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Discours du 4 mai 2026

Jean-Louis Thiériot · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°218

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L’épée est redevenue l’axe du monde. L’heure est venue de sortir du déni de guerre. Inutile d’insister sur la crise générale du droit international et le recours désinhibé à la force. Pour être respecté, il faut être craint !Soyons lucides : nous débattons d’une actualisation de la LPM 2023 et non d’une nouvelle LPM. C’est une loi de cohérence, pas une loi de format.Faisons d’abord un point sur les menaces. L’hypothèse centrale est celle d’une confrontation avec la Russie. Bien sûr, il y a ceux qui ne veulent pas y croire. Ceux qui avant 2022, disaient que Vladimir Poutine n’attaquerait pas ;…

…ceux qui, par sympathie idéologique, refusent de voir la vraie nature du poutinisme ; ceux qui, comme Marcel Déat en 1939, ne veulent pas « mourir pour Dantzig », alors que le Donbass rappelle furieusement les Sudètes.

La solidité de la défense de l’Europe peut être testée. Le défi pour la France sera de soutenir nos alliés. Notre mission collective est de montrer, par la puissance de nos forces militaires en Europe, que la Russie ne peut pas gagner. Il s’agit d’éviter l’illusion d’une guerre courte, qui a conduit à l’opération militaire spéciale contre l’Ukraine. À ce prix seulement, nous ne serons pas testés. Et la paix, notre combat commun, sera gagnante.

La prééminence de la menace russe ne doit pas nous aveugler. Les menaces sont à 360 degrés, du péril islamiste aux attaques sur nos voies maritimes en passant par la contestation de nos outre-mer ou par une éventuelle crise majeure en Extrême-Orient.Ce tableau est compliqué par les incertitudes sur la solidité de l’Alliance atlantique. Nous pouvons être seuls ! C’est l’extraordinaire défi qui se pose à notre génération : européaniser l’Otan, disposer des strategic enablers qui nous manquent.

Dans le contexte budgétaire que nous connaissons, cette actualisation s’efforce de conduire le difficile exercice de répondre aux besoins actuels et de préparer l’avenir.

La dissuasion étant sauve, le texte répond d’abord aux besoins les plus criants – munitions, drones, feu dans la profondeur, DSA, LAD. On augmente les budgets mais le format ne change pas : certains voudront y voir un paradoxe. En réalité, ce projet de loi traite de tout ce qui est à l’arrière-plan mais qui fait la différence sur le champ de bataille.Il permet aussi de préparer l’avenir : je pense aux programmes à effet majeur (PEM), aux porte-avions comme la France libre, aux Rafale F5, aux chars intermédiaires, aux technologies émergentes et aux capacités de frappes balistiques dans la profondeur, dont on mesure encore mieux le caractère essentiel après que les États-Unis ont annoncé envisager d’abandonner les leurs.Ce texte comporte également des évolutions normatives utiles, en particulier en posant les fondations d’un modèle hybride de service national, qui permettra une continuité entre volontaires, réservistes et militaires d’active.En revanche, il ne définit pas le format de nos forces à l’horizon 2035. Il nous faudra disposer de moyens organiques propres de niveau corps d’armée – l’équivalent d’une dizaine de régiments –, mais aussi de nouveaux navires de premier rang et d’une trentaine de Rafale supplémentaires. Nous devons atteindre le poids de forme de 100 milliards, chiffre avancé par le premier ministre et que vous avez repris, madame la ministre.L’élection de 2027 sera un rendez-vous clé car elle précédera probablement une nouvelle LPM. En commission, nous avons déjà acté le principe d’un nouveau livre blanc.Deux écueils guettent nos débats. Le premier, c’est le triomphalisme. Ne prenons pas des portes ouvertes pour des arcs de triomphe : cette actualisation n’est pas un effort historique. Nous consacrons aujourd’hui 2 % du PIB à la défense, contre 3,5 % durant la guerre froide. Il faut tout autant se garder de verser dans le déclinisme et le French bashing. Les deux LPM de Florence Parly et de Sébastien Lecornu ont doublé le budget de nos armées. La route sera longue, mais le mouvement est engagé.Il faut bien rester conscient que cette loi n’est qu’une loi de cohérence. Elle doit être adoptée, nous le devons au monde, qui nous regarde ; nous le devons aux membres de nos armées qui, chaque jour, assument un risque, celui de donner la mort ou de la recevoir – ceux des nôtres qui sont tombés en Irak et au Liban viennent de nous le rappeler.Dans le tumulte du monde, que les Français soient témoins des votes de chaque groupe politique : si voter contre, c’est clairement refuser à nos forces les moyens dont elles ont besoin pour assurer notre sécurité collective, s’abstenir reviendrait à se dérober au moment de décider. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR et Dem ainsi que sur plusieurs bancs du groupe HOR.)

Nous partageons tous ici l’objectif que la BITD soit aussi souveraine que possible et aussi européenne que nécessaire.Votre amendement est très largement satisfait. En effet, pour l’année 2025, par exemple, 90 % des crédits de paiement versés l’ont été à des entreprises françaises. L’exigence de souveraineté est donc déjà largement respectée. La DGA fait un excellent travail, de même que le ministère de la défense, et nous nous efforçons d’atteindre ce but.Si nous partageons le souhait relatif à la souveraineté française qui transparaît dans votre amendement, il faut néanmoins évoquer deux nuances. D’abord, on est parfois bien obligé d’acheter européen. En effet, si on opte pour une solution souveraine qui coûte trois fois plus cher qu’une solution qui n’est pas purement nationale, cela aura pour effet qu’on acquerra moins d’équipements.Ensuite, si nous sommes très heureux de vendre des frégates à la Grèce et des sous-marins à nos amis des Pays-Bas, cela ne peut pas toujours aller dans un seul sens.

Il est nécessaire qu’émerge une communauté de pays européens qui se soutiendront mutuellement.En commission, vous aviez défendu une première version de cet amendement. Vous l’avez depuis modifié et sa version actuelle tend à accorder la priorité à l’option souveraine et à envisager en second lieu l’option européenne, si l’on ne peut pas faire autrement. En conséquence, les deux rapporteurs que nous sommes ne peuvent que donner un avis favorable à son sujet : il rappelle une réalité sur laquelle nous nous accordons tous.

Cet amendement est un amendement de cohérence. L’article 4 de la LPM votée en 2023 dispose que les ressources budgétaires prévues jusqu’en 2030 sont un minimum.Nous actualisons cette LPM et, si les nécessités l’imposent, il faut pouvoir consacrer davantage de ressources à la défense. Le cadre proposé ne doit pas être un frein. C’est pourquoi vos rapporteurs proposent de préciser que l’objectif de 2,5 % constitue un minimum.

Cet amendement est important et nous le soutenons. Il respecte l’esprit de la LPM – il fixe un cap à 2035, sans implication impérative et directe.Il est important car, après quarante ans de désinvestissement – nous étions tombés à 1,38 % du PIB avant 2017…

…, nous devons rattraper ces « manques à gagner » des dividendes de la paix. Un effort de défense se construit sur vingt ans – on ne remonte pas en puissance d’un claquement de doigts. Fixer un cap à 2035, ce qui n’a pas de conséquence directe sur notre LPM, a donc du sens, et montre la détermination du Parlement.J’entends déjà les critiques de certains, mais, non, nous ne préemptons pas le débat présidentiel – 2035 n’est même pas sous la prochaine présidence.Et, non, nous ne cédons pas à l’Otan, pas plus que nous ne souhaitons faire plaisir à M. Trump. Comment imaginer une chose pareille quand on est, comme vos deux rapporteurs, attachés à la souveraineté.En outre, je l’ai déjà dit, nous avions déjà atteint l’objectif de 3,5 % du PIB durant la guerre froide. C’est toute l’aventure de la dissuasion voulue par le général de Gaulle – et la sécurité qui en a découlé –, ainsi que la période des Trente Glorieuses, où l’investissement dans la défense a joué son rôle de multiplicateur keynésien dans la prospérité française. Avis très favorable de vos rapporteurs.

L’amendement que vous présentez pose des questions extrêmement judicieuses que nous partageons tous. La difficulté, c’est qu’une mission parlementaire se penche déjà sur le sujet des infrastructures critiques et de la mobilité stratégique mais qu’aller plus loin poserait un problème de sécurisation de l’information car une grande partie des données sont classifiées. Pour ces raisons, ce sera un avis défavorable.

Avis défavorable.

Cet amendement enfonce des portes ouvertes, puisque les traités européens prévoient que la défense relève de la compétence exclusive des États. Nous ne considérons en aucun cas que Safe ou Edip constituent des abandons de souveraineté – c’est un point de divergence que nous devons assumer – puisque nous, États souverains, choisissons les programmes que nous voulons faire financer par Safe. Ensuite, l’Europe accepte ou pas, sinon ce sont d’autres projets. C’est la même chose pour Edip : la France n’a aucune obligation d’y entrer.Je considère que ce que vous proposez est déjà prévu par les traités. Avis défavorable des deux rapporteurs.

Avis défavorable parce que l’objet de cet amendement n’a pas un grand rapport avec le sujet.

Vos rapporteurs soutiennent le principe que cette LPM ne soit pas rabotée. Cependant, ils ont à cœur de ne pas voter un texte qui contreviendrait au principe constitutionnel de l’annuité budgétaire. Il n’est pas possible d’aller à l’encontre de ce principe pour les orientations et la trajectoire définies dans le rapport annexé. Avis défavorable.

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).