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Discours du 2 février 2026

Gaëtan Dussausaye · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°135

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Alors que nous arrivons enfin au bout des discussions budgétaires pour l’année 2026, deux options s’offrent à nous. Ce soir, ou bien votre gouvernement sera parvenu à imposer, contre toute raison budgétaire, contre tout sérieux comptable, contre toute ambition politique, un projet de loi de finances tout aussi mauvais que les précédents – c’est dire ! – ou bien, dans un ultime élan de dignité soudaine, de courage politique retrouvé et surtout de respect – je dis bien de respect ! – de la volonté du peuple, une majorité de députés aura enfin pris la sage et nécessaire décision de vous arrêter, c’est-à-dire de vous censurer.Chers collègues, souvenez-vous : cent quinze jours nous séparent du dépôt de la première copie budgétaire de ce gouvernement ultraminoritaire. Ces cent quinze jours, c’est le temps que vous avez estimé nécessaire, monsieur le premier ministre, pour user de la patience de chacun de nos concitoyens. C’est le temps qu’il vous aura fallu pour obtenir le soutien parfois assumé, parfois honteux, parfois même planqué – mais soutien quand même – de chacun des députés qui ne votera pas ce soir la censure avec nous.En bons macronistes, vous avez fait ce que vous savez faire de mieux : vous vous êtes joués des outils institutionnels qu’offre notre précieuse Constitution. Le budget doit rendre concrète l’ambition politique d’un gouvernement, indiquer la direction de l’impulsion qu’il souhaite donner au pays. C’est bien plus que la simple gestion des affaires courantes de l’État et de la continuité de l’action publique. Le budget, c’est une trajectoire, c’est un horizon qui permet aux forces vives du pays, aux familles, à ceux qui produisent les richesses nationales, de se projeter vers l’avenir – précisément parce que cet avenir est clairement défini.Le budget aurait aussi dû être le moment de vous racheter auprès des Français, en corrigeant les erreurs et les injustices que vos choix passés ont engendrées. Mais, en bons macronistes, vous n’avez évidemment rien fait de tout cela. Le seul objectif que vous avez poursuivi mordicus a été d’empêcher le retour aux urnes, le retour devant le peuple, afin de sauver vos places. Autour de cet objectif, vous avez été rejoint par le Parti socialiste et Les Républicains, qui sont désormais vos supplétifs. Pour cela, vous avez été prêt à tout : durant cent quinze jours, nous avons souffert, et les Français avec nous, de vous voir vous jouer des Français, de vous voir vous moquer des Français et, surtout, de vous voir mentir aux Français. « Il faut un budget, il faut un budget, il faut un budget ! » Mais pourquoi, et quel budget ?Cet impératif du budget à tout prix ne vous a pas permis d’en cacher la nature véritable. Oui, c’est un budget de défaite, de punitions et de nouvelles privations ; c’est un budget d’incompétence, élaboré par des incompétents qui, après avoir martelé sur les plateaux de télévision le mot « responsabilité », conduisent les comptes publics droit dans le mur. Et les semaines qui viennent ne feront qu’accentuer cette réalité – le pire, monsieur le premier ministre, c’est que vous le savez !Qu’avez-vous fait pour répondre à la crise sociale et à la crise du pouvoir d’achat ? Absolument rien. Alors qu’un Français sur quatre vit à découvert chaque mois, votre seule réponse est d’augmenter les taxes sur les mutuelles, de créer une nouvelle taxe sur les petits colis, d’aggraver le malus automobile, de raboter les allocations familiales pour plus de 1 milliard d’euros d’ici à 2028, ou encore – dernière mesure en date – d’empêcher les Français qui travaillent – je pense en particulier à nos jeunes apprentis – d’utiliser les fonds de leur compte personnel de formation (CPF) pour passer leur permis de conduire. (« Honteux ! » sur quelques bancs du groupe RN !)Qu’avez-vous fait pour réduire drastiquement le coût abyssal de l’immigration, comme vous le réclament des millions de Français ? Rien, absolument rien. Les chiffres sont tombés : en 2025, les premiers titres de séjour délivrés ont explosé de 11,2 %. La France a délivré plus de 1 000 premiers titres de séjour chaque jour ! C’est certainement ce qu’on appelle l’effet Retailleau.

Et ne parlez pas d’une immigration nécessaire à notre économie car, outre l’indécence de ce discours qui fait de la comptabilité avec les corps et les esprits des autres, les titres délivrés pour motif économique ont reculé de 13 % par rapport à l’année précédente. En bref, on accueille toujours plus, et ils travaillent toujours moins : encore l’effet Retailleau, sans doute.À ce sujet, le garde des sceaux, M. Gérald Darmanin, qui ne nous fait pas l’honneur de sa présence, toujours prompt à faire des annonces fracassantes pour exister médiatiquement, pourrait parler au reste du gouvernement de sa proposition de suspendre l’immigration régulière pendant deux ou trois ans – en particulier au ministre des affaires étrangères, puisque c’est lui qui porte seul la responsabilité de cette politique.En attendant, et malgré ces nouveaux records en matière d’immigration, rien, toujours rien sur les soins gratuits réservés aux clandestins ni sur les aides non contributives versées chaque année aux étrangers – on parle quand même de 18 milliards d’euros par an.

Qu’avez-vous fait concrètement pour réduire le déficit des comptes publics et vous attaquer au gaspillage de l’argent des Français ? Vous invoquez sans cesse le budget, mais cet argent n’est pas le vôtre : c’est celui des Français, en particulier de ceux qui travaillent ou qui ont travaillé.La réponse est simple : rien, absolument rien. Pas la moindre économie sur le millefeuille administratif, pas la moindre remise en cause des 1 244 agences et opérateurs publics, pas la moindre économie sur notre contribution nette au budget de l’Union européenne.Pire, vous augmentez notre contribution de 5 milliards d’euros supplémentaires. Mais au nom de qui, au nom de quoi ? Dans le même temps, la présidente de la Commission européenne, Mme Ursula von der Leyen, entend passer outre le vote des députés européens et – accessoirement, si tant est que cela vous intéresse – celui de cette assemblée, afin d’accélérer et de faire ratifier le plus rapidement possible l’accord de libre-échange avec le Mercosur. Votre seule réponse est d’augmenter la facture pour les Français : vous faites preuve d’une complaisance inouïe.Qu’avez-vous fait pour soutenir nos entreprises, quels que soient leur taille, leur localisation ou leur secteur d’activité ? Toujours rien, tragiquement rien. Vous faites même pire que rien, en augmentant la fiscalité sur les entreprises françaises pour près de 8 milliards d’euros et en revenant sur votre propre promesse de baisser les impôts de production, comme la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), qui ne diminuera pas d’un seul dixième de point cette année.Il ne suffit pas de placer cinq fois dans une phrase le mot de « responsabilité » pour faire oublier que votre budget, comme d’habitude, augmente la dépense publique de 37 milliards d’euros, et que votre budget, comme d’habitude, augmente les impôts pour près de 10 milliards d’euros, rien que pour l’année 2026.Et je ne parle ici que du scénario le moins défavorable. Car à la médiocrité et à l’injustice de ce budget s’ajoute également l’insincérité de vos estimations et de vos chiffres. Pour une fois, ce n’est pas seulement le Rassemblement national qui vous le dit. En effet, le rapport du sénateur Husson est très clair : la légèreté, voire l’absence totale de documentation apportée par le gouvernement laisse à penser sérieusement que le déficit et la dette pourraient s’écarter sensiblement des trajectoires que vous annoncez. Pour faire simple : il y aura bien, en 2026, un dérapage budgétaire, peut-être même plus grave que celui que vous annoncez aujourd’hui.

L’insincérité et le mensonge sont définitivement la marque de fabrique de ce gouvernement et, plus largement, de la Macronie. Deux exemples suffisent à l’illustrer, sans même rappeler la promesse de ne pas recourir au 49.3, promesse finalement trahie – quelle surprise ! – comme Marine Le Pen et Jordan Bardella l’avaient d’ailleurs annoncé.

Je veux parler de deux exemples récents et flagrants qui concernent tous deux le vote de votre projet de loi de financement de la sécurité sociale. Je dis « votre » PLFSS, car je rappelle que tous les groupes, à l’exception de trois d’entre eux, ont permis son adoption. Des députés LR,…

…en passant par les députés macronistes et les députés socialistes, mais aussi avec le soutien un peu honteux de députés écologistes, communistes et de quelques députés prétendument sans étiquette, vous avez tous permis le passage en force du PLFSS.Or un mois à peine après l’entrée en vigueur du texte, le Haut Conseil du financement de la protection sociale (HCFIPS) nous informe que le budget et le déficit annoncé que vous avez votés, main dans la main, sont d’ores et déjà faux. Seulement un mois après le vote – rendez-vous compte ! –, ils ne correspondent déjà plus à la réalité. Moins d’un mois suffit désormais pour que la réalité vienne s’opposer à vos propres estimations : le déficit des comptes de la sécu est désormais le pire déficit depuis la crise covid. Quelle prouesse, quel sérieux, quelle crédibilité !Second exemple : lors des débats, tous les groupes – à l’exception, bien sûr, des groupes du Rassemblement national et de l’Union des droites pour la République (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR) – ont voté l’augmentation de la contribution sociale généralisée (CSG) sur les revenus du capital.Opposés à toute augmentation de la fiscalité,…

…les députés du Rassemblement national vous ont sommés de dire ici quels produits d’épargne seraient ciblés par cette décision. Les assurances vie ? Les plans d’épargne retraite d’entreprise collectifs (Pereco) ? Les plans d’épargne logement (PEL), les plans d’épargne en actions (PEA) ? Vous, mesdames et messieurs les ministres, avez affirmé, ici même, droit dans les yeux des Français, que les plans d’épargne retraite ne seraient pas concernés par cette augmentation de cotisation.

Quinze jours ont passé, et les Français découvrent une nouvelle fois que vous leur avez menti : la CSG augmente bel et bien sur les plans d’épargne retraite !

C’est pourquoi nous n’avons pas confiance en vous. Comme des millions de Français, nous ne croyons plus un seul mot, un seul chiffre, une seule annonce, une seule promesse de votre gouvernement. Dans ces conditions, accepter de ne pas censurer le gouvernement ne signifie qu’une chose : le gouvernement reste et les Français paieront.Je veux vous faire une petite confidence. (« Ah ! » sur quelques bancs du groupe RN.) Une fois n’est pas coutume, j’en veux moins au gouvernement et à sa minorité présidentielle qu’à tous ceux qui ne le censureront pas en connaissance de cause. Certes, le gouvernement est celui qui commet la faute, et qui sait très bien qu’il la commet, mais il y a aussi celui qui le regarde faire, le laisse faire et qui, d’une certaine manière, l’encourage à faire.

Ne pas voter la censure, c’est plus qu’approuver le gouvernement macroniste, c’est l’accompagner et l’encourager ; c’est même y participer.Les mots que je m’apprête à prononcer ne le seront pas seulement au nom du Rassemblement national, mais au nom des millions de Français que vous connaissez, qui espèrent le changement, qui attendent l’alternance avec impatience et qui aspirent à tourner, le plus rapidement possible, la page du macronisme.Entendez et respectez ceux qui vous ont confié ce mandat, et soyez à la hauteur de celui-ci ! Votre peur des élections, du verdict des urnes et de la sagesse du peuple vous rend perméables aux pires contradictions.Je n’arrive pas à comprendre, sincèrement et du fond de mon cœur, comment on peut se dire de droite, prétendre vouloir alléger la pression fiscale qui pèse sur nos entreprises, tout en laissant faire un gouvernement qui augmente encore les impôts et fait payer en priorité la France qui travaille.Je ne dois d’ailleurs pas être le seul dans ce cas, au vu de la sanction électorale infligée hier à LR dans la troisième circonscription de Haute-Savoie. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.) Je salue la victoire de notre désormais collègue Antoine Valentin, élu à près de 60 % des voix au second tour.De même, je n’arrive pas à comprendre comment on peut se dire de gauche, être socialiste, écologiste ou communiste – ou ce que vous voulez – et laisser un gouvernement s’apprêter à supprimer 4 000 postes d’enseignants. Je ne le comprends pas. Comment peut-on être – et je ne parle pas seulement à la gauche – un député, un élu attaché à son territoire, et accepter que ce budget se traduise par de nouvelles fermetures de classes et d’écoles dans son territoire ?Je m’adresse particulièrement aux élus de la ruralité. J’en connais quelques-uns, notamment dans mon département des Vosges, qui hésitent encore sur leur vote. Vous connaissez mieux que quiconque l’importance d’une école, qu’elle soit maternelle, primaire ou les deux, dans la vie de nos villages.Vous savez mieux que quiconque que, lorsque l’école ferme, c’est aussi l’association des parents d’élèves qui disparaît, et avec elle tout un engagement profondément humain : celui de femmes et d’hommes, de parents qui ne comptent pas leur temps, en dehors de leur vie professionnelle et familiale, pour contribuer à l’organisation de la moindre fête, de ces moments de rencontre et de partage si précieux et essentiels à nos villages.Comment pouvez-vous accepter de laisser faire un tel gouvernement ? Je ne le comprends toujours pas, et vous savez vous-mêmes, parce que vous les entendez dans votre circonscription, que des millions de Français pensent exactement la même chose.Alors, un peu de courage ! Pour une fois, faisons fi des étiquettes, des divergences, des appartenances et des parcours politiques de chacun. Pensez à l’intérêt national et au bien commun.Si vous estimez être un bon député, utile à votre territoire et à ceux qui vous ont fait confiance, si vous avez le plus haut respect et la plus haute estime pour la démocratie, alors vous n’avez aucune raison de vous inquiéter de la dissolution. La dissolution, c’est l’espérance, celle de donner aux Français l’alternance avec un an d’avance. Oui, on peut faire autrement, sans excès, sans drame, pour peu que l’on fasse confiance au peuple français.Laissez le peuple donner à la France une majorité nouvelle. Laissez le peuple s’exprimer grâce à de nouvelles élections. Laissez le peuple choisir un gouvernement légitime, première condition au retour de la puissance. Laissez le peuple décider, par lui-même et pour lui-même. Pour cela, censurez ! (Les députés des groupes RN et UDR se lèvent et applaudissent vivement.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).