Discours du 25 juin 2026
Hadrien Clouet · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°284
Il est bizarre, comme cela a été dit tout à l’heure, de discuter devant des rangs qui ont été désertés – même si on a l’habitude que l’extrême droite déserte dans les moments importants de l’histoire nationale. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.) C’est sans doute d’ailleurs la raison pour laquelle elle n’a pas été invitée hier à une grande cérémonie, les continuités historiques faisant foi.La question de l’immigration, est-ce, aujourd’hui, en France, celle des mariages ? Non ! C’est celle des privations de droits dont sont victimes des centaines de milliers de personnes. (Mêmes mouvements.) Dans la plus belle ville du monde, comme l’a dit avec une grande justesse mon collègue François Piquemal,…
…nous avons connaissance chaque jour de personnes salariées, travailleuses, travailleurs qui, contribuant nuit et jour à l’avenir de la nation et à l’intérêt général du pays, se retrouvent en butte à des services préfectoraux qui, soit sont débordés, soit appliquent des dispositifs iniques, injustes et racistes à l’égard de celles et ceux qui sont venus travailler à nos côtés.J’ai récemment adressé un courrier au préfet de la Haute-Garonne, qui est d’ailleurs sur le départ, pour un certain Idriss, qui vit en France depuis maintenant dix-sept ans. Il a construit toute sa vie adulte dans notre pays et travaille dans l’hôtellerie et la restauration. Il a fait tout le parcours : après des CDD à n’en plus finir, il a réussi à accéder à un CDI. Il a réuni – tenez-vous bien ! – les attestations de tous ses employeurs, de toutes les associations de son quartier, à la vie desquelles il contribue, et même des témoignages de clientes et de clients des différents bistrots, bars et restaurants dans lesquels il a travaillé.Pourquoi a-t-il été obligé de faire le tour de ses connaissances et de venir avec une centaine de papiers à la préfecture ? Parce qu’il a été frappé par une obligation de quitter le territoire français, qui n’a absolument aucun sens. On veut l’envoyer dans un pays avec lequel il n’a plus aucun lien. Aucun ! (Le temps de parole étant écoulé, M. le président coupe le micro de l’orateur.)
Scandaleux !
Oui, votons !
C’est scandaleux !
Puisque les députés d’extrême droite, RN et UDR, sont tout aussi absents aujourd’hui qu’hier, au Panthéon, à la cérémonie en hommage à Marc Bloch, je veux leur lire un extrait d’un texte de ce même Marc Bloch, issu des documents du Cercle de Montpellier, écrit au milieu de la seconde guerre mondiale : « Le racisme et le nationalisme n’ont su et ne sauront jamais que mener la domination d’un peuple sur un monde d’esclaves, acculés ainsi à l’abrutissement ou à la révolte permanente. » Comme quoi, il savait déjà très bien décrire l’UDR et le RN à l’époque. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)
S’il fallait résumer le message, je dirais : Siamo tutti anti-Ciotti ! (Sourires et applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Je profite de l’absence des députés d’extrême droite pour avoir une pensée pour les salariés de ce pays (Applaudissements prolongés sur les bancs du groupe LFI-NFP, dont les députés se lèvent, ainsi que sur les bancs des groupes SOC et EcoS, dont quelques députés se lèvent. – Mme Karine Lebon applaudit également) qui, eux, travaillent parfois par 40 degrés sur des chantiers, dans des préfabriqués, dans le service public, dans les entreprises, sur les marchés, et qui ne vont pas à la buvette boire une eau de Vichy !Ils sont victimes d’un gouvernement qui ne les informe pas sur leurs droits, notamment sur le droit de retrait, créé en 1982. À celles et ceux qui nous écoutent de l’extérieur, je veux dire : n’oubliez pas qu’en cas de péril et de danger grave et imminent, vous pouvez exercer le droit de retrait, pour préserver votre santé ou celle de vos collègues. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.) Il suffit d’écrire un e-mail à votre employeur, sans attendre son visa pour le faire. Vous avez le droit à la protection, à la santé et à la sécurité.Alors qu’eux, sur ces bancs, désertent pour se planquer parce qu’ils n’aiment pas bosser et qu’au bout d’une demi-heure, ils sont fatigués, je sais que nombreux sont ceux qui, dehors, veulent faire leur boulot du mieux qu’ils peuvent. Je leur dis : ne vous mettez pas en danger ! Connaissez vos droits et exercez-les !L’année prochaine, avec Jean-Luc Mélenchon, nous instaurerons enfin la limitation du temps de travail en période caniculaire. Au-delà de 33 degrés, quand la vie humaine est en jeu, il est plus important de protéger les salariés que d’accumuler du capital. Voilà comment nous voyons la vie et l’existence et voici ce que nous ferons dans un an. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Mmes Ségolène Amiot et Anne Stambach-Terrenoir se lèvent pour applaudir.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).