Discours du 8 juillet 2026
Gabrielle Cathala · Première session extraordinaire 2026 · séance n°8
Le lecteur officiel de l'Assemblée peut afficher son propre bandeau de cookies à l'ouverture — c'est le portail de l'Assemblée qui l'affiche, pas ce site ; fermez-le pour voir la vidéo.
Il y a vingt-quatre heures, un gouvernement se présentant comme démocrate a utilisé le vote bloqué pour faire passer le programme de Jean-Marie Le Pen, et cela à un an de l’élection présidentielle. La présomption de légitime défense pour les policiers et les gendarmes ne répond pourtant à aucune urgence, à aucun objet, à aucune demande majoritaire dans le pays, si ce n’est à un impératif clientéliste visant à séduire une poignée de syndicats radicalisés.Que Mme Le Pen se rassure, elle qui était si inquiète de ne pouvoir se présenter à une élection en raison de ses deux condamnations en justice pour détournement de fonds publics : son héritage paternel est bien gardé.L’histoire s’en souviendra comme de la première disposition directement issue du programme de M. Le Pen de 2007 votée à l’Assemblée nationale ; une mesure que l’on retrouve dans les archives de 2007 parmi la retraite à 65 ans, la suppression de la binationalité, l’abrogation du droit du sol, l’interdiction du mariage pour toutes et tous et le rétablissement de la peine de mort.Les insultes racistes explosent sur les réseaux sociaux. Les délinquants du Rassemblement national jubilent. M. Chenu saluait la victoire ce matin sur les ondes. Je le cite : « Hier, on a voté la présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre. […] Ça figurait dans notre programme et dans la niche du Rassemblement national. […] Les macronistes ont fini par plier et voter ce qui figurait dans notre programme. […] Nos idées gagnent du terrain. » (Mme Béatrice Roullaud applaudit.)On a les hommages que l’on mérite.Un homme sur un plateau télévisé en 2022 disait pourtant la chose suivante lorsqu’il était questionné à propos de son soutien à cette proposition : « Absolument, absolument non ! Je pense que derrière cette proposition démagogique, il y a une vision à l’américaine de Mme Le Pen. Elle veut répondre à la violence par la violence et ça, c’est la guerre de tous contre tous. Elle met en danger gravement les policiers et les gendarmes. » Cet homme, c’était bien vous, monsieur le ministre. J’en conclus, quatre ans après cette déclaration, qu’il est à présent recommandé de mettre en danger les policiers et les gendarmes. Votre parole ne vaut donc rien.Le vote de ce texte infâme, que le Front national était le seul à soutenir par le passé avant qu’il ne soit repris par Éric Ciotti, Nicolas Sarkozy, Éric Zemmour jusqu’à M. Nuñez et vous-même, monsieur le ministre, ne doit au fond pas nous surprendre. Car le macronisme n’aura été qu’une longue dérive droitière.Ce texte est l’aboutissement d’un long processus entamé depuis 2017, celui d’un duel avec l’extrême droite savamment calculé ; en témoignent les coups de fil de M. Macron qui, en 2024, intimait à plusieurs candidats du bloc central de ne pas se désister lors de triangulaires face au Nouveau Front populaire, car il aurait préféré une majorité RN à l’Assemblée nationale.Cela fait donc plus longtemps que le gouvernement reprend à son compte des propositions de l’extrême droite. Nous nous souvenons, monsieur le ministre, de votre loi « immigration » de 2023, de la préférence nationale pour certaines prestations sociales, du rétablissement du délit de séjour irrégulier, du durcissement du regroupement familial, de l’instauration de quotas migratoires et des restrictions apportées au droit du sol à Mayotte et en Guyane – dispositions heureusement censurées par le Conseil constitutionnel.Nous nous souvenons de l’ensemble de vos textes votés uniquement grâce aux voix du Rassemblement national : la loi d’orientation et de programmation du ministère de l’intérieur (Lopmi), la loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic, proposition de loi Rodwell, la loi relative au renforcement de la sûreté dans les transports, celle prévoyant la restriction du droit du sol pour les Mahorais.Nous nous souvenons de la suppression des aides personnalisées au logement pour les étudiants étrangers, passée par 49.3 et entrée en vigueur ce 1er juillet. Nous nous souvenons de votre soutien à la proposition de loi visant à interdire le mariage avec les étrangers sans papiers.Nous nous souviendrons de la décision de la Défenseure des droits publiée ce jour, pointant les graves défaillances du maintien de l’ordre à Sainte-Soline, du gendarme de base jusqu’au sommet de la hiérarchie, nous donnant une illustration du permis d’insulter et de blesser en toute impunité, avant le permis de tuer.Et alors que des millions de Français souffrent de la canicule, que 40 % d’entre eux n’emmèneront pas leurs enfants en vacances, que 11 millions de nos compatriotes vivent sous le seuil de pauvreté, que des milliers de parents craignent que leurs propres enfants soient victimes de violences sexuelles, nous nous souviendrons des dizaines d’heures inutiles que nous avons passées ici à siéger pour examiner votre projet de loi Ripost, pour mieux verbaliser à coups d’amendes forfaitaires délictuelles les jeunes des quartiers populaires et ceux qui aimeraient faire la fête librement. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Des dizaines d’heures gaspillées aussi sur cette loi « justice », en lambeaux, pour enterrer un peu plus la cour d’assises, affaiblir les droits de la défense et le droit au respect de la vie privée.Depuis dix ans, votre obsession est le démantèlement progressif de tout ce qui constitue un État de droit : la prééminence du droit sur le pouvoir, la protection contre l’arbitraire, le respect de la hiérarchie des normes, la sécurité juridique, l’indépendance de la justice et le respect des droits humains.Monsieur le ministre, nous nous souviendrons du vote ce soir de ce projet de loi sur la justice criminelle, lui aussi appuyé par les députés du Rassemblement national. Dès demain, nous saisirons le Conseil constitutionnel sur ce texte. Bientôt, vous ne serez qu’un mauvais souvenir. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Monsieur Huyghe, ce n’était pas un cirque ni un moment d’hystérie. C’était un moment d’une gravité exceptionnelle, où nous avons pu expérimenter ce que serait l’Assemblée nationale sous un régime fasciste. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Exclamations sur les bancs du groupe RN.) Quand la Défenseure des droits, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), le barreau de Paris, l’ordre des avocats, et toutes les associations qui s’occupent de la défense et de la promotion des droits humains en France, nous disent qu’un texte porte atteinte à nos principes fondamentaux et qu’il représente un basculement sans précédent, notamment s’agissant du droit de la preuve, ce n’est pas de l’hystérie.
Cela s’appelle respecter les droits fondamentaux et l’État de droit, ce qui visiblement vous est totalement étranger. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Enfin, je crois que vous ne vous rendez pas compte de la violence du moment d’hier (« Ah si ! » sur plusieurs bancs des groupes RN et HOR)…
…et du caractère éprouvant de ce moment pour les familles de victimes pour qui votre attitude était un crachat à la figure (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP),…
…parce que dans cette tribune, il y avait des personnes dont les enfants sont morts, tués par la police ou par la gendarmerie.
Votre comportement était inadmissible et indécent, et tout ce que vous faites depuis hier laisse place à un déferlement de haine raciste, dont vous êtes les entiers responsables.Enfin, je m’adresse à toutes celles et ceux qui découvrent la procédure parlementaire et qui nous accusent de vouloir enterrer le débat : si cette motion venait à être adoptée, chers collègues, il y aurait une deuxième lecture – c’est du niveau première année de droit ; nous pourrions donc discuter davantage de ce projet de loi. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.) Tout le monde sait que la commission mixte paritaire a été expédiée en quarante-cinq minutes ce matin, comme toutes les CMP (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP), et que la quasi-totalité d’entre nous a découvert le texte de compromis négocié dans le couloir juste avant. Il n’y a donc aucune volonté de notre part de faire obstruction et d’empêcher le débat ; nous avons seulement voulu respecter les droits fondamentaux en déposant cette motion de rejet. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Exclamations sur les bancs du groupe RN.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).