Discours du 20 juillet 2026
Jean-Claude Raux · Première session extraordinaire 2026 · séance n°21
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Nous sommes appelés à nous prononcer sur une proposition de loi relative au sport professionnel, qui, nous le savons, a été écrite sur mesure pour le football. Elle prévoit de renforcer l’honorabilité des dirigeants de fédérations sportives ou de ligues professionnelles, d’encadrer leurs rémunérations et de renforcer leur contrôle. Elle prévoit également de réduire l’écart de redistribution des revenus audiovisuels entre les clubs d’un même championnat, de renforcer le contrôle des fédérations sur la commercialisation de lots de droits télévisuels et d’étendre aux plateformes numériques les règles relatives à la publicité et à la diffusion d’événements sportifs. Ce texte était attendu sur ces points.Toutefois, au lendemain de la finale de la Coupe du monde de football, je dois revenir sur les épisodes précédents. Le 29 juin dernier, je vous annonçais que cette Coupe du monde serait une nouvelle fois le théâtre d’actes et de propos racistes, sexistes ou xénophobes. Cela n’a pas loupé ! Kylian Mbappé, meilleur buteur de l’histoire de la compétition, a été la cible de propos ouvertement racistes tenus par une sénatrice paraguayenne. Et que dire des déclarations rances, des vieilles obsessions racistes de ceux qui refusent de considérer nos joueurs comme pleinement Français parce qu’ils ne sont pas suffisamment blancs à leurs yeux ?Au-delà de simples réactions ponctuelles de soutien, qui ne coûtent rien mais qui ne changent rien, nous n’avons cessé de demander, tout au long de ces débats, l’inscription de mesures concrètes pour lutter contre les discriminations dans le sport. Ma collègue Danielle Simonnet a notamment proposé l’instauration d’une obligation de résultat pour les clubs en matière de lutte contre le racisme, l’homophobie et le sexisme.Par ailleurs, alors que nous pensions que la Coupe du monde au Qatar serait la plus polluante de l’histoire, avec ses stades climatisés dans le désert, nous avons réussi l’exploit de faire de l’édition 2026 « la plus néfaste de l’histoire pour le climat », pour reprendre les termes de Greenpeace. Face au dérèglement climatique, j’ai proposé des mesures comme l’obligation pour les ligues, fédérations et sociétés sportives d’adopter une stratégie visant à réduire leurs impacts environnementaux et à augmenter la résilience de leurs activités et équipements sportifs. De telles mesures s’imposeront bientôt à nous.Il y aurait aussi beaucoup à dire sur l’éthique, sur les entorses répétées au principe de neutralité du président Gianni Infantino, qui, après avoir remis à Donald Trump un « prix de la paix » de la Fifa, a cédé à l’intervention de ce dernier dans le champ sportif au cours de la compétition. Décidément, la corruption et la Fifa, c’est aussi solide que la défense de l’équipe d’Espagne, et cela ne s’arrête jamais, comme le jet privé de son président ! (Sourires et applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.)Sur ce sujet, nous avons formulé des propositions : l’intégration, dans les conventions de délégation, d’un volet relatif à la prévention des atteintes à la probité ; l’autorisation préalable du ministre de l’économie et de la ministre des sports en cas d’investissements étrangers dans les sociétés sportives ; la création d’une autorité administrative indépendante chargée de l’éthique et de l’intégrité du sport, mesure défendue par Béatrice Bellamy et Sabrina Sebaihi.En matière d’égalité hommes-femmes dans le sport, le compte n’y est pas non plus. La loi de 2014, qui a introduit la parité dans les instances dirigeantes des fédérations, n’a eu aucun effet sur les présidences. Pourtant, vous avez refusé d’inscrire dans le texte des dispositions telles que la mise en place par les ligues, fédérations et sociétés sportives d’une stratégie visant à prévenir et à traiter les discriminations et les violences sexistes et sexuelles, la représentation des associations de lutte contre les discriminations au sein des organes délibérants des sociétés commerciales, ou encore l’obligation faite à France Télévisions d’assurer une représentation égale entre le sport féminin et le sport masculin dans les programmes.Nous avions réussi à faire adopter par cet hémicycle quelques avancées, comme le contrôle et l’évaluation des mécanismes de lutte contre les discriminations et contre les violences sexistes et sexuelles, ainsi que des mécanismes de promotion et de pérennisation du sport féminin mis en œuvre par les ligues et fédérations, mais les membres de la commission mixte paritaire ont décidé de les supprimer.Autre décision arbitraire, alors que cette mesure faisait consensus pour lutter contre les dérives publicitaires des sites de paris sportifs : la suppression par la CMP du whistle-to-whistle ban, défendu par mon collègue Emmanuel Duplessy. Certains ont préféré plier face à Winamax et Betclic, plutôt que d’entendre les avis des médecins, des associations et des rapports parlementaires. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.) À défaut d’avoir ramené la Coupe à la maison, nous aurions pu ramener les bookmakers à la raison ! (Sourires et applaudissements sur les bancs du groupe EcoS. – M. Lionel Duparay, rapporteur, et M. Hervé Saulignac applaudissent également.)En somme, ce texte conviendra aux acteurs du monde du football professionnel, mais il ne règle pas toutes ses dérives. Le groupe Écologiste et social le votera, sans plus d’enthousiasme que lorsqu’on regarde la petite finale. Merci les Bleus ! (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.)
Et ce sont les experts qui en parlent le mieux !
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).