Discours du 10 juin 2026
Gérault Verny · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°266
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Je veux d’abord rappeler un point essentiel : l’objectif des rapporteurs n’est pas de contester par principe l’indépendance de la banque centrale, ni même la nécessité de lutter contre l’inflation. La stabilité des prix est une condition de la confiance, du pouvoir d’achat et de l’investissement. Cependant, puisque la politique monétaire est puissante, qu’elle agit sur le crédit, l’investissement, l’immobilier, les entreprises, la charge de la dette, donc sur les finances publiques, elle ne peut être analysée comme une mécanique abstraite détachée de l’économie réelle. C’est là que le problème se pose.Nous sommes dans une situation très particulière. La France a enregistré une croissance négative au premier trimestre et, si le deuxième trimestre confirme les signaux que nous voyons dans les enquêtes de conjoncture, la France sera officiellement en récession technique au mois de juillet. Dans ce contexte, envisager une nouvelle hausse des taux ou un maintien très restrictif des conditions monétaires ne risque-t-il pas d’accélérer la récession au lieu de combattre réellement l’inflation ? L’inflation actuelle n’est pas une inflation classique de surchauffe, elle n’est pas causée par un excès de demande des ménages français ou par une euphorie de l’investissement productif. Elle est très largement liée à des facteurs exogènes : le choc énergétique, les tensions géopolitiques au Proche-Orient, les effets de la fermeture du détroit d’Ormuz, la hausse des prix du pétrole, du gaz, du fret et des intrants industriels.Or une hausse des taux ne rouvre pas un détroit, ne produit pas de pétrole, ne baisse pas le prix du gaz et ne récrée pas les chaînes d’approvisionnement. En revanche, elle renchérit le coût du crédit des entreprises, freine l’investissement, bloque les projets industriels, pénalise le bâtiment, fragilise la trésorerie des PME et augmente la charge de refinancement d’un État déjà surendetté. C’est ici que nous sommes en désaccord : si l’inflation vient d’un choc d’offre importé, on ne peut chercher uniquement à y répondre en agissant sur la demande, au risque d’ajouter au choc énergétique un choc de crédit et de transformer un problème temporaire de prix en affaiblissement durable de notre appareil productif. C’est une erreur économique majeure pour un pays comme la France, dont la croissance est déjà fragile, dont l’industrie est insuffisamment capitalisée, dont les entreprises supportent déjà un niveau de prélèvements et de charges considérables et dans lequel la dette publique rend très coûteux chaque point de taux supplémentaire.Ma ligne, qui est celle de l’UDR en commission des finances, c’est la défense de l’économie réelle. Nous ne pouvons pas demander à nos entreprises de réindustrialiser, d’investir, d’automatiser, de relocaliser, de décarboner, d’exporter, tout en leur imposant des conditions de financement incompatibles avec ces objectifs. Nous ne pouvons pas d’un côté parler de souveraineté industrielle et de l’autre organiser, par la politique monétaire, un rationnement du crédit qui frappe d’abord les PME, les entreprises de taille intermédiaire (ETI), le bâtiment, l’industrie et les projets de long terme. Quand les taux montent, ce n’est pas seulement une variable dans un modèle macroéconomique, ce sont des projets d’usines reportés, des machines qui ne sont pas achetées, des lignes de production qui ne sont pas modernisées, des entrepreneurs qui renoncent, des ménages qui ne peuvent plus acheter, des collectivités qui réduisent leurs investissements ; État consacre alors plus d’argent encore au service de la dette, au lieu de l’orienter vers la recherche, l’innovation, l’industrie, la défense, les infrastructures.Je veux également insister sur un point technique. La transmission de la politique monétaire à l’économie réelle n’est pas instantanée ; elle prend douze à dix-huit mois. Lorsque la banque centrale relève ses taux aujourd’hui, elle agit sur l’économie de demain, pas sur les prix du baril de cette semaine. Dans une économie déjà au bord de la récession, cela doit conduire à une grande prudence. La question n’est pas de savoir s’il faut lutter contre l’inflation – bien sûr qu’il le faut – mais quel type d’inflation nous combattons, avec quels instruments, dans quels délais, avec quel coût pour l’économie réelle.Si l’inflation est nourrie par une spirale prix-salaires et par une demande excessive, la réponse monétaire est cohérente. Mais si l’inflation est importée, énergétique, géopolitique, s’il y a des contraintes d’offre, la réponse doit être plus fine. Elle doit distinguer l’inflation de second tour de l’inflation importée et surveiller les anticipations, sans casser l’investissement. Elle doit préserver la crédibilité monétaire sans sacrifier l’appareil productif, afin que le remède ne soit pas plus destructeur que le mal.Ma conviction, c’est que la banque centrale doit rester indépendante du pouvoir politique, mais ne doit pas devenir indifférente à la récession, à la désindustrialisation, à l’investissement productif et à la situation concrète des entreprises. L’enjeu n’est pas de choisir entre stabilité des prix et économie réelle, mais d’éviter une politique monétaire trop mécanique qui, au nom de la lutte contre une inflation importée, aggraverait la récession française et affaiblirait encore notre souveraineté économique. C’est le point d’équilibre que nous devons retrouver.
Monsieur le ministre, à défaut de pouvoir poser la question à la Banque de France, je constate que le rôle de la Banque centrale dans la maîtrise de l’inflation grâce à son intervention sur les taux a été souligné de façon quasi unanime par les intervenants qui m’ont précédé.Toutefois, la forte inflation que nous avons connue après le covid a été importée. En l’absence de surchauffe de la demande intérieure, c’est la désorganisation mondiale des chaînes d’approvisionnement qui a entraîné une hausse des prix, sans rapport avec l’activité économique française, comme le démontre l’évolution de notre PIB. On peut aussi constater mathématiquement que sans la création d’une dette publique massive, nous serions en récession. La croissance économique de notre pays n’est que le fruit de cet endettement.Je m’adresse à vous, dont l’indépendance n’est pas garantie, contrairement à la Banque de France, pour connaître la position du gouvernement sur la volonté de la Banque centrale d’augmenter les taux d’intérêt. Nous ne sommes pas capables de fabriquer de la croissance sans créer une dette publique massive – le déficit sera encore de 5 % cette année. Cette hausse risque donc de n’avoir aucun effet sur notre croissance. D’ailleurs – je ne suis pas devin mais je sais compter –, l’économie française sera, selon toute probabilité, déclarée en récession au mois de juillet.
Non !
À rien.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).