Discours du 4 mai 2026
Geneviève Darrieussecq · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°218
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Cette énième motion de rejet témoigne d’un acharnement à retarder les débats et à éviter la discussion.
Cette stratégie de blocage permanent relève du harcèlement parlementaire.
Tout cela est délétère pour la démocratie.De plus, sur le fond, vous tenez un double discours. D’un côté, vous ne voulez pas qu’autant d’argent soit consacré aux armées car, selon vous, les priorités sont ailleurs. Toutefois, de l’autre côté, vous énoncez le programme de M. Mélenchon, dont l’application nécessiterait beaucoup plus de dépenses que celles envisagées aujourd’hui.
Vous utilisez votre temps de parole pour dire n’importe quoi et faire des capsules vidéo.
Nous refusons cette manipulation et ne voterons pas la motion de rejet. (Applaudissements sur les bancs des groupes Dem, EPR et DR.)
Le monde change à grande vitesse et emporte avec lui le destin des peuples et de continents entiers vers la tragédie de la guerre : la guerre, désormais aux portes de l’Europe, la guerre qui fût notre passé et ne doit pas devenir notre avenir.Cependant, pour être respecté, il faut être fort.Nous n’insisterons jamais assez sur l’importance de la loi que nous discutons aujourd’hui. Sa raison d’être est précisément l’incroyable accélération de l’histoire, qui se déroule sous nos yeux.L’histoire nous oblige à faire preuve de lucidité. Elle nous contraint à la regarder avec gravité.La France a eu l’intuition que se désarmer et se placer sous l’ombre américaine deviendrait tôt ou tard une faiblesse. Mais la France, plus qu’aucun autre pays européen, est solide et peut compter sur son armée pour affronter les menaces qui l’environnent.Nous le devons à une politique d’indépendance qui a guidé notre politique de défense depuis le général de Gaulle. Nous le devons aussi à la volonté politique qui a été celle du président de la République depuis 2017, celle de doubler à terme le budget de nos armées en suivant une trajectoire rigoureuse, tenue et ambitieuse. Les crédits sont d’ores et déjà passés de 32 milliards à 57 milliards d’euros, l’objectif est d’atteindre 76 milliards d’euros en 2030.Cette trajectoire était nécessaire au regard de ce que nous apprennent les conflits du monde : guerres hybrides, investissement de l’espace, avènement de la robotique et des drones. Ce ne sont pas de petites évolutions, ce sont de profonds changements technologiques et, surtout, stratégiques, dont nous commençons à peine à mesurer les conséquences et qui nous obligent à anticiper l’avenir, pour que la France et les Français demeurent en sécurité dans un monde imprévisible.Pour ce faire, il faut des moyens et une coopération toujours plus poussée avec nos alliés européens. L’interopérabilité des armes est un enjeu majeur, dont nous avons tous conscience. Bien plus qu’une armée européenne, c’est notre capacité à mener des actions en commun qui comptera et assurera notre souveraineté bien loin des tentations isolationnistes, auxquelles certains ici s’accrochent comme à de vieilles lunes. Ce sont eux qui se trompent de monde et, ce faisant, ne font que renforcer notre faiblesse et nous placer dans la main de nos ennemis.La souveraineté exige que nous nous posions les bonnes questions pour une actualisation de la LPM qui doit consacrer des moyens supplémentaires à l’augmentation et à l’adaptation de nos capacités – 36 milliards d’euros tout de même !Le débat qui s’ouvre devra nous permettre de répondre à quelques questions. Comment favoriser la montée en puissance de la base industrielle de défense ? Comment accompagner les sous-traitants de la défense ? Avons-nous anticipé les besoins en main-d’œuvre qualifiée ? Où en sommes-nous de notre autonomie énergétique, sans laquelle nos armées pourraient se retrouver inopérantes ?Ce projet de loi tend à réviser la LPM. Il n’a donc pas vocation à traiter tous les sujets.Toutefois, il deviendra impératif que nous suivions avec la plus grande attention les évolutions stratégiques et que nous nous tenions prêts, collectivement, à réviser autant et aussi souvent que nécessaire la loi de programmation pour que la France se tienne aux avant-postes. Adaptation et innovation seront les maîtres-mots qui nous guideront dans les années à venir.Nous devons aussi compter sur la force morale de la nation et sur la résilience des Françaises et des Français, sur leur capacité à se préparer, non pas à la guerre, mais au renforcement de notre sécurité collective. Cette ambition se traduit dans le texte par la montée en puissance de la réserve opérationnelle et la création du service national volontaire : nous y adhérons totalement.L’adaptation de la loi de programmation miliaire permet de dégager des leviers structurants, que nous devons soutenir. Les travaux en commission ont dégagé des axes d’amélioration. Nous devons poursuivre en séance dans le même esprit, au nom de l’intérêt national.Madame la ministre, le groupe Les Démocrates a toujours été au rendez-vous pour nos armées et vous pouvez compter, une fois de plus, sur notre soutien et notre détermination.Permettez-moi de terminer en disant à nos militaires notre respect et notre profonde gratitude, pour leur engagement sans faille au service de la protection de la nation et des Français. Permettez-moi enfin de rendre hommage aux soldats morts pour la France ces dernières semaines. Nous leur devons tant. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem et sur plusieurs bancs du groupe HOR.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).