Discours du 21 novembre 2025
Gérault Verny · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°66
Bravo !
Économies !
Oui, bravo !
Dans cet hémicycle, tout le monde – le gouvernement compris –, à l’exception des derniers idéologues soviétiques, sait très bien dans quelle situation intenable nous sommes. Tout le monde sait que, de renoncement en renoncement, nous le paierons très cher.Depuis cinquante ans, nous voyons à l’œuvre un virus socialiste qui ronge les esprits. (Exclamations prolongées sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Il entretient l’idée que tout problème français appelle une taxe, une niche, un guichet, un nouvel organisme, mais jamais plus de travail, de production et d’innovation. À coups de guichets, de rentes économiques, d’administration boursouflée et hyperinterventionniste, nous avons offert aux uns des prébendes, aux autres des baronnies administratives pour acheter au pire un mandat, au mieux une paix sociale provisoire. Ainsi, on a figé le pays, ligoté ceux qui travaillent et mis les entreprises sous tutelle fiscale.Maintenant, vous venez chouiner en versant des larmes de crocodile sur les fermetures d’usine, alors que vous êtes les responsables de la désindustrialisation. (Exclamations sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP, SOC et EcoS.) Les ouvriers de France le savent et, désormais, ils votent pour l’alliance RN-UDR. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes UDR et RN. – Protestations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Le débat n’est pas idéologique mais d’abord arithmétique. En 2024, les prélèvements obligatoires représentaient 46 % du PIB, contre 40 % en moyenne dans l’Union européenne. La France est ainsi en tête du classement de l’OCDE selon le ratio des impôts sur le PIB, alors que la moyenne des pays développés tourne autour de 34 %.Pour la dépense publique, c’est la même histoire. Plus de 57 % de la richesse nationale est consacrée à la dépense, alors qu’en Allemagne, comme en moyenne dans la zone euro, cette proportion se situe autour de 50 %. Nous avons donc 7 à 8 points de PIB de dépense publique de plus que nos voisins.Surtout, et c’est le cœur du débat actuel, 80 % de l’écart de prélèvements obligatoires entre la France et la moyenne de la zone euro vient de ce que nous faisons peser sur les entreprises. (« Oh ! » sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Impôts de production, cotisations employeur ou fiscalité spécifique sur le capital productif, les seuls impôts sur la production représentent 4,4 % du PIB en France, contre 2,2 % en moyenne dans la zone euro et 1 % en Allemagne. Voilà la réalité : nous surtaxons la production, le travail et l’investissement, puis nous feignons de nous étonner de nos sous-performances économiques. Dans le même temps, l’impôt sur les sociétés reste à 25 % en France, au-dessus de la moyenne de l’OCDE, alors même que nous avons déjà un niveau de prélèvements obligatoires record. (Exclamations continues sur les bancs du groupe EcoS.)Comparez : les États-Unis lèvent des recettes fiscales à hauteur de près de 25 points de PIB, soit près de 20 points de moins que la France, tout en finançant un effort d’innovation et de défense sans commune mesure avec le nôtre. Pendant que nous débattons ici de surtaxes, de contributions, d’acomptes et de microdispositifs, la Chine, la Corée, Israël et les États-Unis repoussent les frontières technologiques. (Vives exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP, SOC, EcoS et Dem.)Madame la présidente, c’est compliqué de parler. (Mêmes mouvements.)Leur effort de recherche et développement représente entre 3 % et 6 % du PIB, tandis que cet effort en France reste autour de 2,2 %, à peine au-dessus de la moyenne européenne. Même les économistes les plus prudents le reconnaissent : notre problème central n’est plus seulement le déficit mais la faiblesse de notre production, de notre productivité et de notre taux d’emploi par rapport à l’Allemagne et à nos voisins.Or la première partie du projet de loi de finances verrouille ce modèle et consolide un niveau de prélèvements qui est déjà le plus élevé du monde développé. Elle refuse toute baisse significative et lisible des impôts de production. Elle empile des micromesures et des complexités qui entretiennent la mainmise de l’administration au lieu de libérer le travail et l’investissement.On nous explique qu’il n’y a pas de solution alternative, que la sincérité budgétaire nous impose ces choix, mais la vérité est que personne ne veut prendre ses responsabilités. Personne ne veut regarder en face la suradministration française ; personne ne veut remettre à plat la dépense publique et supprimer ses doublons ; personne ne veut assumer devant les Français qu’il va falloir sortir la tronçonneuse pour couper dans les dépenses improductives et desserrer l’étau sur la production. (Applaudissements sur les bancs du groupe UDR. – Exclamations sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP, SOC, EcoS et GDR et sur quelques bancs du groupe Dem.)Pendant que nous débattons sur quelques dixièmes de points de fiscalité, les autres innovent, les États-Unis, la Chine ou la Corée investissent massivement dans l’intelligence artificielle (IA), la robotique ou les technologies quantiques. (Vives exclamations sur les bancs des groupes SOC et Dem.)
Ceux qui me coupent ne croient pas au travail de nos forces vives. (« C’est fini ! » sur les bancs des groupes LFI-NFP, SOC, EcoS et Dem. – Les exclamations se poursuivent jusqu’à la fin de l’intervention de l’orateur. )
Comment voulez-vous que les travailleurs eux-mêmes, les entrepreneurs, les investisseurs y croient encore si, année après année, vous leur demandez toujours de financer davantage d’administration et moins de production ? Il est temps de rendre aux Français ce qui leur appartient. Rendez aux Français leurs capacités de travail et de production. Rendez aux Français… (Mme la présidente coupe le micro de l’orateur, dont le temps de parole est écoulé. – Les députés des groupes UDR et RN applaudissent ce dernier.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).