Discours du 5 mai 2025
Guillaume Bigot · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°182
En confirmant la volonté, exprimée par le Parlement européen, de conditionner tout nouvel accord entre Bruxelles et Alger à la libération de Boualem Sansal, la proposition de résolution que nous examinons va dans la bonne direction. Elle le fait sans pour autant avancer d’un millimètre, puisqu’aucun levier de pression national n’est envisagé. Le groupe RN aurait aimé un texte plus courageux, plus ambitieux, mais nous soutiendrons celui proposé par notre collègue Constance Le Grip.Soutenir ne nous oblige pas à être dupes. N’oublions pas qu’en commission, le 9 avril, Mme Le Grip rejetait avec dédain les propositions plus fermes formulées par notre collègue Manon Bouquin, parce que membre du Rassemblement national. Or ces amendements reprenaient mot pour mot ce que Mme Le Grip avait elle-même proposé le 4 mars. N’oublions pas non plus que le bloc central, auquel appartient Mme Le Grip, soutient un ministre des affaires étrangères qui se fait balader à Alger, tel un touriste étourdi dans un souk. Mais il y a plus grave : la lâcheté d’une certaine gauche…
…et de certains centristes qui ont refusé l’envoi d’une mission médicale internationale pour Boualem Sansal. À tous ceux-là, qui préfèrent la soumission à la solidarité – parmi lesquels certains osent encore se prétendre insoumis –, je rappellerai cette phrase de l’auteur, qui devrait les inciter à réfléchir : « Il s’était rendu coupable de haute mécréance, un crime par la pensée, il avait rêvé de révolte, de liberté et d’une vie nouvelle […]. »Le seul crime de Boualem est de bien écrire le français, d’aimer la France et de dire la vérité. Aux yeux des potentats d’Alger, c’est une atteinte à la sûreté de l’État. Le régime ne peut supporter le miroir que lui tend Sansal et qui lui renvoie sa médiocrité. Le miroir risque donc de finir brisé : cinq ans de prison pour un octogénaire souffrant d’un cancer, c’est déjà une condamnation à mort – sans compter que les opposants incarcérés dans les geôles d’Alger connaissent souvent une fin tragique. Mais s’ils le tuent, Boualem aura gagné. Mon ami, si tu meurs, tu auras été un martyr de la liberté, un témoin de ce que la force ne peut rien contre la grandeur d’âme. S’il venait à mourir en tenant tête à ses bourreaux, Boualem aurait gagné, mais la France aurait, quant à elle, perdu bien plus qu’un de ses fils.En effet, Boualem nous tend à nous aussi un miroir peu reluisant de ce que nous sommes en train de devenir. Que vaut la protection d’un passeport français ? S’il avait été Américain, Boualem serait déjà libre. Qu’avons-nous fait pour le protéger ? Ce n’est pas faute de disposer de leviers pour agir face à ce régime corrompu et isolé : suspension de l’aide au développement, réduction du nombre de visas, dénonciation de l’accord de 1968, entre autres. Combien de caciques algériens se font soigner dans nos hôpitaux ? Combien de biens mal acquis par les généraux se trouvent à Paris ? Mais la kleptocratie algérienne sait bien que vous n’oserez jamais frapper là où ça fait mal. Le régime torture ce vieil homme avec la perversité de ceux qui savent qu’ils resteront impunis.Il fut un temps, pas si lointain, où les persécutés du monde entier tournaient leurs yeux vers la France, sachant qu’ici, depuis des siècles, la force et l’humanité marchaient la main dans la main. Aujourd’hui, le monde voit que la France abandonne l’un des siens, un écrivain francophone mondialement reconnu. Dans le même temps, des faux demandeurs d’asile déferlent, et on laisse faire. Où est la cohérence ? Où est la justice ? On abandonne un Algérien qui n’a jamais cessé de nous témoigner son amour fou, jusqu’à en mourir, et l’on tremble devant une poignée de Franco-Algériens excités et séparatistes. Où est la cohérence ? Où est la justice ?On comprend donc que si Boualem venait à mourir, ceux qui, chez nous, de petits en grands arrangements, de petites en grandes compromissions, courbent l’échine s’en trouveraient peut-être soulagés. Thomas Jefferson disait : « Tout homme libre a deux patries : la sienne et la France. » C’est sans doute aussi ce que croyait Sansal lors de son arrestation, le 16 novembre dernier. Si Boualem venait à mourir, une certaine idée de la France s’éteindrait.Je demande solennellement à Mme la présidente de l’Assemblée nationale que le portrait de Boualem Sansal soit accroché aux grilles du Palais-Bourbon tant qu’il sera privé de liberté, au même titre que ceux des deux journalistes actuellement retenus en Iran. Mes chers collègues, il ne s’agit plus seulement de défendre un homme, mais de défendre ce que nous sommes. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).