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Discours du 15 juillet 2026

Frédéric Valletoux · Première session extraordinaire 2026 · séance n°14

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Chez moi, en forêt de Fontainebleau, depuis trois jours, les pompiers luttent sans relâche contre un feu d’une violence inédite en Île-de-France, qui a déjà détruit 2 000 hectares, c’est-à-dire 10 % de ce massif emblématique. Dès dimanche, ils étaient 150 ; aujourd’hui, ils sont environ 800, venus de toute la France ; quatre Canadairs, des avions Dash et plusieurs hélicoptères sont engagés à leur côté. Environ 900 personnes ont été évacuées depuis dimanche : c’est du jamais vu dans la région francilienne.Je veux adresser mon immense reconnaissance à tous ceux qui sont mobilisés sur le terrain – et qui le seront encore dans les prochains jours ou semaines car les feux sont loin d’être éteints – : pompiers et sécurité civile, agriculteurs, forces de police et de gendarmerie, agents de l’office national des forêts, associations d’entraide, maires et élus locaux, habitants, qui font preuve d’une extraordinaire solidarité. Du fond du cœur, un immense merci ! (Les députés sur tous les bancs se lèvent pour applaudir.)Je veux aussi vous remercier, monsieur le ministre de l’intérieur, d’être venu très vite constater par vous-même l’ampleur du sinistre. L’enquête dessinera les contours exacts des responsabilités, mais nous savons déjà, grâce à des aveux rapidement obtenus, que ce désastre a été provoqué par des interventions humaines.Mettre le feu à la forêt de Fontainebleau, c’est s’attaquer à un monument majeur de notre patrimoine national, à propos duquel Victor Hugo écrivait : « Un arbre est un édifice, une forêt est une cité, et, entre toutes les forêts, la forêt de Fontainebleau est un monument. » Cette forêt, dont l’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco est en cours, est la forêt de tous les superlatifs. Massif étroitement lié à l’histoire de notre nation et à l’histoire des arts, premier site au monde à avoir fait l’objet d’une mesure de protection, bien avant la création des grands parcs américains ; il est le site naturel le plus fréquenté de France – avec 17 millions de visiteurs par an – et un espace de biodiversité majeur avec 6 600 espèces animales recensées. Loin d’être seulement un paysage remarquable, cette forêt est un héritage que nous avons le devoir de transmettre.Il y a sept ans, alors que l’incendie de Notre-Dame bouleversait tous les Français, l’État sut mobiliser des moyens exceptionnels et agir vite. Aujourd’hui, un autre monument brûle sous nos yeux. Pour la forêt de Fontainebleau, la même réaction serait légitime, sous réserve, bien sûr, de spécificités. Comment faire de sa reconstruction une adaptation au changement climatique ? Comment le gouvernement compte-t-il agir pour que la forêt de Fontainebleau reste ce grand monument et cette fierté nationale ? (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR ainsi que sur plusieurs bancs des groupes EPR, SOC, DR, EcoS et GDR.)

Alors que nous nous apprêtons à nous prononcer définitivement sur la création du dispositif d’aide à mourir, j’aimerais rappeler l’itinéraire de cette réforme.Le texte n’a pas été préparé dans la précipitation ou sans concertation. Au contraire, il procède de longs mois de travail, de longues années de réflexion, d’échanges et de maturation, dans le débat public et pour chacun des parlementaires. Alors que les débats sur la fin de vie agitaient le pays depuis des années, la société civile s’est exprimée, à travers une convention citoyenne, en décembre 2022.Ce premier exercice de démocratie participative avait alors abouti à deux conclusions notables. La première : la création d’une aide active à mourir était majoritairement souhaitée par la population, confirmant ainsi de nombreuses enquêtes d’opinion. La deuxième : le nouveau dispositif devait être strictement encadré.En somme, l’aide à mourir devait être et rester une exception, les soins palliatifs devant par là même être renforcés. En mai 2024 – nous nous en souvenons tous –, le projet de loi relatif à l’accompagnement des malades et à la fin de la vie était déposé sur le bureau de notre chambre. La dissolution a interrompu le parcours du projet de loi, mais sans avoir rendu inutiles le travail et les échanges qui avaient eu lieu.Nous voilà deux ans plus tard, au terme de l’examen d’un texte scindé en deux propositions de loi. Cette séparation était opportune – je l’ai moi-même souhaitée – et je constate a posteriori qu’elle a permis d’apporter de la clarté au débat. Non pas que la fin de vie ne doive pas être considérée avec une vue d’ensemble, mais parce que les deux parties de l’ancien projet de loi, respectivement relatives aux soins palliatifs et à l’aide à mourir, suscitaient pour l’une un large consensus et pour l’autre une saine controverse.Je ne regrette pas les désaccords qui ont été exprimés au cours des lectures successives. La diversité de nos croyances morales et spirituelles, de nos expériences intimes et de nos rencontres nous fait naturellement voir les choses différemment. Le désaccord est constitutif de la démocratie, s’il sait s’exprimer par le dialogue. Je salue à cet égard, une nouvelle fois, le travail des membres de la commission des affaires sociales que j’ai l’honneur de présider.Les dissensus profonds, parfois radicaux, n’ont jamais empêché que le respect perdure et marque la tonalité de nos débats. Leur bonne tenue a aussi été permise par la qualité du travail des rapporteurs. À mon tour, j’en profite pour saluer M. Olivier Falorni, d’abord, rapporteur lors des premiers examens, ainsi que son successeur, Philippe Vigier, qui a su relever le défi avec talent et succès, en vue de cette ultime lecture. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR, LFI-NFP, SOC, EcoS et LIOT.)Les longues heures de travail en commission ou en séance, tôt le matin jusque tard le soir, ont abouti à ce texte que nous avons été plusieurs à qualifier de « texte d’équilibre ». Un texte d’équilibre pour permettre d’aider des personnes frappées de souffrances insoutenables – causées par une maladie qui, inéluctablement, les emportera bientôt. L’aide à mourir est réservée à ceux qui répondent à des critères stricts. Elle n’est pas ouverte, comme dans d’autres pays, aux mineurs, aux personnes dont la douleur proviendrait uniquement de troubles psychiques ou à celles qui ne seraient pas atteintes de maladies engageant le pronostic vital.Les cinq critères d’éligibilité sont stricts. Ils sont un rempart contre les glissements et les abus. Le caractère cumulatif des cinq critères a été fondamental dans mon choix, personnel, de voter en faveur de ce texte.De la même manière, la procédure suit elle-même un parcours équilibré, entre la volonté de rendre effectif un droit, dans un délai raisonnable, alors que la souffrance perdure, et la volonté d’éviter une décision hâtive et sans information suffisante du patient. Je salue le fait que notre assemblée ait retenu la procédure médicale collégiale en adoptant un amendement que j’avais soumis à son jugement. Je salue également l’ajout, lors de l’ultime lecture, de l’amendement du rapporteur général Philippe Vigier, qui renforce le rôle de la première consultation, pleinement dédiée au conseil et à l’échange entre le médecin et la personne envisageant de recourir au droit à l’aide à mourir.J’ai dit ici, j’ai dit lors de mes nombreuses rencontres avec nos concitoyens, j’ai dit à des associations opposées à cette loi combien je respectais leurs convictions et leurs désaccords. Dans l’intérêt de tous, je formule le vœu que nous résistions ensemble à la désinformation et à la caricature, tant au sujet de ce que prévoit ce texte qu’au sujet de ce qu’il ne prévoit pas. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR, LFI-NFP, SOC, EcoS et LIOT.)

Ce texte n’enlève à personne le droit de vivre : ni aux personnes atteintes de handicap ni aux personnes les plus âgées, comme ont pu le prétendre certains. (Mêmes mouvements.)

Cette loi ne retire aucun droit à personne. Au contraire, elle permet une ultime conquête dans l’idéal de liberté de l’homme et de la femme. Au crépuscule de nos vies, quand le corps se rappelle seulement à nous par la souffrance qu’il inflige et par son refus obstiné d’obéir, il n’y a pas plus grande liberté que de choisir de vivre ou de mourir pour cesser de subir.C’est pour cela, chers collègues, que je vous appelle à voter en faveur de ce texte. (Applaudissements sur de nombreux bancs des groupes EPR, LFI-NFP, SOC, EcoS, Dem et LIOT.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).