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Discours du 1 octobre 2026

Gabrielle Cathala · Session ordinaire 2026-2027 · séance n°2

Commençons par une évidence : cette proposition de loi incomplète, associée à dix ans de désintégration des services publics, n’empêchera pas les hommes de violer ni de frapper.

Celles et ceux qui, assis sur ces bancs, prétendent le contraire, vous mentent. Ils mentent à des associations, à des victimes, à des parents, et, avant tout, à des enfants. Pourtant, la vérité sort de la bouche des enfants.Des enfants que vous privez depuis dix ans de cours d’éducation à la vie affective, reproductive et sexuelle. Ces séances, obligatoires de l’école maternelle à la terminale trois fois par an depuis 2001, sont pourtant indispensables pour que ces enfants apprennent à dire leur vérité par l’enseignement de l’égalité, du consentement, de la santé sexuelle et de la prévention des violences.Des enfants que vous privez, avec le soutien des députés macronistes, LR, PS, RN, d’un entretien annuel individuel de dépistage des violences sexuelles pour les aider à dire leur vérité. Cette disposition centrale de protection a été supprimée en commission pour sauver le misérable et dangereux questionnaire de M. Geffray. Des enfants sont agressés, frappés, violés : un ministre leur propose des cases à cocher.Des enfants de l’aide sociale à l’enfance (ASE) abandonnés à leur sort, dont la vérité n’a aucune importance à vos yeux, toujours placés dans des hôtels, des campings, des foyers saturés ou bien victimes d’exploitation sexuelle – ce texte ne propose strictement rien pour eux. (Applaudissements sur de nombreux bancs du groupe LFI-NFP.)Des enfants pour qui vous n’avez toujours aucun budget. Vous êtes là depuis dix ans et vous êtes toujours incapables de chiffrer le coût d’une réelle politique publique de lutte contre les violences faites aux enfants, car vous n’en voulez pas. Et on comprend très bien pourquoi, puisque le régime que vous avez installé est un régime néolibéral déjà autoritaire. Or dans ce régime où l’État de droit n’est plus qu’une fiction, vous préférez réprimer des enfants au lieu de les protéger – surtout lorsqu’ils sont racisés. (Mêmes mouvements.)Des enfants qui à vos yeux ne sont pas des citoyens, ni des sujets de droit, ni des semblables en humanité, mais des êtres de marché à mater. Or quand les enfants de ce pays prennent la parole devant leurs lycées pour demander des professeurs, des tables, des chaises, des conditions dignes d’apprentissage, un avenir qui ne soit pas décidé par un algorithme – des revendications concrètes et collectives –, vous leur répondez au lanceur de balles de défense. (Mêmes mouvements.)La vérité sort de la bouche des enfants. Mais le pays qui demande aux enfants victimes de violences de libérer leur parole est le même qui violente ceux qui la prennent. Le pays qui prétend ne pas avoir assez de policiers pour écouter les enfants et protéger ceux qui sont violés est le même qui en a toujours assez pour les gazer. (Mêmes mouvements.) Les seuls enfants et classes qui vous conviennent sont ceux qui se tiennent bien sages.Il y a huit ans, vous les aviez agenouillés, humiliés, mains sur la tête ; cet été, en pleine canicule, vous avez envoyé des camions de policiers pour crever leurs piscines en plastique ; aujourd’hui, vous leur envoyez des grenades, des tasers, des canons à eau. (Mêmes mouvements.) La France utilise des armes mutilantes interdites dans d’autres pays de l’Union européenne contre des enfants et brise leurs dents. Des enfants, des adolescents, qui ont pourtant pleinement le droit de participer à la vie politique.

La vérité sort de la bouche des enfants. Ils ont donc le droit d’être entendus. Le droit d’être entendu n’est pas une faveur que l’on accorde aux enfants sages. C’est un droit, le leur – dans le bureau d’une juge, dans le cabinet d’un médecin, et, aussi, dans la rue, devant leur lycée.La vérité sort de la bouche des enfants. Mais la seule parole d’enfant que ce gouvernement tolère, c’est le silence. La France aime se présenter en pays des droits de l’homme ; pour les enfants, elle est toujours le pays des droits des hommes : des hommes qui violent et qu’on épargne, des hommes qui matraquent et qu’on décore.En 2027, nous ferons l’exact inverse de ce que vous faites : nous mettrons fin à cette République qui tire sur ses enfants et les prive d’avenir. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Frédéric Maillot applaudit également.) Nous écouterons leur parole et nous tiendrons la nôtre.Je profite du temps qui me reste pour répondre à M. Attal, venu nous faire un discours de dix minutes complètement vide de candidat à 6 % dans les sondages.

Son bilan, ce sont 700 millions d’euros d’économies sur le dos de l’éducation nationale, ce sont des écoles sans infirmières et médecins scolaires, c’est le fait de s’en prendre à la rentrée à des jeunes femmes à cause de leur abaya et de leur mettre une cible dans le dos, tout ça pour masquer un bilan catastrophique, c’est la création du service national universel (SNU), désormais abandonné, c’est la création de Parcoursup, c’est une loi prétendument en faveur de la justice des mineurs, qui voulait envoyer des enfants de 16 ans en comparution immédiate et qui a été intégralement censurée par le Conseil constitutionnel, ce sont 2 000 enfants qui dorment tous les soirs dans la rue, ce sont 20 % des enfants qui arrivent à l’école le ventre vide. Avec un tel bilan, un homme devrait avoir honte de se présenter à l’élection présidentielle ! (Les députés du groupe LFI-NFP se lèvent et applaudissent. – Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe GDR.)

Ce n’est pas une affaire, c’est un infanticide !

L’article 1er soulève quelques difficultés dans le sens où, selon nous, il ne respecte pas la convention d’Istanbul. À la différence du texte que nous examinons, celle-ci définit les violences de genre en donnant une définition très claire du genre et non en dressant une liste d’articles du code pénal.Par ailleurs, je veux moi aussi revenir sur ce que l’extrême droite tente de faire avec cet article et les suivants. Un député UDR a tenté d’y inscrire les notions de masculinicide et de francocide et d’en supprimer celle de sexisme. On voit l’idée : mettre sur le même plan les féminicides et les masculinicides, qui n’existent pas, pour nier la violence patriarcale. Cela n’est pas surprenant de la part d’un député, M. Allegret-Pilot,…

…qui pense que la parité est une régression, que ses opposantes politiques sont des hystériques et des tocardes, que l’écart salarial est une fake news, et qui donne du crédit aux thèses de Richard Lynn, un chercheur dont le titre a été retiré en 2018 parce qu’il assurait que les femmes étaient moins intelligentes que les hommes.

Si masculinicides il y a, il faudrait en chercher dans toutes les fois où l’extrême droite a tué des hommes parce qu’ils étaient des militants antifascistes ou des personnes racisées. Je pense à Federico Aramburú (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs des groupes SOC et EcoS), tué par vos amis du GUD (Groupe union défense), à Djamel Bendjaballah, tué par un militant d’extrême droite, à Hichem Miraoui, tué par une personne qui voulait tirer sur la population maghrébine et partageait les thèses du Rassemblement national, à Ismaël Aali, tué le 6 janvier 2026, retrouvé mort dans un étang à côté duquel une vidéo révélée par un ami témoigne qu’il a été agoni d’injures racistes…

…et au meurtre d’un ancien légionnaire, candidat sur une liste RN à Bollène, tué par un militant proche du Rassemblement national. Je comprends donc que vous ayez retiré ces amendements, mais tout reste dans les archives, comme les messages antisémites de M. Bardella.

Vous auriez dû vous dire que, lorsque Mediapart… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’oratrice. – De nombreux députés du groupe LFI-NFP applaudissent cette dernière.)

Je m’interroge sur cette impossibilité de demander des scrutins publics,…

…d’autant plus que j’aimerais que l’extrême droite assume ses votes sur les amendements nos 38, 42 et 43. En tout état de cause, notre groupe refuse que l’examen se déroule dans ces conditions. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Nous demandons que la séance reprenne à 21 h 15 ou 21 h 30, si le problème technique ne peut être résolu avant. (Brouhaha sur divers bancs.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).