Discours du 25 mars 2026
Gérault Verny · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°179
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Dans les heures graves, une nation a trois devoirs : nommer l’ennemi, protéger les siens, tenir son rang.Je veux d’abord, au nom du groupe UDR, rendre hommage à l’adjudant-chef Arnaud Frion, mort pour la France en Irak le 12 mars, lors d’une attaque de drone. Élevé depuis à titre posthume au grade de major, il incarne le service, ce que notre pays a de plus noble. À sa famille, à ses frères d’armes, au 7e bataillon de chasseurs alpins, j’adresse l’hommage, le respect et la reconnaissance de notre groupe. J’y associe tous nos militaires, tous nos diplomates, tous nos agents qui tiennent aujourd’hui leur poste, loin de chez eux, dans des conditions de danger extrême.Je pense aussi à nos compatriotes encore exposés. Ils sont des centaines de milliers au Moyen-Orient. Leur sécurité, celle de nos emprises, celle de nos soldats déployés dans la région doit être la priorité absolue. Désormais, nul ne peut dire que la menace serait lointaine : à Abou Dhabi même, des installations françaises ont été frappées par des drones iraniens.Il faut donc parler clairement : le premier responsable du chaos régional est le régime iranien. Oui, le régime des mollahs est une théocratie rétrograde et brutale ; un régime qui opprime les femmes, emprisonne les dissidents et ensanglante la contestation ; un régime qui arme, finance et pilote les ennemis de l’Occident et de la France – le Hamas, le Hezbollah et les Houthis ; un régime qui fait de la haine d’Israël une boussole stratégique.L’Occident a tenté de négocier ; pendant ce temps, Téhéran avançait. La France ne peut plus se contenter d’être le témoin lucide d’une histoire écrite par les autres. Et qu’on ne vienne pas, une fois encore, nous servir les sermons sélectifs d’un droit international invoqué à géométrie variable ! Le droit international ne protège pas seulement les frontières ; il oblige aussi les États à ne pas devenir des puissances de déstabilisation permanente.
Or que voyons-nous ? Un régime qui viole les droits de son propre peuple à disposer de lui-même ; un régime qui menace gravement la sécurité d’un État reconnu par la communauté internationale ; un régime qui poursuit, malgré ses engagements, une trajectoire nucléaire.Alors, fallait-il attendre ? Fallait-il attendre que les mollahs disposent de l’arme nucléaire ? Fallait-il attendre que le chantage atomique d’une puissance islamiste vienne peser directement sur Israël, sur nos alliés, sur l’Europe et sur la France ?Le Liban, lui aussi, paye déjà le prix de cette stratégie iranienne. La menace centrale qui pèse sur le Liban, ce n’est pas Israël ; c’est le Hezbollah. Le Hezbollah, c’est l’État dans l’État, la milice qui confisque la souveraineté libanaise. Le Hezbollah, c’est le proxy armé de Téhéran sur la Méditerranée. Tant que cette organisation survivra comme puissance militaire autonome, le Liban restera prisonnier.C’est pourquoi notre soutien à l’armée libanaise doit être total. Lorsque les autorités libanaises elles-mêmes demandent le désarmement du Hezbollah, conformément aux résolutions de l’ONU, la France doit être au rendez-vous.Nous, Français, savons ce qu’est le Hezbollah. Nous savons qu’il a du sang français sur les mains. Nous n’avons pas oublié le Drakkar. Nous n’avons pas oublié nos parachutistes assassinés. Nous n’avons pas oublié que, derrière cette barbarie, il y avait déjà la main de l’Iran.Cette crise n’est plus seulement militaire. Elle est devenue énergétique et maritime. Elle est devenue économique. Quand Ormuz vacille, c’est l’économie mondiale qui chancelle. Quand les routes maritimes sont menacées, ce sont nos approvisionnements, nos exportations, nos filières industrielles, donc le pouvoir d’achat des Français, qui sont frappés.Le prix du gaz est multiplié par deux, celui du pétrole prend 80 %, donc celui des carburants augmente. Derrière ces courbes, il y a des fins de mois plus dures, des factures plus lourdes, des entreprises plus fragiles.Dès lors, l’État n’a pas le droit de se comporter en bénéficiaire passif de la crise. Quand une part massive du prix des carburants est constituée de taxes, il n’est pas acceptable de regarder les prix grimper et d’encaisser en silence des recettes supplémentaires liées à la guerre. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe EPR.)
Cet argent doit rester aux Français, non par des blocages administratifs absurdes, qui désorganisent les marchés et fabriquent des pénuries, mais par une baisse ciblée de la fiscalité sur l’énergie. Voilà la ligne juste : protéger sans mentir, soulager sans désorganiser.Sur le plan stratégique,…
…la France doit tenir son rang, protéger ses ressortissants, sécuriser ses emprises, défendre l’espace aérien de ses alliés, garantir la liberté de circulation maritime, contribuer à la réouverture durable du détroit d’Ormuz.Oui, le renforcement de notre présence navale va dans le bon sens. Oui, l’appui aux opérations de sécurisation maritime est conforme à nos intérêts. Oui, le soutien logistique à nos alliés face à une menace balistique et nucléaire est une nécessité stratégique. Refuser cela, ce serait choisir l’effacement. Or, l’histoire le montre, l’effacement se paie toujours plus cher que la fermeté.Mais être au rendez-vous de l’histoire, ce n’est pas seulement déployer des bâtiments, des frégates, des avions et des soldats. C’est aussi dire au pays la vérité sur l’état réel de nos moyens. En effet, on ne mène pas à crédit une politique de puissance. On ne tient pas son rang avec des stocks sous tension, un maintien en condition opérationnelle (MCO) contraint et des marges budgétaires épuisées. On ne proclame pas la souveraineté à l’extérieur quand on organise, à l’intérieur, la fragilité financière de l’État.
L’effort de défense progresse, et c’est heureux. Mais derrière l’affichage, l’exécution se tend et les reports de charges s’envolent. L’État dépense chaque année davantage pour assumer la charge de sa dette que pour financer son armée, voilà le vrai sujet. Le problème n’est pas seulement ce que nous annonçons ; le problème est ce que nous pouvons réellement tenir dans la durée.Oui, la France doit protéger ses ressortissants, ses soldats, ses emprises et ses intérêts. Oui, la France doit soutenir ses alliés face au régime iranien et à ses proxys terroristes. Oui, la France doit contribuer à la sécurité du détroit d’Ormuz et à la stabilité régionale.Mais pour que la France demeure une puissance, elle doit redevenir une nation sérieuse – sérieuse dans sa défense, sérieuse dans ses finances, sérieuse dans ses choix. Car il n’y a pas d’armée forte fondée sur des finances faibles. Il n’y a pas de puissance durable dans l’improvisation. Il n’y a pas de politique étrangère crédible quand la vérité budgétaire manque à la politique de défense.La France doit donc agir, agir avec sang-froid, agir avec fermeté, agir avec lucidité. Dans le monde qui vient, les nations qui comptent seront celles qui savent encore durer. (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).