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Discours du 4 février 2026

Isabelle Rauch · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°140

La lutte contre le dérèglement climatique ainsi que la crédibilité de l’Union européenne dans ce combat sont des sujets majeurs et structurants, à long terme, pour nos sociétés. Personne, sur ces bancs, ne peut sérieusement contester l’urgence climatique ni la responsabilité particulière qui incombe à l’Europe et à la France dans la construction d’une réponse à la hauteur des enjeux.Les faits sont là. Le seuil de 1,5 °C a été temporairement franchi. Des événements climatiques extrêmes frappent nos territoires, nos agriculteurs, nos entreprises et nos concitoyens. L’Europe, en moyenne, se réchauffe plus vite que le monde. Il serait irresponsable d’ignorer cette réalité.Le groupe Horizons & indépendants partage pleinement ce constat, tout comme il partage l’objectif de long terme de neutralité carbone à l’horizon 2050, objectif inscrit dans la loi européenne sur le climat. Disons-le clairement : l’Union européenne a déjà franchi des étapes importantes, avec la loi climat et avec le paquet Ajustement à l’objectif 55 – soit l’objectif juridiquement contraignant de parvenir à une réduction d’au moins 55 % des émissions de carbone en 2030 par rapport à leur niveau de 1990. Ces mesures, avec la proposition de la Commission européenne de fixer un objectif de 90 % d’émissions en moins en 2040, constituent un cadre robuste, inédit à l’échelle mondiale. Ces avancées ne doivent pas être minimisées. Elles sont le fruit de compromis exigeants et d’un travail collectif de longue haleine.Tel est le contexte dans lequel s’inscrit cette proposition de résolution qui appelle à réaffirmer l’ambition climatique de la France au niveau européen, à l’approche de la COP30 et de la définition de la trajectoire post-2030. Nous en comprenons l’intention et nous en partageons le principe. L’Europe doit rester un moteur, un pôle de stabilité et de crédibilité dans les négociations internationales. La France, quant à elle, par son histoire et par sa diplomatie climatique, a un rôle particulier à jouer.En tant que telle, cette proposition de résolution n’est pas contraignante, elle exprime une orientation politique, un appel adressé aux institutions européennes. Elle rappelle aussi, à juste raison, la nécessité d’un suivi transparent des trajectoires climatiques, d’un accompagnement social renforcé et d’une meilleure association du Parlement aux positions défendues par la France au niveau européen. Sur ces points, nous pouvons nous retrouver.Notre groupe exprime toutefois plusieurs réserves. Elles tiennent moins à l’objectif final qu’à la manière de l’atteindre. Une ambition climatique efficace ne peut être uniquement incantatoire ; elle doit être applicable, socialement juste et économiquement soutenable. C’est à cette condition qu’elle sera durable et acceptée par nos concitoyens.Considérons d’abord les mécanismes de flexibilité. Nous ne renonçons pas lorsque sont engagés les crédits carbone internationaux, mises en œuvre les absorptions de carbone et la souplesse entre secteurs. Ces mécanismes sont strictement encadrés et transparents. Ils s’appuient sur des critères d’intégrité environnementale et sociale élevés. Nous avons la conviction qu’ils peuvent contribuer à l’efficacité globale de la transition, tout en soutenant l’innovation et la compétitivité européennes. Le texte issu de la négociation tripartite du 9 décembre a d’ailleurs renforcé ces garanties, notamment en matière de droits humains et de qualité environnementale.De la même manière, fixer des jalons intermédiaires, comme l’objectif de réduction à l’horizon 2035, doit se faire avec lucidité. Si nous visons la borne haute sans analyse approfondie des impacts sur nos filières industrielles, sur l’emploi et sur la cohésion territoriale, nous risquons de fragiliser notre base productive, sans bénéfice climatique supplémentaire démontré. La transition écologique ne réussira que si elle s’accompagne d’une stratégie industrielle claire et d’un soutien massif aux ménages et aux entreprises.C’est pourquoi le groupe Horizons & indépendants fait le choix de la responsabilité. Nous ne renions ni nos exigences de pragmatisme ni notre attachement à une transition réaliste et équilibrée. Mais nous considérons que, dans le contexte actuel, l’Europe a besoin d’un message de cohérence et de constance. En conséquence, notre groupe s’abstiendra sur cette proposition de résolution européenne. Nous resterons vigilants sur la conciliation des objectifs climatiques et du respect des équilibres économiques et sociaux.L’enjeu est de permettre à l’Europe de conjuguer ambition climatique, souveraineté industrielle et justice sociale. C’est dans cet esprit d’exigence constructive que nous entendons poursuivre ce débat essentiel pour l’avenir de notre continent et des générations qui viennent. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem. – Mme Constance Le Grip applaudit également.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).