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Discours du 2 février 2026

Hervé Saulignac · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°135

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C’est la douzième fois au moins que vous mentionnez le Parti socialiste !

Et une fois de plus !

Nous arrivons au terme d’une longue, trop longue séquence budgétaire.

J’ai une pensée pour nos compatriotes qui ont subi nos atermoiements, nos tergiversations, ces dernières semaines et ces derniers mois. Beaucoup se sont demandé : Y aura-t-il un budget à Noël ? Pour Noël, on a la réponse. Pour le reste, il me revient d’exposer les raisons qui conduiront les députés du groupe Socialistes et apparentés à ne pas approuver les motions de censure que nous examinons aujourd’hui, de sorte que, s’il n’y a pas eu de budget au pied du sapin, Cupidon veille à ce qu’il y en ait un pour la Saint-Valentin. (« Oh là là ! » sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

Ce budget ne sera pas le nôtre.

Il ne sera d’ailleurs le budget de personne, et c’est bien pour cela qu’il peut être celui de tout le monde. En tout cas, ce budget sera, et il ne sera pas celui de l’extrême droite.

D’aucuns considéreront que c’est bien peu ; les socialistes considèrent qu’éviter le pire n’est jamais bien peu et qu’à cet égard, ils ont fait leur devoir.Ils ont fait leur devoir là où Emmanuel Macron a fui le sien. En voyant s’installer une Assemblée sans majorité au lendemain de la dissolution…

…le président de la République aurait pu prendre ses responsabilités ; il a préféré les transférer à la représentation nationale. Dont acte. Depuis deux ans, nous avons assumé ces responsabilités avec clarté et constance : ni postures, ni stratégie du chaos, ni ralliement. Nous avons fait le choix de servir les Français plutôt que de nous servir nous-mêmes, et il n’est pas question de nous en excuser. Nous avons fait le choix de ne pas censurer a priori et de participer activement au débat, avec l’exigence que nous devons à nos concitoyens. Lorsque ces exigences ont été méprisées, nous avons censuré sans état d’âme.

Ce fut le cas quand le gouvernement Barnier tendit la main à l’extrême droite ou quand le gouvernement Bayrou s’enferma dans ses certitudes.En cela réside notre principale divergence de vues avec le reste des forces de gauche. Je veux croire que cette divergence relève surtout de la méthode et qu’elle n’est pas insurmontable. En effet, les forces de gauche ont presque toujours uni leurs voix lorsqu’il s’est agi de défendre des mesures budgétaires fortes et nécessaires pour le pays. Aucune voix de gauche n’a manqué ni ne manquera jamais pour défendre la taxe Zucman, pour rétablir l’ISF, pour dénoncer les 200 milliards de cadeaux fiscaux faits à quelques grands patrons ou encore pour défendre la décarbonation de notre économie.

Malheureusement, qu’on le veuille ou non, ces mesures se sont heurtées à deux réalités. La première est arithmétique : 35 % de l’Assemblée à gauche, ce n’est pas une majorité permettant d’adopter des mesures.

La seconde est politique : le macronisme n’a jamais tiré les leçons de ses échecs et n’a jamais abandonné son mantra néolibéral, refusant notamment de faire le moindre pas vers une fiscalité plus juste. C’est ainsi que le bloc central est devenu le trou noir dans lequel disparaissent un à un les astres morts de la Macronie.

L’élection présidentielle de 2027 donnera l’occasion aux Français de sortir de cette séquence, mais avant cette échéance, nous avons encore un budget sur le bureau. Deux chemins s’offraient à nous pour aborder celui de 2026. Le premier consistait à se jouer d’une Constitution qui n’a pas été pensée pour une Assemblée sans majorité. Nous pouvions bloquer les institutions dans l’espoir d’une hypothétique censure,…

…d’une hypothétique dissolution, d’une hypothétique présidentielle anticipée et de son hypothétique résultat.

Nous aurions alors laissé de côté, pendant ce temps, les difficultés d’accès au logement des Français, la baisse de pouvoir d’achat, les faillites d’entreprises ou encore les besoins de notre armée face aux défis du monde qui, eux, ne sont pas hypothétiques.L’autre chemin, que nous avons choisi, est celui du débat parlementaire et du rapport de force. Nous l’avons choisi parce que les socialistes sont en prise avec les réalités du pays, qui arrivent à leurs oreilles et s’exposent à leur regard. Ceux qu’elles accablent nous demandent de ne pas précipiter la France dans l’inconnu, pour ne pas ajouter de l’angoisse à leur angoisse. Or quand les socialistes se tiennent aux côtés de ceux qui ne vont pas bien, ils sont à leur place, ils sont là où ils doivent être, aux côtés des personnes vulnérables, aux côtés des salariés, aux côtés des commerçants et des artisans, aux côtés des jeunes et des retraités, aux côtés des fonctionnaires. (Mme Stéphanie Galzy s’exclame.) Tous ceux-là, finalement, n’ont eu que les socialistes pour défendre leur sort au cours de cette séquence budgétaire.

C’est ce chemin que nous avons emprunté avec un petit bataillon de députés – guère plus de 10 % de cet hémicycle –, dans le seul but de repousser des périls, d’arracher des progrès et de faire bouger les lignes d’un budget dont la copie finale est très éloignée de la copie initiale.Je me suis récemment rendu dans un lycée où un élève m’a posé une question très directe, avec ses mots à lui : « Ils ont servi à quoi, les socialistes, ces derniers mois ? » (Exclamations et sourires sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

C’est une question presque brute, mais elle contient, dans sa simplicité, la profondeur des grandes interrogations populaires. Eh bien, les socialistes ont servi. Ils ont servi à suspendre une réforme des retraites injuste (« C’est faux ! » sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP) pour que les Français tranchent cette question souverainement lors de la prochaine élection présidentielle.

Ils ont servi à repousser l’année blanche, faute de quoi le pouvoir d’achat des retraités aurait été rogné et les prestations sociales gelées. Ils ont servi à défendre les Français qui travaillent, en négociant une hausse de la prime d’activité.

Ils ont servi à remettre la jeunesse de ce pays au centre des débats, en préservant les moyens consacrés aux bourses étudiantes et en entérinant le repas à 1 euro. (M. Boris Vallaud applaudit. – Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Ils ont servi à faire voter des mesures d’urgence pour nos agriculteurs et pour les territoires ultramarins, toujours écoutés, rarement entendus.

Enfin, les socialistes ont servi à écarter le spectre de l’extrême droite,…

…évitant ainsi un nouveau scénario Barnier, donc un budget antisocial, anti-étrangers, anti-progrès ; bref, anti-tout.

Les socialistes ont fait le choix de servir les Français, de les protéger, plutôt que d’alimenter le mythe d’un chaos d’où pourrait sortir un monde meilleur. Ce budget est-il pour autant le nôtre ? Certainement pas. Ses lacunes, nous les connaissons par cœur. La facilité eût été de les exploiter pour censurer le gouvernement ; nous n’avons pas choisi la facilité. Nous avons refusé de nous laisser enfermer dans l’impuissance des postures. Oui, il manque encore des postes d’enseignants.

Oui, il manque des moyens pour la transition énergétique. Oui, il manque des crédits pour soutenir l’aide au développement. Oui, il manque des mesures pour mettre davantage à contribution les milliardaires qu’Emmanuel Macron n’a jamais cessé d’épargner. Ces insuffisances budgétaires auraient probablement mérité une plus grande mobilisation de la gauche pour qu’elles soient, peut-être, corrigées.

Cela n’a pas été le cas. C’est ainsi. Nous respectons les choix de chacun.Fallait-il faire tomber un troisième gouvernement en deux ans sur un budget qui, certes, n’est pas le nôtre, mais sur lequel nous avons pesé pour en améliorer significativement les contours ? Cette question se pose dans un contexte inédit, fait d’une situation politique sans majorité possible, d’un antisémitisme rampant,…

…d’un racisme décomplexé,…

…d’une guerre en Ukraine qui n’en finit plus, d’un impérialisme américain qui met l’Europe à l’épreuve.

Ce contexte, c’est aussi l’exaspération de nos concitoyens fatigués du cirque parlementaire (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP),…

…le cri d’alarme de nos paysans, l’angoisse des chefs d’entreprise qui avancent dans le brouillard. C’est à l’aune de ces réalités vécues et sur la base d’un budget de compromis…

…que nous avons pris la décision de ne pas censurer le gouvernement. Cette non-censure n’est ni un blanc-seing ni un renoncement.

Elle est la marque de notre capacité à faire un choix exceptionnel dans un moment politique exceptionnel, après des semaines de négociations difficiles. Elle n’est pas non plus, monsieur le premier ministre, un solde de tout compte. Notre main n’a jamais tremblé lorsque les promesses n’étaient pas tenues, alors soyez certain de notre vigilance quant à la bonne exécution des engagements qui ont été pris devant nous et surtout pour les Français. Si nous, socialistes, faisons le choix de clore cette séquence budgétaire, nous ne renonçons à rien et certainement pas à l’idéal républicain qui nous a servi de guide dans ces débats budgétaires et qui demeure notre indéfectible boussole. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).