Discours du 25 juin 2026
Gabrielle Cathala · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°284
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Après la niche des RN et celle des LR, voici celle des UDR, autrement dit la troisième niche RN de l’année. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.) Cela fait beaucoup, d’autant que nous voyons là quelles sont vos priorités alors que 50 millions de nos compatriotes subissent la canicule,…
…alors que 1 800 écoles restent fermées en raison de la chaleur, alors que les Français souffrent du manque de pouvoir d’achat ! (Exclamations sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Sous le sobre intitulé de la lutte contre les mariages simulés ou arrangés, le texte vise au fond à interdire le mariage avec une personne en situation irrégulière. (Quelques députés du groupe RN affectent d’applaudir.) C’est stupide, car le Conseil constitutionnel a établi en 2003 que la liberté du mariage faisant partie de la liberté personnelle, le fait d’être en situation irrégulière n’empêchait pas de se marier avec une personne de nationalité française. Vous souhaitez en fait que votre ami M. Ménard, que vos copains qui refusent de marier des personnes de nationalité française avec des étrangers,…
…puissent éviter d’être poursuivis par la justice. En tant que parlementaires, nous méritons autre chose que de passer nos journées à discuter – pire, à voter – des dispositions inconstitutionnelles. Les collègues et moi-même avons donc déposé plus de 320 amendements et sous-amendements : jamais nous ne laisserons passer ce texte ! Comme le 26 juin 2025, vous finirez humiliés, quittant cet hémicycle ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Comme l’a évoqué mon collègue, M. Piquemal, les préoccupations des Français sont les suivantes : l’état du système de santé, le pouvoir d’achat, l’inflation, le système scolaire, l’urgence climatique et la sûreté. Ce n’est certainement pas la lutte contre les mariages blancs ou l’interdiction de se marier avec des étrangers.Le message que vous envoyez à nos compatriotes est scandaleux. Vous avez inscrit à l’ordre du jour de votre niche parlementaire une série de textes qui révèle vos priorités : nous avons ici un texte xénophobe ; nous aurons ensuite des textes probusiness, puis une proposition de résolution sur la natalité, ramenant les femmes à ce que vous estimez être leur rôle, la procréation.Tous ces textes sont à rebours des préoccupations des Français.
Alors qu’ils souffrent dans leurs bouilloires thermiques, qu’ils ne peuvent pas accompagner leurs enfants à l’école…
…, que des travailleurs souffrent sur les chantiers et que des infirmières n’ont même pas accès à la climatisation à l’hôpital, vous êtes là, dans la fraîcheur climatisée de cet hémicycle, vêtus de costards qui coûtent un smic, à ne proposer pour seul avenir aux Français que ce genre de proposition de loi xénophobe. (Protestations sur les bancs des groupes RN et UDR. – Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)
Ce texte ne sert strictement à rien d’autre qu’à nous faire perdre du temps, puisque de telles dispositions seraient intégralement censurées par le Conseil constitutionnel.Vous montrez une fois de plus à nos compatriotes que, malgré vos prétentions à défendre les classes populaires, vous n’avez strictement rien à faire de leurs conditions de vie :…
…rien pour leurs retraites, rien pour leurs conditions de travail, rien pour leur pouvoir d’achat. (M. Benjamin Lucas-Lundy et Paul Christophle applaudissent.)
D’ailleurs, on comprend bien pourquoi vous ne parlez pas des retraites : votre position sur ce sujet est un peu floue en ce moment. Entre M. Bardella et Mme Le Pen, qui ne savent même plus s’ils sont pour la retraite à 64, 66 ou 67 ans, et M. Ciotti qui est favorable à… (Le temps de parole étant écoulé, M. le président coupe le micro de l’oratrice. – Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
Vous voulez interdire les mariages avec des personnes en situation irrégulière, avec le soutien du gouvernement. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe UDR.)Si nous avons beaucoup parlé du groupe Rassemblement national, du groupe UDR et du groupe LR, n’oublions pas que M. Darmanin soutient également cette mesure, après y avoir pourtant renoncé dans la loi « immigration » avant de donner, si mes souvenirs sont bons, un avis favorable à ce texte au Sénat.
C’est donc avec le soutien du gouvernement et celui des bancs – vides – du bloc central complètement disloqué…
… que ce texte sera adopté, s’il venait à l’être.Pourtant, il existe d’autres mariages que je trouve très intéressants. Je pense à celui d’une attachée parlementaire du Rassemblement national, qui a eu lieu le week-end dernier. Parmi les invités, on comptait des membres du GUD (Groupe union défense), des proches de Sarah Knafo et toute la frange néofasciste et identitaire que compte l’extrême droite.
Le mariage de l’attachée de presse de Mme Le Pen s’est transformé en un véritable rassemblement de l’extrême droite française. Au premier rang, le célèbre Gabriel Lousteau, figure du GUD, groupuscule d’ultradroite, condamné pour violences et menaces.
À ses côtés, le marié, Enguerrand, militant identitaire, mais aussi une délégation du mouvement Reconquête avec Stanislas Rigault, son successeur Hilaire Bouyé et Matthieu Louves, proche de Sarah Knafo.La liste ne s’arrête pas là : les photos consultées par le journal Libération révèlent une assistance truffée de militants radicaux (Exclamations sur les bancs des groupes RN et UDR), des membres des Natifs – connus pour le harcèlement contre Aya Nakamura –, des nationalistes liés aux hooligans rennais et des néofascistes d’Escud Bordeaux, anciennement La Bastide bordelaise, dont l’ancien leader Yanis Iva a été condamné pour une descente raciste et sexiste accompagnée de saluts nazis.J’aimerais que ce genre de mariage soit interdit (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP. – M. Paul Christophle et M. Benjamin Lucas-Lundy applaudissent également), plutôt que les mariages de personnes étrangères qui ne demandent rien d’autre que de vivre tranquillement et librement.
Nous l’avons dit, cette proposition de loi est directement issue des faits qui se sont produits à Béziers. Elle vise en réalité à rendre service à M. Ménard, le maire qui a refusé de marier Mustapha et Eva. Un article du Monde relate l’humiliation qu’il leur a fait subir alors qu’ils s’aiment et souhaitaient simplement se marier.« Elle n’avait jamais vécu une telle humiliation. Elle, en robe de mariée, apprêtée et accompagnée de ses trois enfants. Son conjoint, Mustapha […], en costume bleu marine. Et pour comité d’accueil : des caméras, des gens qui les huent, les insultent. À l’hôtel de ville de Béziers […], elle revoit le maire, Robert Ménard […], écharpe tricolore en bandoulière, mettant en scène devant les médias son refus d’unir la secrétaire et le matelot, alors que la veille, au téléphone, le service de l’état civil de la municipalité avait confirmé le rendez-vous sans hésiter.C’était le 7 juillet 2023. Treize jours plus tard, Mustapha, qui faisait l’objet d’une obligation de quitter le territoire […], est expulsé vers l’Algérie. Depuis, la vie d’Eva, 32 ans, est "en suspens". "On est les marionnettes de politiciens", dit-elle. Pour s’être dérobé à ses obligations et avoir fait échec à l’exécution de la loi en refusant de marier Eva et Mustapha, au motif de la situation irrégulière du conjoint, Robert Ménard comparaîtra le 30 septembre devant le tribunal judiciaire de Montpellier. Il encourt cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende. Un procès sans précédent. »Les maires doivent respecter les lois de la République et ce maire s’est placé hors la loi ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Si la régularité du séjour d’un étranger ne peut constituer une condition préalable au mariage, un maire qui soupçonne une union sans intention matrimoniale peut auditionner les futurs époux et surseoir à la célébration en saisissant le parquet, qui a alors quinze jours pour autoriser l’union… (Le temps de parole étant écoulé, M. le président coupe le micro de l’oratrice.)
Je reviens sur ce que je disais lors de ma précédente intervention. Dans l’affaire de Béziers, Eva et Mustapha avaient déjà été auditionnés par la mairie et le parquet, qui avait été saisi, n’avait pas trouvé matière à empêcher le mariage. Une enquête avait ensuite été ouverte par la police aux frontières, occasionnant de nouvelles auditions et de nouvelles humiliations, avant d’être finalement classée. En vertu de la loi en vigueur, il n’y avait donc aucune raison de s’opposer à ce mariage, un mariage d’amour et non un mariage blanc. C’est uniquement pour des motifs xénophobes et électoralistes que M. Robert Ménard a refusé de célébrer cette union à Béziers, pour faire son buzz ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également. – Exclamations sur les bancs des groupes RN et UDR.) Parce qu’il s’est placé hors de la loi, il est aujourd’hui poursuivi par la justice française.
Je ne comprends pas que vous persistiez à faire perdre autant de temps à l’Assemblée nationale avec des lois inconstitutionnelles. (Protestations sur les bancs du groupe RN.) Entre la loi « immigration », la proposition de loi Rodwell, le projet de loi Ripost, que nous avons balayé hier en commission (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP), et bientôt le projet de loi « justice criminelle », sans parler de tous vos textes sécuritaires, xénophobes, racistes, que nous devons examiner en deuxième lecture, nous allons perdre des centaines d’heures dans cet hémicycle sur des sujets complètement inutiles pour les Français. Alors qu’il faudrait légiférer sur les bouilloires thermiques, alors qu’il faudrait un projet de loi de finances rectificative pour augmenter le fonds Vert… (Le temps de parole étant écoulé, M. le président coupe le micro de l’oratrice.)
Décidément, collègues d’extrême droite, vous ne servez strictement à rien.
Nous l’avons dit, pour vous c’est facile, vous êtes dans un lieu climatisé avec vos petits costards, mais dehors il va faire plus de 40 degrés aujourd’hui à Paris et dans de nombreuses villes de France. (Exclamations sur les bancs sur les bancs du groupe RN.) Hier, le record de la journée la plus chaude de l’histoire a été battu en France. Pas moins de 50 millions de nos compatriotes subissent la canicule, 1 800 écoles sont fermées aujourd’hui et les examens sont perturbés. Dans mon département, le Val-d’Oise, une vingtaine de villes sont soumises à des restrictions d’eau. Et voilà ce que vous proposez : interdire les mariages avec les étrangers.
Nous savons que vous ne servez à rien, il suffit de regarder le bilan de vos municipalités. Quand, pour faire face à cette canicule, les municipalités Insoumises instaurent la piscine gratuite ou la piscine moins chère (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP), quand elles étendent les horaires d’ouverture des parcs, quand elles rendent les musées et les cinémas gratuits, quand elles ouvrent des lieux climatisés pour que les personnes puissent s’y réfugier (Mêmes mouvements ) et des abris pour que les personnes qui vivent à la rue ne meurent pas de chaleur, vous, pendant ce temps, que faites-vous ?Vous supprimez les subventions à la Ligue des droits de l’homme (LDH) et au Planning familial,…
…vous interdisez ou vous supprimez des commémorations, comme celle relative à l’esclavage, que vous avez annulée au prétexte qu’il n’y avait pas assez de monde, ou celles pour les mineurs morts par accident du travail.
Que dire du reste de vos bilans – les arrêtés antimendicité, ou encore la décision de couper l’eau à des gens du voyage, en pleine canicule ? Vous êtes un danger pour le pays ; nous ne laisserons jamais ce texte passer. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)
Le 26 juin 2025, nous vous avions lu des courriers que nous avions reçus d’habitants de notre circonscription, pour illustrer à quel point les circulaires de M. Retailleau et ce genre de texte rendaient la vie des gens impossible. Depuis, nous en avons reçu de nouveaux – ces personnes nous écrivent, mais pas à vous, j’imagine, puisque vous les signaleriez directement à la police. (Mme Sarah Legrain applaudit.) Laissez-moi vous donner lecture d’un des courriers que j’ai récemment adressés au préfet du Val-d’Oise.« Je souhaite attirer votre attention sur la situation de M. X, numéro étranger Y, habitant la commune de Z, qui s’est vu débouté de sa demande de titre de séjour exceptionnel le 5 septembre 2025, décision notifiée le 12 septembre 2025. Monsieur est arrivé sur le territoire national en octobre 2019. Il a depuis lors montré tous les signes d’une intégration réussie, obtenant un diplôme de cariste et travaillant depuis octobre 2021 sur le territoire. Il dispose actuellement d’un CDI en tant que chauffeur déménageur lui assurant des revenus stables. Monsieur a montré une rigueur et un sérieux dans ses démarches de régularisation, déposées en janvier 2024, témoignant de sa bonne volonté et de sa patience dans l’attente d’une décision, après l’obtention de six récépissés délivrés sur rendez-vous. À l’expiration de son sixième récépissé, il s’est vu indiquer le refus de sa demande et a reçu une OQTF, aujourd’hui l’objet d’un recours devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise.Entre le moment où il a déposé sa demande et la notification de l’OQTF, les conditions de vie de monsieur ont évolué, puisqu’il s’est marié le 13 septembre 2025, après un concubinage de plus de deux ans à la suite d’une rencontre sur le territoire français. Malgré la transmission du projet de mariage lors d’un rendez-vous pour les récépissés, qui ne semble pas avoir été prise en compte, la concomitance entre la notification de l’OQTF et la célébration de son mariage, intervenue le lendemain, illustre la difficulté humaine de la situation. Ayant toujours contribué à la solidarité nationale par le paiement de ses impôts depuis le début de son activité professionnelle et projetant de construire sa vie avec son épouse, Mme Y, elle-même titulaire d’une carte de résident et parfaitement intégrée en qualité d’ingénieure d’études, la situation administrative de la… » (Le temps de parole étant écoulé, M. le président coupe le micro de l’oratrice. – Cette dernière est applaudie par quelques députés du groupe LFI-NFP ainsi que par Mme Stella Dupont.)
Permettez-moi de citer l’article 58, alinéa 5, du règlement : « Les demandes de suspension de séance sont soumises à la décision de l’Assemblée sauf quand elles sont formulées par le gouvernement, par le président ou le rapporteur de la commission saisie au fond ou par le président d’un groupe ou son délégué dont il a préalablement notifié le nom au président. Le président d’un groupe ou son délégué peut obtenir au plus deux suspensions par séance au cours de l’examen d’un même texte, sauf décision contraire du président de séance. »La précision que vous avez rappelée, monsieur le président, concerne la seconde phrase, relative aux suspensions demandées par le président d’un groupe ou son délégué. Elle ne concerne pas la première phrase, qui dispose que l’Assemblée peut se prononcer sur une demande de suspension de séance. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Je crois voir que M. le directeur de la séance est en train de vous rappeler les règles de notre assemblée. Je demande à mon tour que nous votions sur la demande de suspension de séance pour dix minutes.
Depuis ce matin, le ministre qui siège au banc est bien silencieux et nous sommes plusieurs à nous demander ce qu’il fait encore là (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP), alors que, depuis trois semaines, à la suite de diverses révélations, il a été prouvé qu’il avait ignoré un rapport de la mission inter-inspections sur l’évaluation des procédures de signalement, enquête, classement et poursuites en matière de violences sexuelles faites aux enfants, remis en 2022 à la suite d’une commande de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), ainsi qu’un autre rapport remis en 2023, lesquels aboutissaient à la même conclusion : l’indigence de bon nombre d’enquêtes menées dans des affaires de pédocriminalité.On sait également qu’il a noyé les magistrats sous des dizaines de circulaires tout en prétendant qu’ils étaient informés que la lutte contre les violences sexuelles commises contre les enfants devait être la priorité de leurs priorités – cette préconisation n’occupant pourtant pas plus de trois lignes desdites circulaires.Surtout, le prérapport d’inspection de fonctionnement relative au traitement de la plainte du 18 août 2025, rendu lundi, a fourni à ce ministre l’occasion de se rendre au « 20 heures » de TF1 et d’annoncer lui-même, avant que le Conseil supérieur de la magistrature ne se prononce, que des sanctions seraient prises contre une magistrate, qu’il a ainsi jetée en pâture,…
…sans attendre les conclusions définitives et pour mieux se défausser de sa propre responsabilité.J’invite tous les collègues qui ne l’auraient pas encore fait à lire ce prérapport, en particulier une des notes au bas de la page 34, qui dresse la liste de toutes les tâches dont la magistrate en question a eu à s’acquitter durant les cinq semaines où elle aurait dû traiter correctement cette plainte : sept audiences, en majorité des comparutions immédiates – pour préparer ces audiences, il faut lire tous les dossiers ; onze jours de permanence – le parquetier ou la parquetière passe alors sa journée entière à répondre au téléphone pour autoriser ou non la prolongation des gardes à vue… (Le temps de parole étant écoulé, M. le président coupe le micro de l’oratrice.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).