Discours du 22 juin 2026
Hanane Mansouri · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°279
Ce sont à nouveau des amendements de sémantique et, dans sa générosité, mon collègue Gérault Verny vous fait plusieurs propositions.Vous avez raison, nous revenons à des questions de sémantique à chaque lecture – ce sera au moins la troisième –, mais c’est parce que nous n’obtenons jamais de réponses, ni moi ni d’autres. Vous refusez de mettre des mots précis sur l’acte qui va être accompli. Certes, nous parlons de personnes en fin de vie, mais cet acte provoquera la mort, et je me demande sincèrement pourquoi vous refusez de le nommer en conséquence. Est-ce parce que vous-mêmes vous avez peur et que vous avez conscience de la violence qu’il y a à donner la mort ? (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe SOC.)
J’ai bien noté que ma précédente prise de parole ne vous avait pas plu mais le sujet est important. Nous sommes en train de produire du droit qui, à n’en pas douter, sera source d’un important contentieux une fois que des personnes seront mortes – mais c’est un autre sujet, sur lequel nous reviendrons.Si vous vous fichez d’écrire le droit avec précision, pensez au moins aux gens qui nous regardent et qui ne comprennent pas ce que nous sommes en train de faire. Nous en sommes peut-être à la troisième lecture, mais tout le monde n’a pas suivi nos débats depuis l’origine, et, lorsqu’on entend parler de droit à l’aide à mourir, on est enclin à penser que c’est un droit plein d’humanité. Quand on décrit, en revanche, avec des mots précis ce qui est une mort « intentionnellement provoquée », alors le sentiment est tout autre. Par sincérité, par esprit démocratique et pour permettre à chacun de comprendre de quoi nous parlons, je vous invite donc à adopter ces amendements.
Du coup, c’est ça la réponse ?
Je vous écoute.
Ce n’est pas la même chose !
Madame Simonnet, je n’ai pas bien compris ce que l’IVG venait faire dans le débat. A priori, l’IVG concerne des fœtus non vivants ; notre débat concerne des êtres humains et vivants.
Ensuite, pardonnez-moi, mais nous discutons de la définition de ce que nous allons proposer aux Français, si j’ose dire. C’est à cet endroit du texte qu’il faut choisir les mots les plus précis. Cette discussion sémantique est essentielle, nous devons l’avoir, sinon tout le débat sera faussé.Monsieur le rapporteur général, je vous remercie pour le semblant de réponse que vous, contrairement à Mme la rapporteure, m’avez apportée, mais lorsque vous dites que l’expression « droit à l’aide à mourir » est claire, ce n’est absolument pas le cas : c’est une expression englobante, qui comprend les soins palliatifs, qui intègre aussi l’accompagnement en fin de vie…
L’euthanasie, elle, n’est pas une aide à mourir, c’est une provocation de la mort ! Ce n’est pas un accompagnement vers une mort naturelle. Ce débat sémantique est essentiel. Nous ne faisons pas la course aux amendements, je le répète – nous en avions d’ailleurs déposé beaucoup plus lors des précédentes lectures –, simplement nous avons de très nombreuses propositions à faire : beaucoup pourraient faire consensus si seulement vous aviez l’honnêteté intellectuelle…
…de faire un effort pour préciser les termes du texte.
Nous proposons par cet amendement de restreindre l’aide à mourir au suicide assisté.Depuis le début, vous parlez de la liberté qui est celle de chaque patient. Pourtant, vous maintenez la double possibilité de l’euthanasie et du suicide assisté. Cet amendement vise ainsi à ce qu’une personne voulant mourir se donne la mort elle-même.
Quel exposé !
Je voudrais apporter une petite précision. Monsieur le rapporteur général, dans le sondage que vous avez cité tout à l’heure, la question qui a été posée aux Français n’était pas : « Êtes-vous pour ou contre l’euthanasie ? » C’était très précisément : « Si vous étiez atteint d’une maladie incurable et en proie à d’extrêmes souffrances, souhaiteriez-vous que l’on vous aide à mourir ? »
Vu la manière dont la question est posée, qui pourrait demander autre chose qu’une aide à mourir ? (Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
Ce qu’a dit le professeur Pilato est très intéressant, parce qu’il n’a pas prononcé une seule fois le mot « souffrance ». Il a simplement demandé : « Si quelqu’un vient vous voir en vous disant qu’il est malade et qu’il est condamné à mort – ce qui ne veut rien dire, mais passons –, que ferez-vous ? » Je réponds : peu importe, puisque ce qui compte, c’est la demande du patient. Cela en dit long sur vous ! Une fois encore, cela montre à quel point vous êtes incapable d’imaginer la souffrance d’un proche. C’est votre propre souffrance qui est importante, et non celle du patient que vous prétendez défendre depuis le début. (Exclamations sur les bancs du groupe SOC.)
Je n’ai pas dit ça !
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).