Discours du 6 mai 2025
Guillaume Bigot · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°183
Je réponds à notre collègue que, bien évidemment, l’Algérie ne souscrit pas aux valeurs du Conseil de l’Europe, puisque – cela n’aura échappé à personne – ce pays n’est pas une démocratie et ne respecte pas les droits humains. C’est justement ce qui nous réunit et nous conduit à examiner ce texte. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN. – M. Philippe Gosselin applaudit également.)
Nous soutenons le travail de Mme la rapporteure, qui va dans la bonne direction. Et pourtant, les choses n’avancent pas d’un millimètre. Pourquoi ? Parce qu’aucune mesure supplémentaire n’est prise. Seul le Parlement européen a envisagé de conditionner un nouvel accord avec l’Algérie à la libération de Boualem Sansal. Qu’avons-nous fait en France pour défendre notre compatriote ? Rien ! La proposition de résolution va dans la bonne direction mais reste symbolique et déclamatoire. Alors que l’Algérie ne cesse de nous tordre le bras, de la riposte graduée du gouvernement à son égard, qu’on nous a tant vantée, on ne voit que le premier grade. Il n’y en a pas de deuxième ou de troisième ; en réalité, il n’y a pas de riposte du tout !Il n’est guère étonnant qu’on invoque sans cesse l’Europe : dans cette affaire, elle seule agit.Il y a quelque chose de scandaleux dans ce débat. Le peuple algérien, auquel je m’adresse directement, ne mérite pas ce régime inique, aux ordres de Moscou (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR), qui bafoue les droits de l’homme…
…et gâche toutes les chances de l’Algérie, malgré les ressources naturelles et touristiques extraordinaires de ce pays. Ce grand peuple est bafoué, comme l’est Boualem Sansal, et vous vous couchez devant ce régime qui les piétine. C’est inacceptable ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
C’est faux !
Tout le monde a vu, cher collègue de La France insoumise, que vous draguiez outrageusement l’électorat franco-algérien. Non seulement vous prenez en otage le peuple algérien, en présupposant ce qu’il veut et pense, alors qu’il est muselé par une dictature, mais vous vous permettez aussi de parler au nom des Franco-Algériens.
Je vous rappelle, cher collègue, que nous sommes élus par des citoyens français à part entière. L’honneur de notre République, c’est de ne tenir compte ni des origines, ni des cultes, ni de la couleur de peau des électeurs.
Nous sommes dans une République une et indivisible. Et nous ne vous laisserons jamais la diviser. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)Par ailleurs, vos mots-valises grotesques n’abusent personne. Si être d’extrême droite, c’est défendre un innocent ; si être d’extrême droite, c’est défendre un grand intellectuel ; si être d’extrême droite, c’est défendre un compatriote ; si être d’extrême droite, c’est être ulcéré par la montée de l’antisémitisme ; si être d’extrême droite, c’est être ulcéré par une propagande électorale qui s’adapte en fonction des origines, alors vous pouvez dire que nous sommes d’extrême droite ! Nous ne sommes en réalité que des partisans de la souveraineté nationale et populaire ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Madame Oziol, Boualem Sansal est un ami, et je ne vous laisserai pas dire que nous nous désintéressons de son sort, d’autant qu’il peut mourir à tout moment, l’espérance de vie des opposants politiques dans les prisons algériennes étant très faible.La diplomatie consiste évidemment à dialoguer avec ceux avec lesquels on est en désaccord. Mais pour dialoguer, il faut être deux.
Nous avons tenté d’instaurer un dialogue apaisé. Les gages qui ont été donnés à l’Algérie dès avant l’élection d’Emmanuel Macron sont absolument inédits. Pour quel résultat ? Aucun. Nietzsche nous dit que la lâcheté attise la cruauté : c’est la seule conclusion que l’on peut tirer.Vous vantez le principe d’une diplomatie apaisée, mais le ministre Barrot, descendant de Talleyrand, a été baladé par le régime algérien tel un vulgaire touriste dans un souk. (Sourires sur quelques bancs du groupe RN.)
Le 6 avril, il nous a expliqué que cette diplomatie allait apporter des résultats. Moins d’une semaine plus tard, douze agents diplomatiques et consulaires français étaient expulsés par l’Algérie. Si vous appelez cela un apaisement…Pour terminer, cessez vos leçons de morale. L’apaisement, c’est le terme que l’on utilisait dans l’entre-deux-guerres, lors des accords de Munich. Je ne sais pas qui est l’héritier de ces accords, mais j’ai une petite idée. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Nous allons voter cette résolution présentée par notre collègue Le Grip : en politique, les symboles comptent. Nous demandons solennellement la libération de notre compatriote innocent.Mais je tiens à souligner que ce texte ne contient absolument aucun levier supplémentaire ; nous qui représentons la nation, nous ne faisons que nous cacher derrière le petit doigt de l’Europe.Il y a là un paradoxe, très simple à comprendre : beaucoup d’États membres de l’Union dépendent de l’Algérie pour leur approvisionnement en gaz, mais ce n’est plus le cas de la France – le gaz algérien ne représente que 8 % de notre consommation. Nous disposons, de plus, d’énormes leviers : autour de nous, à Paris, combien de biens mal acquis par les généraux algériens ?
Combien de caciques algériens qui viennent se faire soigner dans nos hôpitaux – des diplomates que je ne citerai pas, pour ne pas les mettre en difficulté ? Il ne saurait être question de confondre le grand peuple algérien avec ce régime absolument inique. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)Voici la vérité de ce régime : il a arabisé de force un pays francophone, un pays qui parlait aussi kabyle. Mais l’arabisation, ce n’est pas pour ses enfants !
Ce grand peuple est maintenu sous le joug d’un régime qui ne cesse de vilipender la France matin, midi et soir. Que nous disent nos diplomates ? Que les femmes des dignitaires du régime algérien prennent des passeports de service pour aller chez le coiffeur à Paris – aller-retour dans la journée, avec l’argent volé aux Algériens. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Voilà la vérité de ce régime que vous soutenez ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)J’ai entendu dans ce débat des réactions stupéfiantes. On nous reproche de faire de la récupération ; mais, dans un débat dont l’enjeu est de sauver la peau d’un de nos grands intellectuels pris en otage par l’Algérie, notre collègue de LFI a réussi à caser le mot « Israël ». C’est stupéfiant ! Pour ce qui est de la récupération, vous êtes des maîtres : nous prenons des leçons ! (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Il y a peut-être là un lien, puisque ce régime inique est aussi un régime antisémite. Je vous rappelle que le président Tebboune a exigé que Boualem Sansal n’ait pas un avocat juif. C’est une honte ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)Le seul crime de Boualem Sansal est d’aimer la France jusqu’à en mourir. Son seul crime est de bien écrire le français, ce qui, d’après le général de Gaulle, revient déjà à servir la France. Son seul crime est de dire la vérité. Aux yeux des généraux algériens, ces fautes sont absolument impardonnables. On tue toujours ceux qui disent la vérité. Le régime ne peut supporter ce miroir de sa médiocrité, qui doit finir brisé. Cinq ans, pour un homme de 80 ans, atteint d’un cancer, c’est déjà une condamnation à mort. Nous, nous nous intéressons au peuple algérien persécuté – nous savons que les opposants meurent rapidement dans les prisons.Je le dis solennellement : s’ils tuent Boualem, mon ami Boualem aura gagné. Il aura gagné parce qu’il aura témoigné de ce que la force ne peut rien contre la grandeur d’âme. S’il venait à mourir en tenant tête à ses bourreaux, il aurait gagné.
Mais la France, elle, aurait perdu bien plus qu’un ami, bien plus qu’un grand écrivain, bien plus qu’un de ses enfants. Car Boualem nous tend aussi un miroir – un miroir peu reluisant – de ce que nous sommes en train de devenir. Que vaut le passeport français ? S’il avait été américain, tout le monde le sait, Boualem Sansal serait déjà libre à l’heure qu’il est. Qu’avons-nous fait pour le protéger ? Rien. Alors le régime torture ce vieil homme malade avec la perversité de ceux qui se savent impunis. S’ils ont pris Boualem Sansal, c’est pour en faire une monnaie d’échange, mais c’est aussi pour nous humilier. On comprend donc que si Boualem venait à mourir, vous, de petits en grands arrangements, de petites en grandes compromissions, vous qui courbez l’échine, vous vous en trouveriez soulagés.Thomas Jefferson disait que tout homme libre a deux patries : la sienne et la France.
Il fut un temps, pas si lointain, où les persécutés du monde entier tournaient leurs yeux vers la France.
Le monde entier constate aujourd’hui que la France est incapable de protéger un de ses grands intellectuels.
On abandonne un Algérien qui n’a jamais cessé de nous témoigner son amour. S’il venait à mourir, ne doutons pas qu’une certaine idée de la France s’éteindra avec lui. Je demande donc solennellement que le portrait de Boualem Sansal soit, comme ceux des deux journalistes qui sont détenus, accroché aux grilles du Palais-Bourbon tant qu’il demeurera privé de liberté. Il ne s’agit pas seulement de défendre un innocent, mais aussi de défendre ce que nous sommes. (Les députés des groupes RN et UDR se lèvent et applaudissent longuement.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).