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Discours du 25 mars 2026

Isabelle Rauch · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°179

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Notre débat intervient à un moment d’une gravité exceptionnelle, avec une crise qui secoue les fondements de la paix et la stabilité internationale. Le Proche et le Moyen-Orient connaissent, depuis plusieurs semaines, une escalade, d’une intensité rare, marquée par un affrontement direct entre puissances étatiques et par une régionalisation des conflits, avec des conséquences humaines et économiques déjà considérables. Cette crise n’est pas seulement régionale, elle est mondiale. Elle ébranle les équilibres géopolitiques, menace la sécurité énergétique de l’Europe et plonge des millions de femmes, d’hommes et d’enfants dans des conditions indignes.La guerre ouverte depuis février entre, d’une part, l’Iran et, d’autre part, Israël et les États-Unis a fait basculer la région dans une logique de confrontation généralisée. Les opérations militaires menées conjointement par Washington et Tel-Aviv ont visé des infrastructures stratégiques, des centres de commandement et des sites sensibles en Iran. Si une part significative des capacités militaires iraniennes ont été neutralisées, les risques de prolifération nucléaire persistent, tout comme l’incertitude stratégique qui nourrit le risque de spirale et d’escalade.De plus, derrière ces considérations militaires se cachent des réalités humaines que nous ne devons jamais perdre de vue.Au Liban, plus d’un million de personnes ont été déplacées et des milliers de victimes sont à déplorer. Un pays, déjà fragilisé par des crises successives, est aujourd’hui au bord de l’effondrement. Ailleurs dans la région, des populations entières vivent sous la menace constante des bombardements et de celle de ne plus accéder aux soins, à l’eau et à l’alimentation. La communauté internationale ne peut se contenter de constater ces drames. Elle doit agir.Face à cette situation, la France n’est ni indifférente, ni spectatrice. Elle agit. Elle protège ses intérêts, ses ressortissants, ses emprises, ses partenaires. Elle agit en responsabilité, fidèle à ce qui constitue le cœur de sa diplomatie : la recherche de la stabilité, le respect du droit international, la protection des civils.Je salue l’engagement de nos forces armées dans la région. Elles accomplissent leur mission avec professionnalisme et courage, dans un environnement particulièrement dangereux. La France a déjà payé un lourd tribut avec la perte de l’adjudant-chef Arnaud Frion, du 7e bataillon de chasseurs alpins, tué par un drone le 12 mars dernier dans la région d’Erbil, en Irak. Cet homme, comme tant d’autres avant lui, a donné sa vie pour défendre nos valeurs et nos intérêts. L’ensemble de mes collègues du groupe Horizons & indépendants et moi-même voulons lui rendre hommage et exprimer notre solidarité à ses proches, à ses frères d’armes et à tous ceux qui, chaque jour, risquent leur vie pour la sécurité de notre pays.L’action de la France ne se limite pas à la défense ; elle est aussi humanitaire. Avec ses partenaires, Paris doit plaider pour un accès humanitaire sans entraves, pour un soutien renforcé aux organisations internationales et aux ONG, pour une mobilisation coordonnée de la communauté internationale. Nous ne pouvons accepter que des populations civiles soient prises au piège de conflits qui les dépassent. La France, patrie des droits de l’homme, a une responsabilité particulière, celle de rappeler que la dignité humaine n’a pas de prix et que le droit international humanitaire doit s’appliquer en toutes circonstances.Cette crise nous rappelle une vérité simple : la sécurité de l’Europe est indissociable de celle du Proche et Moyen-Orient. Les effets du blocage du détroit d’Ormuz, qui perturbe une part significative du trafic pétrolier mondial, en sont une illustration immédiate. Les prix du pétrole ont augmenté, et la volatilité extrême des marchés énergétiques a des répercussions économiques mondiales. La France, comme l’ensemble de ses partenaires européens, doit y répondre avec détermination. Cela passera par une diversification accrue des sources d’approvisionnement, une accélération de la transition énergétique et une stratégie commune pour réduire notre dépendance aux énergies fossiles.À cela s’ajoutent des risques sécuritaires majeurs. Les organisations terroristes, les milices, les acteurs non étatiques prospèrent sur le chaos. Ils exploitent les fractures, les frustrations, les déséquilibres. La menace qu’ils représentent dépasse largement les frontières de la région. La France, qui a payé un lourd tribut au terrorisme, a une légitimité particulière pour exiger une coopération internationale renforcée contre ces réseaux.Dans ce contexte, la réponse ne peut être uniquement militaire. Elle doit être globale, et d’abord diplomatique. La France, avec ses partenaires européens, doit continuer à plaider pour une désescalade. Cela signifie maintenir le dialogue, même lorsque les positions semblent irréconciliables. Cela signifie refuser la logique du fait accompli et rappeler sans relâche les principes du droit international. Nous ne pouvons pas laisser les conflits s’envenimer au point de transformer la région en un champ de ruines.La réponse doit ensuite être humanitaire. Comme je l’ai dit, nous ne pouvons accepter que des populations civiles soient prises au piège de conflits qui les dépassent et j’ai déjà évoqué les positions que la France devait défendre en la matière.Nous devons agir vite, car chaque jour de retard coûte des vies. La réponse doit aussi être stratégique. Notre pays a des intérêts dans la région en matière de sécurité, d’énergie et de commerce. Il doit les défendre avec lucidité. Cela suppose de renforcer nos partenariats avec les acteurs régionaux qui œuvrent à la stabilité, tout en conservant notre indépendance d’analyse et de décision. La France doit prendre une position de leader et jouer un rôle de médiation et de stabilisation.Cette crise nous rappelle une évidence : aucun État européen, pas même la France, n’a à lui seul un poids à la hauteur des enjeux. C’est collectivement que nous pourrons faire entendre une voix forte. C’est ensemble que nous pourrons proposer une alternative aux logiques d’affrontement. L’Europe ne peut plus être un simple commentateur des crises du monde. Elle doit devenir une puissance autonome, capable d’initiative, de coordination, d’influence. Elle doit renforcer sa coordination politique, militaire et économique interne. Elle doit parler d’une seule voix, que ce soit à l’ONU, dans les autres enceintes internationales ou devant ses partenaires régionaux.L’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, comme nos voisins d’Europe de l’Est, doivent prendre conscience que la stabilité du Proche-Orient est aussi la leur. La sécurité de l’Europe se joue aussi dans le Golfe, en Méditerranée, au Liban. Nous devons donc investir dans une stratégie européenne pour le Proche-Orient qui combine diplomatie, aide humanitaire et soutien aux forces locales qui luttent contre l’extrémisme.Le Proche et le Moyen-Orient sont souvent présentés comme lointains. En réalité, ils sont à nos portes et ce qui s’y joue concerne directement notre sécurité, notre économie, nos valeurs.Dans ce contexte, le groupe Horizons & indépendants défend une ligne claire : fermeté sur nos principes, lucidité sur nos intérêts, constance dans notre engagement en faveur de la paix. Nous devons refuser les simplifications, les postures, les réactions à chaud. Nous devons privilégier la responsabilité, la cohérence, la durée. Parce qu’au-delà des crises immédiates, l’avenir d’une région entière est en jeu et, avec lui, une part du nôtre. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR et sur quelques bancs du groupe EPR. – Mme Sophie Mette applaudit également.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).