Discours du 11 juin 2026
Frédéric Weber · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°267
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Même pas François Hollande ?
Durant des décennies, une même idée a guidé les choix économiques de notre pays : celle selon laquelle la France pourrait se détourner de son industrie pour devenir une économie de services et de recherche et développement. On nous a expliqué que la production pouvait être délocalisée sans conséquence ; que d’autres pays seraient les ateliers du monde, pendant que nous en serions les ingénieurs, les concepteurs, les donneurs d’ordre. On nous a vendu la promesse d’une mondialisation heureuse, d’un enrichissement mutuel, d’une prospérité sans précédent.La réalité a été tout autre. Le monde n’a connu de prospérité que de voir des emplois supprimés à un endroit, pour sous-payer des individus à un autre. Autrement dit, cette mondialisation heureuse a mis des gens au chômage pour pouvoir en paupériser d’autres. En abandonnant progressivement notre appareil productif, nous avons fragilisé notre souveraineté. Les crises successives – financières, sanitaires, géopolitiques – nous l’ont brutalement rappelé. Lorsque les chaînes d’approvisionnement se rompent, lorsque les tensions internationales s’exacerbent, lorsque les intérêts nationaux reprennent le dessus, les nations qui produisent dominent celles qui dépendent de cette production. Ainsi, ceux que nous considérions hier comme de simples ateliers sont devenus aujourd’hui des puissances industrielles majeures, capables d’imposer leurs conditions. Secteur après secteur, usine après usine, emploi après emploi, plan après plan, notre puissance et notre prospérité matérielle s’érodent, ne nous laissant que les effets d’annonce des gouvernements successifs.C’est à présent à l’acier que s’en prend la faucheuse du libre-échange sauvage. Chez ArcelorMittal, nous assistons non pas à une adaptation, mais à un désengagement progressif. Je le dis d’autant plus clairement que j’y ai travaillé. J’ai vu les emplois disparaître et les décisions s’éloigner du terrain. Les faits sont connus : fermetures, suppressions d’emploi, délocalisations, investissements gelés malgré des aides publiques massives. Pendant ce temps, le groupe investit ailleurs et prépare l’avenir hors d’Europe. Nous finançons aujourd’hui ce qui pourrait demain nous échapper.Nous avons déjà connu cela, notamment à Florange. Florange, symbole de la trahison de la classe ouvrière par la gauche ! Florange, où les promesses faites aux salariés par un candidat socialiste n’ont pas été tenues ! Vous le connaissez peut-être : il s’agit du député François Hollande, qui siège désormais tranquillement sur ces bancs.
Les lieux communs en faveur ou en défaveur des nationalisations n’ont aucun intérêt. Les macronistes et LR critiquent par principe la nationalisation d’un actif industriel stratégique pour 2 à 3 milliards d’euros, alors qu’ils ont forcé la nationalisation d’EDF pour 10 milliards d’euros sans aucune raison objective, comme l’a démontré la Cour des comptes. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RN.) La nationalisation est un outil utile, mais, dans le cas présent, elle entraînerait des contraintes financières importantes.C’est pourquoi nous défendons une approche plus progressive et stratégique : l’instauration d’une action spécifique – une golden share –, qui permettrait à l’État de disposer d’un droit de veto sur les décisions les plus sensibles, telles que les fermetures de site, les cessions d’actifs, les délocalisations. Ce mécanisme existe déjà ; il a été récemment utilisé dans des secteurs stratégiques, notamment celui de la défense. Il permet de protéger les intérêts nationaux sans assumer immédiatement la charge complète de la gestion.L’action spécifique permet d’instaurer un rapport de force – oui, monsieur le ministre, un rapport de force ! Elle permet de fixer des lignes rouges. Elle permet, surtout, de faire peser une menace crédible : celle d’une montée au capital, voire d’une nationalisation, si les engagements ne sont pas respectés. En effet, la question est simple : voulons-nous encore produire ou acceptons-nous de dépendre de l’extérieur ?
Le groupe Rassemblement national défendra sa ligne, au moyen d’un amendement de réécriture de l’article 1er, qui vise à instaurer une action spécifique plutôt qu’une nationalisation complète. Nous invitons évidemment tous ceux qui s’opposent au texte, du fait de son coût ou de la difficulté pour l’État à prendre du jour au lendemain le contrôle d’une aussi grande entreprise, à soutenir notre amendement, qui tend à défendre les intérêts français sans pour autant mobiliser l’arme ultime qu’est la nationalisation.Si notre amendement n’est pas adopté, nous nous abstiendrons, tout en appelant à la mise en œuvre rapide d’outils efficaces – oui, monsieur le ministre, d’outils efficaces ! – et à protéger notre sidérurgie. Au Rassemblement national, la défense de nos emplois et de notre souveraineté industrielle est, et demeurera, notre priorité. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
Ah !
De nouveaux socialistes !
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).