Discours du 19 novembre 2025
Guillaume Lepers · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°60
Je vois certains collègues sourire, ils pensent que le sujet n’est pas important. Or j’affirme que l’heure est grave. Ce problème de concurrence déloyale ne fait que commencer, nous ne voyons que la partie émergée de l’iceberg.Il y a quelques semaines, j’avais évoqué ce sujet, qui n’était pourtant pas d’actualité, dans le cadre des questions au gouvernement par peur que, le jour où un jouet tuera un gamin, où une décoration de Noël brûlera une maison, où un vêtement blessera un enfant, un de mes concitoyens vienne voir le parlementaire que je suis et me reproche de n’avoir rien fait pour empêcher ces drames. Car il est parfaitement vrai que ces produits sont non conformes. En outre, ils ne sont pas soumis à des droits de douane et leur valeur donne lieu à des fraudes massives.Quelqu’un a dit aujourd’hui que ces produits ne tuaient pas les enseignes de cœur de ville. C’est faux ! Les enseignes tombent les unes après les autres, dans l’indifférence générale. Et puisque la question du recyclage a été abordée cet après-midi, je rappelle qu’il est impossible de recycler ces produits.Vous refusez cette taxe sous couvert de protéger le pouvoir d’achat des Français. Vous vous trompez – nous en reparlerons dans quelques années. Si nous ne mettons pas fin à cette catastrophe dès aujourd’hui, je vous garantis nous en paierons le prix dans les années à venir. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.)
Je ne reviendrai pas sur la gravité des faits. Je sais que l’augmentation de la taxe sur les petits colis que prévoit cet amendement n’est pas la solution idéale, qu’il y en a beaucoup d’autres et que c’est un ensemble de décisions complémentaires qui nous permettront de lutter contre ces géants qui dévastent nos commerces et nos centres-villes.Je m’adresse à ceux qui se disent fans de Trump : lui, il a réglé le problème puisqu’en quelques mois, il a réussi à faire baisser de 65 % les importations de Shein et s’est débarrassé de cette difficulté.Ce n’est pas une solution idéale mais il faut qu’on l’adopte. Un montant de 5 euros correspond à un juste milieu entre des sommes excessives – 25 ou 10 euros – et celle, trop modeste, de 2 euros.Quand j’entends ricaner dans les coins, j’ai l’impression qu’on ne prend pas le problème au sérieux. Je vous le dis : nous ne sommes qu’au début des difficultés et il est peut-être déjà trop tard !
Si nous ne réagissons pas maintenant, c’est foutu pour nos industries et nos commerces ! Dans quelques années, il ne faudra pas pleurer ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe DR.)
Qu’ils paient des droits de douane !
J’aimerais simplement revenir sur le prix payé par le consommateur. Beaucoup disent que la taxe sera répercutée sur le consommateur, mais il faut bien comprendre que le prix affiché sur les plateformes est un faux prix ! C’est un prix qui n’intègre aucun contrôle des matières premières et sur lequel n’a pas été appliqué le moindre droit de douane. Or le contrôle des matières coûte cher – il est effectué en laboratoire –, tout comme les contrôles sociaux et environnementaux !
Il est faux de dire que ces coûts peuvent être reportés sur les produits en question, dont le prix est totalement déloyal et irréaliste. Le débat est biaisé parce que nous parlons d’un prix qui n’est pas juste ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LIOT. – M. Raphaël Schellenberger applaudit également.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).