Discours du 17 novembre 2025
Gérault Verny · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°56
Collègues d’extrême gauche, je ne comprends pas cette motion. Tout au long du week-end, vous avez critiqué mon collègue Jean-Philippe Tanguy qui, pour préserver la santé des collaborateurs parlementaires et des personnels de l’Assemblée (Mme Élisa Martin mime un joueur de violon), a demandé une pause dans l’examen du PLF. Or, ce soir, vous déposez cette motion de rejet préalable pour aller vous coucher plus tôt ! C’est incompréhensible. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
S’il vous plaît, arrêtez de vociférer ! Il serait intéressant d’aller jusqu’au bout de l’examen du PLFG car il présente des chiffres étonnants. Comme l’a indiqué Jean-Philippe Tanguy, il comporte notamment cette importante erreur de prévision de TVA. Madame la ministre, vous réitérez ces prévisions dans le PLF pour 2026, ce qui signifie que nous aurons à nouveau cette discussion l’an prochain car vous surestimez la consommation de ménages exsangues, cela parce que l’État leur prend déjà beaucoup trop. On peut aussi constater dans ce texte que les entreprises sont prélevées de plus de 5 milliards supplémentaires d’IS alors qu’elles sont tout aussi exsangues.Il importe donc d’aller au bout de ce débat, d’amender ce texte comme il doit l’être, et, le cas échéant, de le voter ou non. En somme, il faut travailler : collègues d’extrême gauche, au travail ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe UDR. – Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Si ce PLFG ne se contente que d’enregistrer les faits, ces faits sont accablants. Il vient acter, une fois de plus, votre incapacité criante à redresser les comptes de la nation. Le gouvernement se félicite de pouvoir maintenir, conformément à la loi de finances initiale pour 2025, une prévision de déficit public à 5,4 % du PIB. Très bien – mais à quel prix ? Et, surtout, pour quel résultat ?Cette stabilisation, en réalité, n’a rien d’un succès. Elle provient exclusivement des recettes exceptionnelles : les 5,2 milliards d’euros d’impôt sur les sociétés effacent péniblement la perte de 5 milliards sur les recettes de la TVA, symbole d’une consommation en berne et d’une confiance qui se délite.Cette baisse de la TVA ne fait que révéler votre insincérité. La surévaluation systématique des prévisions de recettes sur la TVA – le PLF pour 2026 en donne encore un exemple – vous permet de camoufler le déficit réel et le surendettement auquel vous soumettez le pays.La baisse des recettes de la TVA est également le symbole d’une consommation atone : les Français sont si pressurés – entre les prélèvements de taxes, de charges et d’impôts – que le peu d’actifs que vous leur laissez ne leur permet tout simplement pas de vivre.
Les recettes de l’impôt sur les sociétés augmentent de 5 milliards – 5 milliards de plus prélevés sur des entreprises déjà exsangues. On devrait compter, d’ici à la fin de l’année, 69 000 faillites : autant de familles ruinées, encore plus de salariés au chômage et des pans entiers de l’économie qui tombent en lambeaux. Quelle ironie…
…que de voir que les taxes, en dépit de ce constat, vont encore augmenter et provoquer plus de drames encore. Tout cela parce que vous n’avez pas le courage de baisser les dépenses ! Cette hausse de 5 milliards témoigne de ce que vous voulez prendre toujours plus à ceux qui créent les richesses dans notre pays. (Mme Mathilde Feld s’exclame.) Avec le budget pour 2026, vous sacrifiez les entreprises sur l’autel de votre lâcheté.Ce déficit de 5,4 % du PIB n’est finalement pas maîtrisé – il est subi. Il s’écarte de 1,7 point de ce que le gouvernement avait lui-même inscrit dans la loi de programmation des finances publiques pour 2025. D’ici à 2027, il faudra ajouter 450 milliards de dette supplémentaire au passif du macronisme – et c’est ce que vous appelez la maîtrise des grands équilibres !Le PLFG confirme par ailleurs le niveau de la dette publique, à 116 % du PIB – soit le niveau record atteint durant la crise sanitaire, alors que l’économie était à l’arrêt. En 2025, la crise ne résulte plus de circonstances exceptionnelles ; c’est une crise structurelle du pilotage budgétaire.Cette dérive isole la France au sein de l’Europe. L’Espagne a réduit sa dette, l’Allemagne l’a ramenée à 64 % de son PIB et nos taux souverains dépassent maintenant ceux de l’Italie – situation impensable il y a encore quelques années. La charge de la dette est progressivement devenue l’un des premiers budgets de l’État. Cette spirale continuera tant que rien ne sera fait pour réduire les dépenses structurelles.Le gouvernement aime à répéter qu’il maîtrise la dépense mais les chiffres le contredisent. Ce texte révèle la lâcheté de vos choix passés. La dépense publique atteint 56,8 % du PIB, soit 1 687 milliards d’euros, pour une hausse en volume de 1,7 %, hausse supérieure à notre croissance potentielle. Aucun effort structurel, autrement dit, n’a été entrepris. Le solde structurel reste figé à 5,1 % et prouve que vous n’avez pas compris la nécessité de corriger ces déséquilibres profonds sans vous en remettre à des coups de pouce conjoncturels.Le PLFG montre également que, derrière les recettes exceptionnelles, rien n’a été consolidé. Alors que la France entre dans un cycle inédit de contraintes budgétaires, alors que les nouvelles règles de gestion devraient nous imposer une trajectoire crédible de réduction de la dette et alors que la charge des intérêts explose, nous ne pouvons pas nous satisfaire d’une politique déficitaire et des seules bonnes surprises de l’impôt sur les sociétés.Cette stratégie nous mène droit dans le mur : nous avons besoin d’une politique de finances publiques qui établit la confiance, lutte contre la dépense inefficiente, sécurise les recettes sans matraquer les contribuables et stabilise durablement la dette. Le texte reflète votre lâcheté et votre incapacité à replacer la France dans une trajectoire soutenable. Pour toutes ces raisons, notre groupe votera contre le projet de loi de finances de fin de gestion.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).