Discours du 11 juin 2026
Frédéric Maillot · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°267
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C’est ça !
C’est vrai.
Doit-on corriger l’indignité par l’injustice ? Cette question résume à elle seule l’esprit du texte. Manger, boire et payer ses factures ou bien garder sa maison, tel est le dilemme que pose l’obtention de l’Aspa aux gramounes qui touchent moins que rien de retraite.Les Réunionnais qui peuvent prétendre à cette allocation ont tranché : ils préfèrent garder leur maison, leur kaz, leur bout la tèr, comme on dit chez nous. Tout îlien qui se respecte peut comprendre ce choix, parce que le rapport à la terre n’est pas tout à fait le même en outre-mer et dans l’Hexagone. Je le sais pour La Réunion et suis persuadé qu’il en est de même aux Antilles et en Guyane. On pourrait croire que cela est dû à la raréfaction de la terre, mais cela est aussi et surtout lié à l’histoire. Chez nous, les terres étaient la propriété des Gros Blancs, des békés, et c’est pour les travailler que nos aïeux ont été conduits de force à La Réunion, en provenance d’Afrique, d’Inde, de Madagascar ou de Chine, pour la plupart.À force de travail et de courage, certains de nos grands-parents ont pu devenir propriétaires. C’était difficile, mais cela garantissait un toit à la famille. Aujourd’hui, devenir propriétaire à La Réunion relève du parcours du combattant, surtout pour les jeunes générations, car la spéculation foncière entraîne la raréfaction des terres constructibles et car les prix des matériaux de construction sont exorbitants.La nécessité de bénéficier d’un petit bout de terre en héritage pour devenir propriétaire pousse nos gramounes à refuser l’Aspa. En effet, le versement de cette allocation qui garantit un revenu minimum aux retraités est soumis à conditions. Au décès d’un allocataire possédant un bien d’une valeur supérieure à 100 000 euros dans l’Hexagone et à 150 000 euros dans les pays dits d’outre-mer, l’État récupère ce bien et la famille se retrouve dépossédée de la maison familiale. Voilà la raison principale pour laquelle les retraités ultramarins refusent de recevoir cette allocation.On ne répare pas l’indignité par l’injustice. Avec sa proposition de loi, notre collègue Émeline K/Bidi nous dit qu’il est inconcevable que des retraités perdent le bien où ils ont éduqué leurs enfants et construit toute leur vie. Il est inconcevable de laisser des retraités léguer des dettes à leurs enfants qui, parfois, ignorent que leurs parents avaient sollicité l’Aspa. J’ai reçu à ma permanence une fratrie dont la mère l’avait demandée sans comprendre qu’à son décès, son bien serait saisi. Actuellement, La Réunion subit une crise du logement sans précédent, avec 50 000 demandes non traitées. Alors, n’enlevons pas leur toit à ceux qui en possèdent un ! Merci de ne pas corriger l’indignité par l’injustice et de voter le texte. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et EcoS ainsi que sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)
Justement !
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).