions annuelles ? Cette logique de compétition affaiblit un secteur qui devrait, au contraire, être soutenu et stabilisé.C’est pourquoi il est urgent de défendre des financements pluriannuels, afin de sécuriser les actions dans la durée, de donner de la visibilité aux associations et de reconnaître enfin leur rôle d’acteurs essentiels, et non de simples prestataires en concurrence. À La Réunion, investir dans les associations, c’est investir dans la cohésion sociale, dans la jeunesse et dans l’avenir de notre île. La vraie question est simple : veut-on des associations en concurrence ou des associations fortes, capables d’agir durablement au service de la population ? Rendez service aux associations, cessez les appels à projets !
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).