Discours du 19 janvier 2026
Frédéric Petit · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°118
Madame et monsieur les ministres, vous avez parlé à propos de l’Ukraine de « brutalisation » et de « lucidité » – cette dernière pouvant être définie par la formule de Péguy selon laquelle il faut « voir ce que l’on voit », que je compléterai en invitant à écouter ce que disent les belligérants. Vous avez également évoqué le temps long et la période qui s’ouvrira une fois la paix conclue.Monsieur le ministre, vous avez parlé à propos de l’Ukraine de double agenda – je pense qu’il s’agit plutôt d’un triple agenda. L’Ukraine demande la protection de son espace aérien : cela relève d’une décision non militaire, destinée à protéger les civils alors que plane la menace sur le réseau d’évacuation des centrales nucléaires. Il y a d’ailleurs eu encore un mort à Kharkiv ce matin. Je ne vois pas comment la protection des enfants durant leur sommeil peut être qualifiée de démarche « escalatoire » – pour reprendre l’expression revendiquée par la Russie. Quel est votre avis sur ce qui se joue, en particulier au sein de la coalition des volontaires, concernant le travail préalable à un cessez-le-feu ? Le temps long peut nous conduire à attendre encore deux ou trois ans. Or je pense qu’il est urgent de préserver les infrastructures civiles situées dans l’ouest du territoire ukrainien – ce seront autant d’ouvrages que nous n’aurons pas à reconstruire. Nous devons nous donner de la visibilité en la matière.
Monsieur le ministre, ma question portait sur la volonté, en particulier au sein de la coalition des volontaires, d’empêcher la destruction des infrastructures, à la fois pour des raisons humanitaires et pour favoriser la reconstruction du pays.
Madame la ministre, s’agissant de l’industrie des drones, vous avez affirmé qu’il fallait se réarmer et vous avez évoqué une réactualisation de la LPM afin de gagner en agilité, de faciliter et d’accélérer la production. Comment notre action en la matière pourrait-elle s’extraire des silos ministériels ? Je pense notamment à un opérateur appelé à jouer un rôle central, et qui n’est placé ni sous votre autorité ni sous celle du ministre des affaires étrangères : Business France, présent à Kiev. Comment renforcer l’efficacité, l’agilité et la « fluidité » – pour reprendre votre terme –, notamment des petites entreprises qui sont attendues par les entreprises ukrainiennes et réclamées par le président Zelensky lui-même, mais qui n’ont pas encore l’habitude d’exporter des biens à double usage et des services ? Comment accélérer la création de joint-ventures – ou coentreprises –, qu’on nous promet au mieux dans deux ans alors qu’il les faudrait pour la semaine prochaine ?
Combien de temps me reste-t-il pour ma deuxième question ?
Madame la ministre, le « A » de DGA n’est pas forcément le « a » de agile ! Mais je vous fais confiance.
Toutefois, vous parlez de 1 000 drones alors qu’il en faut désormais 6 000 par semaine en Ukraine.Ma troisième interrogation, monsieur le ministre, porte sur le Proche-Orient. Vous avez rappelé que la France se tenait aux côtés des peuples ; je pense qu’elle participe aussi à préserver l’histoire de ces peuples – comme en témoigne l’École biblique et archéologique française de Jérusalem – face à tous ceux qui, de Gaza à l’Iran, voudraient l’oublier. J’aurai deux questions directes.Cette région du monde est complexe et il faut la comprendre. Ses différentes parties sont imbriquées : ce qui se passe à Gaza influe sur ce qui se passe en Iran ; ce qui se passe en Iran déterminera ce qui se passera à Gaza ; il y a ainsi un lien entre ce qui se produit à Damas, à Jérusalem ou dans le nord de la Syrie. S’agissant de la présence de la France auprès des sociétés civiles – à laquelle je tiens particulièrement –, qui excède le champ de la diplomatie institutionnelle, avons-nous une stratégie globale pour cette région ?Par ailleurs, comment vous situez-vous à l’égard du conseil de la paix – Board of peace – proposé par les États-Unis ? Je sais que nous ne sommes pas prêts à l’intégrer mais j’aimerais connaître votre position de façon plus détaillée face à cette organisation destinée à traiter des conséquences de l’accord de paix pour Gaza. Comment parviendrons-nous à ne pas nous en exclure sans renoncer à notre fermeté ?
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).