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Discours du 19 mai 2026

Jean-Louis Thiériot · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°236

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En 2020, Samuel Paty était assassiné dans les conditions que l’on sait. Alors qu’une pétition en faveur de sa panthéonisation a recueilli plus de 55 000 signatures, la présidente de l’Association des professeurs d’histoire, Joëlle Alazard, a relayé le 23 avril la nécessité d’honorer ce « héros tranquille », pour reprendre les mots de Robert Badinter tandis qu’au festival de Cannes, L’Abandon a reçu une standing ovation.Samuel Paty n’est pas une victime. C’est un martyr – c’est-à-dire un témoin –, de deux pierres angulaires de notre édifice républicain : la liberté de l’esprit, qui ne reconnaît ni le blasphème, ni le sacrilège, et l’école, lieu de transmission des savoirs et des héritages.Monsieur le ministre de l’éducation nationale, vous avez dit sur France Info que Samuel Paty était « une victime du terrorisme, qui est devenue un symbole à son corps défendant ». Cette lecture est factuellement fausse. Alors qu’au nom du « pas de vagues », certains en viennent à s’autocensurer, il a choisi de continuer son œuvre, parfois en butte aux sarcasmes. Il l’a payé de sa vie. C’est bien le choix d’un homme libre, l’héroïsme des humbles.Les destins de Samuel Paty et de Marc Bloch, lequel aura les honneurs du Panthéon, consonent admirablement. C’est l’avers et le revers d’une même médaille. Marc Bloch, c’est l’immense historien et le résistant ; Samuel Paty, c’est le professeur de collège qui crée le terreau fertile. Frères de discipline et frères d’engagement, il serait juste qu’ils reposent ensemble au temple des Grands Hommes. Même si c’est une prérogative du président de la République, monsieur le ministre, quand accueillerons-nous Samuel Paty au Panthéon ? (Applaudissements sur les bancs des groupes DR, EPR, SOC, Dem et HOR ainsi que sur quelques bancs des groupes RN et UDR.)

En ces temps de montée des périls, d’exacerbation de la conflictualité et d’incertitude sur la solidité de nos alliances, le vote sur l’actualisation de la loi de programmation militaire (LPM) n’est pas un vote ordinaire. C’est un vote pour l’histoire qui, certainement, en appellera d’autres dans les années à venir. Le texte, qui est celui d’une loi de cohérence et non d’une loi de format, a mis en lumière quatre lignes de force : un état d’esprit, une réponse aux urgences, des jalons pour l’avenir, une espérance à faire aboutir.Parce que nous parlions de l’essentiel – la pérennité de la nation et, in fine, la vie et la mort de ceux qui portent les armes de la France –, nous avons su débattre sereinement et dignement, en ayant à l’esprit le bien commun. C’est dire si nous avons été surpris d’entendre la présidente du groupe LFI annoncer qu’elle ne voterait pas les 36 milliards d’euros supplémentaires que, selon elle, « rien ne justifie ». Quel aveuglement ! Quelle soumission ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe DR.) Soumission à la Russie de Poutine, soumission au Hamas, qualifié d’organisation de résistance, et soumission à la Chine, dont M. Mélenchon a récemment validé les prétentions sur Taïwan, donnant carte blanche aux puissances révisionnistes. À ce stade, il ne faut plus parler de soumission mais de complicité ! (Mêmes mouvements.) Décidément, ceux qui ne voulaient pas mourir pour Dantzig ont des héritiers.

Mais oublions cette tache sur la représentation nationale !En matière de drones, de lutte antidrones (LAD), de défense surface-air (DSA) et d’intelligence artificielle, le projet de loi d’actualisation répond aux urgences et à l’accélération de la menace. Certes, il faudrait faire plus et plus vite, mais ce texte comble certains trous capacitaires et ne sacrifie pas l’avenir. Il pose aussi des jalons, même s’il faudra remettre l’ouvrage sur le métier, dans le cadre d’un Livre blanc ou d’une prochaine LPM, après l’élection présidentielle, le grand débat démocratique à venir.Madame la ministre, je vous remercie de nous avoir écoutés et d’avoir accepté certains de nos amendements, comme ceux qui portaient sur le format de la flotte des navires de premier rang, de la trame chasse et des moyens organiques des corps d’armée. Merci d’avoir réaffirmé l’objectif d’un budget de 100 milliards d’euros – son poids de forme – et donné un avis favorable à celui d’un budget à 3,5 % du PIB en 2035. C’est ce qui est nécessaire pour réparer les conséquences de trente ans d’illusions sur les dividendes de la paix. Les effets du réarmement lancé en 2017 par Florence Parly et poursuivi par Sébastien Lecornu puis par vous…

…se font sentir, partout sur le territoire, dans les usines de la BITD. Je vois un symbole fort dans le fait que nous votions ce texte le jour même où est annoncé l’achat par la Suède de quatre frégates construites par Naval Group. Notre effort produit des coopérations industrielles et stratégiques équilibrées qui contribuent à la sécurité de l’Europe et à la prospérité globale.Pour conclure, le groupe de la Droite républicaine souhaite partager avec vous l’espérance que les candidats à la présidentielle, unis pour la plupart autour de la nécessité de préserver notre pays, notre continent et ses valeurs libérales, érigent – quel que soit leur parti – la défense et la réflexion stratégique en priorités. À chacun, ensuite, de les décliner selon ses principes politiques – l’essentiel est de partager un but. Et à nous, représentants de la nation, d’en être les ambassadeurs.En attendant, notre groupe votera en faveur de ce texte d’actualisation, d’autant que certains de ses amendements portant sur les capacités ont été adoptés. Nous ferons toujours nôtre le principe hérité du temps du général de Gaulle selon lequel la nation doit avoir l’armée de ses besoins, non celle de ses habitudes. Cette actualisation y contribue largement. (Applaudissements sur les bancs des groupes DR, EPR et Dem ainsi que sur les bancs des commissions.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).