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Discours du 15 janvier 2025

Guillaume Bigot · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°68

Paniqués par le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, certains appellent de leurs vœux l’avènement d’une souveraineté européenne. Répondons-leur tout de suite que ce qu’ils veulent est à la fois illégal et illégitime. L’article 3 de notre Constitution dispose : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum ». La suite fait écho à la Déclaration de 1789 : « Le principe de toute souveraineté réside dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément. » Vouloir la souveraineté européenne, c’est donc assumer une forfaiture ! Les représentants du peuple que nous sommes n’ont aucun droit à disposer d’une souveraineté inaliénable. Je vous le rappelle, chers collègues : nous sommes ici par la volonté du peuple et nous n’abdiquerons certainement pas au profit d’une bureaucratie européenne ! Vouloir la souveraineté européenne, c’est s’exclure de l’arc républicain – et, qui plus est, le faire au profit d’un leurre. « Concrétiser la souveraineté européenne » revient, si les mots ont un sens, à avouer qu’elle n’existe pas ; c’est poursuivre un mirage. L’Europe n’est pas un peuple, l’Union européenne n’est qu’une organisation internationale qui monte sur ses ergots pour jouer à l’État… Ersatz d’État, en vérité, sans peuple, sans légitimité, sans impôt, donc sans armée et sans force ! Vous dites à ce grabataire qu’est Bruxelles : « Lève-toi et marche ! » – mais cela ne marche pas. D’ailleurs, au sein de l’Union actuelle, à chaque fois que nous voulons agir « en Européens », nous devons nous synchroniser avec vingt-six autres pays n’ayant ni la même politique, ni la même culture, ni les mêmes intérêts ; chaque fois, nous devons passer sous les fourches caudines de la Commission, que de Gaulle décrivait déjà en 1965 comme un « aréopage technocratique, apatride et irresponsable ». Nous sommes ici à la jonction d’une question d’efficacité et d’une question de légitimité, puisque la Commission européenne allie la lourdeur de la bureaucratie soviétique à la lâcheté de la Société des nations (SDN). La Commission doit redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : un secrétariat, un organe technique. Oh, je sais bien : seule, la France serait trop petite pour nager dans le grand bain de la mondialisation. L’argument est matraqué quotidiennement depuis 1992 – mais répéter mille fois un mensonge n’en fera jamais une vérité ! Le succès de pays plus petits que nous, tels que la Suisse, Singapour ou la Corée du Sud, qui ne sont protégés par aucune organisation supranationale, souligne que la souveraineté est d’abord affaire d’indépendance, de cohésion et de volonté. Bruxelles ne sait que ligoter les États les uns aux autres, les lester de normes et les livrer pieds et poings liés à la concurrence internationale. Depuis l’élection de Donald Trump, nous assistons à un spectacle saisissant : les anciens vassaux de l’Amérique se dressent contre leur ancienne idole. Tous ceux chez qui la soumission à Washington relevait d’une seconde nature se mettent soudain à dénoncer l’insupportable ingérence des nouveaux dirigeants américains dans les affaires du Vieux Continent. Tous ces laquais de l’Amérique qui se retournent contre leur ancien maître, voilà de quoi surprendre. Thierry Breton et Emmanuel Macron nous expliquent qu’Elon Musk et Donald Trump mettent en péril l’indépendance de l’Europe. Mais où étaient-ils lorsque l’ambassade des États-Unis finançait et diffusait le communautarisme dans nos banlieues ? Ceux qui ont appointé des cabinets américains comme McKinsey, en leur confiant des données du gouvernement français, qui ont déposé les données de santé des Français dans le cloud de Microsoft, qui ont vendu nos turbines à General Electrics feignent de découvrir l’extraterritorialité et, in fine , l’impérialisme d’une Amérique, dont ils étaient, hier encore, les premiers promoteurs. S’alarmer des effets du réseau social X, n’est-ce pas dérisoire lorsque l’on sait que le Patriot Act oblige les entreprises américaines à transmettre au gouvernement des États-Unis les données collectées à l’étranger ? La souveraineté ressemble à la charité : elle commence par soi-même. Commençons par redevenir souverains et nous aurons peut-être une chance d’entraîner nos alliés et voisins européens. Nous ne sommes pas contre l’Europe, mais nous voulons une Europe des réalités : une Europe démocratique et pragmatique. Avant Maastricht, nous faisions le Concorde et Ariane ; à présent, l’UE est fière d’attacher les bouchons aux bouteilles en plastique ! Il faut passer de la méthode Monnet, ce grand patriote américain dont les cendres mériteraient d’être transférés au cimetière d’Arlington, à la méthode Airbus : celle d’une coopération flexible et efficace entre nations souveraines. Comme le voulait le général de Gaulle : « L’Europe ne se fera pas contre les nations, mais avec elles. » C’est cette Europe-là que nous voulons et, d’ailleurs, il ne peut y en avoir d’autres. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).